
Avis :
Il est parfois assez étonnant de voir comment certains médias rangent des groupes dans des sous-catégories qui ne leur correspondent pas. Soen en est un exemple flagrant, puisque depuis ses débuts en 2010, les suédois sont décrits comme un groupe de métal progressif, alors qu’ils sont clairement à mettre sous la bannière du métal alternatif. En fait, cette étiquette vient du fait de sa créateur, le batteur Martin Lopez, qui a officié chez Amon Amarth mais surtout chez Opeth, et forcément, le côté prog lui colle à la peau. Pour autant, depuis 2019, Soen est très loin du Progressif, avec des morceaux qui dépassent rarement les quatre minutes et des compositions assez simplistes. On est loin de Dream Theater ou Leprous par exemple. Mais en vrai, qu’importe le sous-genre tant que l’on a l’ivresse du riff, et cet amour immodéré pour le métal.
En enchaînant Lotus, Imperial et Memorial, le groupe suédois avait frappé un grand coup, avec trois grands albums coup sur coup. De ce fait, il était évident que le nouvel opus de la bande à Martin Lopez était attendu au tournant. C’est donc Reliance qui déboule, trois ans après Memorial, et le retour du bassiste Stefan Stenberg, qui avait déjà joué dans le groupe de 2013 à 2020. Les astres étaient alignés pour faire un quatrième coup de maître, et malheureusement, ce ne sera pas le cas. Non pas que l’album soit mauvais, puisqu’il singe ses prédécesseurs, mais on sent que le groupe n’a pas trop la flamme sur cet opus, et qu’il se perd dans une certaine facilité structurelle. C’est-à-dire que l’on retrouve tous les éléments des précédents albums, la ferveur en moins, la hargne semblant avoir disparu, tout comme la colère.
Pourtant, le premier morceau est plutôt engageant et plaisant. Primal nous percute avec un riff incisif et lourd qui viendra nous chatouiller la nuque. Néanmoins, quand le couplet débute, les chose se tassent. Si cela permet alors de relancer la machine avec les riffs du début, on reste sur un titre assez transparent, sur lequel Joel Ekelöf modifie un peu sa voix pour donner plus de peps. Une surprise, tant le chanteur possède une tessiture vocale forte et marquante. Derrière, Mercenary suit le même chemin, avec une rythmique martiale et de bons riffs qui font montre d’une certaine envie de secouer les puces. Cependant, assez rapidement, le rythme se pose et l’ensemble manque cruellement de gniaque. Même le refrain est assez peu engageant, jouant sur une certaine mélancolie, mais ça sera trop mid-tempo pour nous surprendre. On sent qu’il manque un truc pour que ça marche comme avant.

Discordia se voudra un peu plus progressif dans son avancement. Ici, on a un peu plus de clavier et de nuances au sein du titre. Rien de mirobolant non plus, et l’ensemble manque d’épaisseur, de rondeur. Le groupe surjoue sur les sentiments et la mélancolie, et au bout d’un moment, c’est redondant. Même le refrain manque cruellement d’impact. On devra se contenter d’un break assez lourd, mais c’est peu de chose. Axis aura quelque chose de plus impactant dans ses sonorités. La formation rejoint un petit peu l’efficacité des albums précédents, avec une volonté plus prégnante de venir secouer la foule. Huntress s’affiche aussi avec un début tonitruant et puissant. Mais la construction reste trop simpliste et manque de variations vraiment marquantes. Le groupe se repose bien trop sur ses lauriers. Ce sera le même cirque avec Unbound, et cela malgré un bon riff lourd qui frappe bien.
Le côté transparent se ressent jusque dans la ballade Indifferent. Le piano voix fonctionne bien, c’est très joli, on va même se surprendre à chanter le refrain assez vite, mais il n’a pas la grandeur d’un Hollowed de l’album précédent. Alors c’est sûr que cela donne plus de poids à Drifter qui arrive derrière, mais pourtant, malgré toute la puissance des grattes, le titre restera un coup d’épée dans l’eau qui manque de mordant. Il s’agit très clairement d’un morceau bouche-trou qui semble là pour allonger un peu la durée du skeud. Draconian essaye d’être un peu plus construit, mais là encore, la surprise ne sera pas au rendez-vous, et on se retrouvera à écouter cela de manière détachée. Reste alors Vellichor, une deuxième ballade, plus sombre que la précédente, qui offre une belle conclusion, mais qui manque d’entrain et d’émotions.
Au final, Reliance, le dernier album de Soen, est un moment sympathique, mais loin, très loin, de la maestria des trois opus précédents. Le groupe suédois semble se reposer un peu trop sur ses lauriers en reprenant jusqu’à la lie le schéma structurel de ses précédentes productions, sans y apporter une once de nouveauté, ou une émotion plus palpable. Nos attentes étaient peut-être trop hautes quant à ce nouvel album, qui fait le boulot, mais pas plus…
- Primal
- Mercenary
- Discordia
- Axis
- Huntress
- Unbound
- Indifferent
- Drifter
- Draconian
- Vellichor
Note : 14/20
Par AqME
