
Auteurs : Peter Tomasi et Francis Manapul
Editeur : Urban Comics
Genre : Science-Fiction, Aventure
Résumé :
Dans un 25ème siècle idyllique, la famille Rocketfeller, légèrement dysfonctionnelle, découvre un terrible secret : le destin de l’humanité repose entre ses mains. Menacés et pourchassés, les Rocketfeller s’engagent dans un programme de protection qui va les amener à se réfugier au 21ème siècle, à notre époque. Désormais, l’avenir du monde dépend de leurs chances d’échapper à leurs poursuivants comme de leur capacité à mieux communiquer entre eux.
Avis :
Si on a tendance à opposer Marvel et DC dans le monde du comics, il ne faut pas oublier qu’il existe un grand nombre de petites maisons d’édition qui œuvrent dans leur ombre pour sortir des histoires qui sortent de l’ordinaire. Chez Urban Comics, on a droit à du DC, mais aussi à de l’indépendant, et bien souvent, c’est là-dedans que l’on trouve les histoires les plus grisantes et les plus plaisantes. Dernière sortie en date, The Rocketfellers, ou une version délirante des 4 Fantastiques. Pour diriger cela, on retrouve Peter Tomasi au scénario, que l’on connait pour son travail autour de Batman & Robin, ou encore Super Sons. Quant au dessin, il est assuré par Francis Manapul, dont le travail sur The Flash fut remarquable. A eux deux, ils fournissent un travail vraiment intéressant autour d’une famille un peu zinzin, qui va devoir s’habituer à nos mœurs et coutumes.

L’histoire commence au 25ème siècle, et on nous plonge directement dans le feu de l’action. Une famille composée d’un couple, de deux enfants, d’un chien et des parents du père, fuit une sorte d’androïde qui semble en vouloir à leur vie. Très rapidement, on comprend qu’il y a un lien fort entre cette famille et cet ennemi. La grand-mère se sacrifie alors pour permettre au reste de la famille d’entrer dans une bulle temporelle, et de fuir au 21ème siècle, de nos jours. L’entrée en matière est puissante et percutante, mais elle manque d’implants émotionnels. Il est compliqué de ressentir quelque chose pour cette grand-mère que l’on ne connait pas, même si son sacrifice est héroïque. Il permet néanmoins de tisser un lien fort avec l’ennemi. De plus, d’un point de vue formel, les dessins sont sublimes, il y a un réel dynamisme qui se dégage de l’ensemble.
Par la suite, on se retrouve de nos jours, et on va suivre cette famille qui va essayer de paraître normal. A partir de là, le récit va devenir plus apaisé, et on va se concentrer sur chaque personnage, découvrant leurs ambitions, leurs habitudes et leurs défauts. Le père, par exemple, va être obnubilé par un œil qu’il a ramené du futur, et qui semble être une clé pour sauver l’humanité. Il délaisse un peu sa famille malgré tout l’amour qu’il leur porte. Le grand-père s’entretient bien physiquement, et commence à attirer l’œil de toutes les vieilles du quartier qui veulent le séduire. Il n’oublie cependant pas sa bien-aimée qui s’est sacrifiée pour les maintenir en vie. La mère est peut-être le personnage le plus effacée, mais elle demeure un pilier et gagne sa vie en pilotant des hélicoptères pour une société météorologique.
Quant aux enfants, ils seront les éléments déclencheurs des péripéties de ce premier tome. L’aîné, un garçon intrépide, a un besoin incontrôlable de voler de l’argent aux plus riches afin de mettre au point de nouvelles inventions. Il va s’en prendre à des frères complètement fêlés qui vont alors embaucher une pléthore d’informaticiens pour retrouver la trace de l’enfant. Quant à la petite sœur, elle va dresser deux oiseaux, mais sera la plus sensible à la force de l’œil ramené du futur, devenant alors une sorte d’oracle malgré elle. Bien entendu, si cette famille est le centre du récit, le méchant (ou plutôt la méchante) n’est pas en reste. Entre deux aventures ubuesques dans notre monde, on file vers le futur pour découvrir un androïde revanchard qui en veut vraiment à cette famille, et on va rapidement comprendre pourquoi.
Ce premier tome est vraiment réussi, dans le sens où il y a de l’action, des aventures, et les personnages sont bien travaillés. Si on ne peut que faire la filiation avec Les 4 Fantastiques, il réside ici une certaine fraîcheur qui ne baigne pas dans la science-fiction kitsch. On est sur quelque chose de plus moderne, qui arrive à être drôle, tout en maintenant une ficelle dramatique sur sa longueur. Les dessins de Francis Manapul sont splendides, et permettent de bien se plonger dans cet univers simple, mais très efficace. Malgré un côté bon enfant, il y a une violence sourde, avec des bad guys vraiment méchants et sans aucune pitié. De plus, on ne peut que se réjouir du pont qui est fait avec d’autres sagas de la gamme indépendante, comme The Unnamed, ou encore Rooker, que l’on aperçoit à un moment, sur une superbe double planche.

Au final, ce premier tome de The Rocketfellers est une réelle réussite. C’est le genre de premier opus qui donne envie d’aller plus de loin et de lire la suite avec une curiosité grandissante. En manipulant avec soin l’humour et l’aventure, tout en gardant une tonalité assez grave, les deux auteurs offrent un spectacle réjouissant et plein de bonnes intentions, qui démontre que c’est bien dans le comic indépendant que l’on trouve les plus belles surprises.
Note : 16/20
Par AqME
