
D’Après une Idée de : Matt et Ross Duffer
Avec Winona Ryder, David Harbour, Millie Bobby Brown, Finn Wolfhard
Pays : Etats-Unis
Nombre d’Episodes : 8
Genre : Drame, Fantastique, Thriller
Résumé :
A l’automne 1987, une dernière aventure commence pour Eleven, Mike et leurs amis…
Avis :
Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la série phénomène de Netflix, Stranger Things, trouve une conclusion. Dix ans et cinq saisons, où l’on a pu voir grandir de jeunes acteurs en adultes, accrochés à des personnages pour lesquels nous avions finalement une certaine empathie. Cependant, on le sait, quand une série devient trop imposante, le final est souvent décevant. Game of Thrones peut en attester, avec des fans qui se sont écharpés après le tout dernier épisode. Forcément, les frères Duffer étaient attendus au tournant, surtout qu’il a fallu attendre quasiment quatre ans entre la quatrième et la cinquième saison, un long temps d’écriture qui promettait alors une conclusion digne de ce nom. Fut-ce vraiment le cas ?

La saison débute bien évidemment avec un rapide rappel de la saison précédente. On y voit le groupe qui a réussi à se débarrasser de Vecna, mais on sait qu’il est de retour, et qu’il va falloir le détruire pour de bon. D’entrée de jeu, cette cinquième saison nous plonge au cœur de l’action, avec les militaires qui ont bloqué l’accès au portail menant au monde à l’envers, et on va apprendre qu’une base a été créée de l’autre côté, afin de mener des expériences sur les créatures de ce monde. Cela permet alors de complexifier cette aventure avec deux méchants, Vecna d’un côté, et les militaires de l’autre. On sait que les enjeux sont différents, mais les deux sont une menace pour notre monde, et noter société. Les frères Duffer vont donc tisser une double intrigue qui fonctionne, même si par moments, on sent que ça manque de panache.
Il faut dire que certains personnages sont clairement revus à la baisse. Si Elfe est toujours aussi importante et s’entraine pour combattre le grand méchant, ce ne sera pas le même cas de Joyce (Winona Ryder) qui es toujours sur ses gardes et craint pour son fils, ou encore Mike qui ne sert définitivement à rien, sinon à broder une romance avec l’héroïne et à passer pour un bon conteur sur le dernier acte. Cette cinquième saison est assez mal écrite en ce qui concerne les sentiments des personnages, ou tout du moins les moments où il faut dire les choses. Le coming out de Will est ultra maladroit et prend des proportions gigantesques alors qu’il résonne comme une évidence. On a presque l’impression que c’était un passage obligé de la part des producteurs. Et les personnages ont toujours tendance à attendre le danger pour se dire les choses.
Par exemple, pourquoi Nancy et Jonathan attendent d’être aux portes de la mort pour se dire leurs sentiments ? Bien sûr que c’est dans l’urgence que l’on a envie de se dire les choses, mais là, c’est clairement trop tard. Ils ne pensent plus à leur survie, mais à leurs derniers mots. Il en va de même pour Dustin et Steve qui se déchirent pour se retrouver, mais certainement au pire moment. Ou encore lorsque Jonathan et Steve se réconcilie autour de leurs sentiments pour Nancy. Ils font ça alors qu’ils vont affronter Vecna et le flagelleur mental. Toute cette écriture manque de finesse, ou tout du moins de fluidité. On est déjà attaché aux personnages, est-ce bien nécessaire de créer encore des mésententes ou des histoires autour d’eux ? Pas sûr.
Néanmoins, là où la saison fait fort, c’est dans son dynamisme. Les épisodes ont beau durer plus d’une heure (et le dernier plus de deux heures), on ne s’ennuie que très rarement, et les différents réalisateurs qui se succèdent font très bien leur boulot. En même temps, on y retrouve Frank Darabont (The Mist, Les Evadés) donc forcément, ça ne pouvait que fonctionner. De plus, les intrigues demeurent rondement menées, malgré toutes les facilités scénaristiques. On va détester cette militaire campée par une Linda Hamilton insupportable au possible, et Vecna pourrait presque être une figure pédophile, kidnappant des enfants pour modeler un monde qui lui convient. Même si certains pans de l’histoire sont faciles, on prend quand même du plaisir, tout en ayant conscience que ce n’est pas du grand art.
Pour autant, les moyens sont présents. Les effets spéciaux sont corrects, et le combat final met bien en avant les qualités techniques du show. Certes, on ne peut qu’être déçu pour cet affrontement qui tourne court, mais le monstre final est bien fichu et représente une phobie bien ancrée dans nos mœurs. Et malgré tout, il y a toujours ce côté épique, avec toute cette troupe qui se serre les coudes pour affronter un monstre plus gros et plus fort que lui, montrant que l’union fait la force. D’ailleurs, cette saison est blindée de messages positifs et plutôt malins, à l’image de Dustin à sa remise des diplômes, évoquant les contraintes de l’ordre, qui maintient les différences, préférant alors le chaotique bon, laissant émerger la tolérance et les mélanges de classes.

Au final, cette cinquième et dernière saison de Stranger Things ne fut pas parfaite, la faute à une écriture pataude et certains passages qui sentaient le forcing de la part de Netflix. Néanmoins, il est difficile de ne pas éprouver du plaisir face à une conclusion épique et ouverte, qui s’amuse avec les émotions des spectateurs, qui ont suivi ça depuis près de dix ans. Comme pour Game of Thrones, la fin ne satisfera pas tout le monde, mais en même temps, chacun peut y trouver son compte, et c’est peut-être bien là l’essentiel. D’autant plus qu’à notre époque, la série sera oubliée d’ici une paire de mois…
Note : 15/20
Par AqME
