
Titre Original : Ato Noturno
De : Filipe Matzembacher et Marcio Riolon
Avec Gabriel Faryas, Cirillo Luna, Henrique Barreira, Ivo Müller
Année : 2026
Pays : Brésil
Genre : Thriller, Erotique
Résumé :
Un jeune acteur en vogue et un politicien ambitieux entament une liaison clandestine. Ensemble, ils explorent leur fétichisme pour les rapports sexuels dans les lieux publics, la nuit. À mesure qu’ils prennent davantage de risques lors de leurs escapades nocturnes, leur désir s’intensifie, menaçant de faire voler en éclats leur carrière et tout ce qu’ils ont construit.
Avis :
Filipe Matzembacher et Marcio Reolon sont deux réalisateurs brésiliens qui travaillent ensemble depuis plusieurs années. Leur cinéma est souvent centré sur les relations humaines, l’identité, le désir et les tensions sociales, avec une approche très sensorielle et très incarnée. Ils se sont fait remarquer avec des films comme “Beira-Mar” ou encore “Tinta Bruta”, où ils explorent déjà des personnages en marge, souvent liés à la question de l’image de soi et du regard des autres. Leur style repose beaucoup sur l’atmosphère, les corps, les silences et une certaine forme de lenteur assumée.

“Scènes de nuit”, c’est typiquement le genre de film qui, sur le papier, avait tout pour me plaire. Un thriller érotique, venu du Brésil… et quand on connaît un peu ce cinéma-là, on sait qu’ils peuvent être très forts dans ce registre. On l’a vu avec Daniel Nolasco, et particulièrement son “Vent chaud”, qui arrivait à mêler désir, tension et une image qui marque fort. Et ici… il y a clairement des choses. Même beaucoup de choses. Le film est très bien filmé. Il a une vraie identité. Une moiteur, une sensualité, une ambiance nocturne qui fonctionne immédiatement. Il est porté par d’excellents acteurs qui incarnent des personnages touchants. Il aborde des sujets intéressants, notamment le regard du public sur des hommes en représentation, sur ce qu’on projette sur eux, sur ce qu’ils doivent renvoyer et surtout ce qu’ils doivent garder pour eux.
« La mise en scène est moite, sensuelle, presque étouffante de désir »
Mais voilà… sur l’ensemble, le film n’arrive jamais vraiment à convaincre. En cause ? Un manque de rythme, un jusqu’au-boutisme assez osé mais qui finit par créer une distance, et surtout un côté thriller qui ne fonctionne jamais vraiment.
Mathias est un acteur qui pourrait bien décrocher un rôle qui va tout changer pour lui. Un soir, il rencontre via une application Rafael, qui est un homme politique qui brigue la mairie de la ville. Ensemble, ils passent une première nuit intense. Mais ils doivent rester discrets. Pourtant, les nuits s’enchaînent et ces rencontres deviennent de plus en plus intenses et dangereuses. Ce qui commençait comme un jeu de séduction va aller de plus en plus loin et bientôt devenir de plus en plus dangereux.
La première chose qu’on ne peut pas enlever à “Scènes de nuit”, c’est son ambiance. Là-dessus, le film est impeccable. Voire même incroyable. La mise en scène est moite, sensuelle, presque étouffante de désir par moments. Les nuits prennent de plus en plus de place. Les deux réalisateurs prennent beaucoup de temps pour filmer les corps, mais surtout les regards et l’envie. Ça, c’est très beau. Il y a quelque chose de très physique dans la manière de filmer, et ça fonctionne vraiment bien. On sent que les deux réalisateurs maîtrisent parfaitement ce côté-là de leur film.
« Certaines scènes traînent, certaines situations tournent en rond »
Et puis il y a cette alchimie entre les deux acteurs principaux, Gabriel Faryas et Cirillo Luna. Franchement, ils crèvent l’écran. Il se passe quelque chose entre eux : une tension, une attraction, un désir intense, un jeu de séduction qui tient le film pendant une bonne partie. L’érotisme de leurs scènes n’est jamais gratuit. Il est là pour raconter quelque chose. Il est là pour parler de cette retenue qu’il ne faut surtout pas montrer. De ce côté-là, le film est très réussi. La bande originale accompagne très bien tout ça. Elle renforce cette sensation de dérive nocturne, de perte de repères. On se laisse porter par la chaleur de la nuit. Vraiment.
Puis, dernier point : visuellement, le film est très beau. Il y a un vrai souci d’esthétisme. Les deux réalisateurs ont pris le temps de faire quelque chose d’intime et touchant. C’est même parfois fascinant. Mais voilà… derrière cette belle façade, il y a comme une barrière.
Déjà, le rythme. Deux heures pour raconter ça… c’est trop. Clairement trop. Le film prend son temps, ce qui n’est pas un problème en soi, mais là, il s’étire. Certaines scènes traînent, certaines situations tournent en rond, et au bout d’un moment, on a compris, et surtout on reste dans l’attente que ça avance. Mais comme ce n’est pas vraiment le cas, on décroche quelque peu.
Ensuite, il y a les thèmes. Parce que oui, le film aborde des choses intéressantes. Notamment du côté de cet homme politique obligé de cacher son homosexualité pour exister publiquement. Là, il y avait vraiment quelque chose à creuser. Quelque chose de fort. Mais le film n’y va jamais complètement, car l’intrigue se met des bâtons dans les roues avec cette histoire d’acteurs qui se tirent la bourre pour un rôle. Très honnêtement, de ce côté-là de l’intrigue, on s’en fout un peu. Ça manque d’enjeu, ça manque d’impact, et c’est très convenu.
« Le thriller ne décolle jamais vraiment »
Et puis surtout… il y a ce virage vers le thriller. On sent que les réalisateurs veulent aller plus loin. Qu’ils ne veulent pas rester seulement dans le drame ou la romance politique. Ils tentent quelque chose. Ils osent, et il faut leur laisser ça. Surtout que sur le papier, c’est plutôt une bonne idée. Sauf que non… vraiment non. Non, ça ne marche pas. Le thriller ne décolle jamais vraiment. Il y a pourtant de la tension. Pas de vraie montée en puissance sur certaines scènes. Il y a même un petit truc qui tient et qui donne envie de savoir la suite. Mais au moment où ça aurait dû exploser… il y a ce final.
Oui, ce final… et là, clairement, ça casse tout ou presque. Jusqu’aux dernières minutes, “Scènes de nuit” restait une déception, oui, mais une déception intéressante. Un film imparfait, qui a de vraies qualités. Et puis arrive cette dernière scène. Et là… incompréhension totale. On ne comprend pas ce qu’elle veut dire. On ne comprend pas ce qu’elle raconte. On ne comprend pas ce qu’elle veut provoquer. On reste là avec un “ok” très interrogatif qui s’impose. Voire même un “ok” un peu vulgaire… Tout ça pour ça… pour en arriver là… C’est vrai que c’est osé. En un sens, ça passe ou ça casse. De mon côté, ça a tout cassé. Cette scène fait basculer le film encore un peu plus du côté de la déception.

Au bout du compte, “Scènes de nuit” est un film qui laisse un sentiment très partagé. Il y a du cinéma dedans. Vraiment. Une mise en scène forte. Une ambiance réussie. Des acteurs investis. Une sensualité maîtrisée. Des idées intéressantes. Mais il y a aussi des longueurs. Un manque de rythme. Un thriller qui ne fonctionne pas. Et surtout un final qui vient gâcher une bonne partie du chemin. C’est typiquement le genre de film qui laisse une trace, et ça, c’est déjà pas mal. Mais avec cette trace, il y a la déception qui s’impose et qui reste. Dommage. Parce qu’il y avait vraiment quelque chose à faire.
Note : 09/20
Par Cinéted
