avril 17, 2024

Madame de Sévigné – L’Ennuistocratie

De : Isabelle Brocard

Avec Ana Girardot, Karin Viard, Cédric Kahn, Noémie Lvovsky

Année : 2024

Pays : France

Genre : Drame, Biopic

Résumé :

Milieu du XVIIème siècle, la marquise de Sévigné veut faire de sa fille une femme brillante et indépendante, à son image. Mais plus elle tente d’avoir une emprise sur le destin de la jeune femme, plus celle-ci se rebelle. Mère et fille expérimentent alors les tourments d’une relation fusionnelle et dévastatrice. De ce ravage, va naître une œuvre majeure de la littérature française.

Avis :

Réalisatrice française très discrète, cela fait une trentaine d’années qu’Isabelle Brocard navigue dans le paysage du cinéma français. Débutant dans les années 90, la jeune cinéaste réalise des courts-métrages ici et là. Ainsi, entre 1991 et 2008, elle va réaliser trois courts. Puis arrive 2011, où enfin, elle sort son premier long, « Ma compagne de nuit« , film tenu par Emmanuelle Béart et Hafsia Herzi. Si le film trouve son public, il reste toutefois assez confidentiel. S’engageant sur les mêmes sentiers que ses courts, la réalisatrice va prendre son temps pour retrouver les chemins des plateaux de tournage. Ainsi, c’est six ans plus tard qu’elle propose son deuxième film, « Des trous dans les murs et un câlin sur l’épaule gauche« .

Pour son troisième film, Isabelle Brocard s’intéresse alors aux relations mère/fille, et pour cela, elle s’arrête sur la grande Madame de Sévigné, figure importante et ô combien intéressante dans l’histoire de France. Relatant la relation entre cette femme et sa fille, la réalisatrice livre un film travaillé et parfaitement interprété par deux comédiennes qui se glissent à merveille dans les corsets de ces femmes. Mais malgré tout cela, malheureusement, ce « Madame de Sévigné » aura bien du mal à tenir son public éveillé. Long, lent, répétitif et lourd, voire même pompeux tant il est littéraire et manque de vie, comme de rythme, ce troisième film d’Isabelle Brocard se pose comme une belle déception.

«  »Madame de Sévigné » est un film qui est visuellement très beau. »

France, XVIIe siècle, Madame de Sévigné n’a qu’une idée en tête, offrir à sa fille la vie qu’elle mérite. Pour cela, elle compte bien la faire entrer à la cour. Malheureusement pour elle, le soir de la présentation, le Roi jette son dévolu sur la jeune femme, ce qui n’est pas du goût de la Marquise de Sévigné. Ayant refusé les faveurs du Roi, le nom de Sévigné n’est désormais pas vraiment bien vu. Alors Madame de Sévigné accepte de marier sa fille au Comte Grignan. Cette union va alors bousculer Madame de Sévigné, et sa relation avec sa fille va bientôt entrer dans l’histoire.

Pour son troisième film, Isabelle Brocard s’aventure à aborder la relation complexe et compliquée entre Madame de Sévigné et sa fille, qui deviendra la Comtesse de Grignan. Ici, la réalisatrice nous entraîne dans ce que l’on peut aisément appeler aujourd’hui, une relation toxique entre une mère et sa fille. « Madame de Sévigné » est un film qui est visuellement très beau. On sent bien qu’Isabelle Brocard a pris du temps et du soin pour les détails de son film. Si la réalisatrice n’a pas un budget faramineux pour raconter cette histoire, elle va trouver pas mal d’astuces assez simples pour masquer cela, et avec ça, surtout livrer un beau film. Ainsi, l’esthétisme est là, la beauté des costumes, la beauté des décors, alors même qu’ils sont simples. Avec ça, la cinéaste habille aussi son film avec une BO assez étonnante, bien souvent faite d’une guitare folk.

Avec ça, « Madame de Sévigné » est un film qui pourra compter sur ses deux actrices principales, Karin Viard et Ana Girardot, qui empoignent toutes deux parfaitement leur rôle. Des rôles qui sont assez complexes, presque partagés entre amour et haine. À noter aussi la belle composition de Cédric Khan en Comte de Grignan amoureux de sa femme.

« Le film est très long et donne la sensation de ne jamais vraiment démarrer. »

Du côté de son scénario, « Madame de Sévigné » est une longue relation entre deux femmes que tout réunit et tout éloigne en même temps. L’intrigue a de quoi être intéressante, et au sein de cette dernière, le film soulève plusieurs sujets qui sont intéressants, comme la toxicité d’une mère qui désire trop pour sa fille, qu’elle n’écoute finalement pas, ou encore les us et coutumes de l’époque, les mentalités, les alliances, les bons mariages, et puis la place de la femme dans la société. Bref, le film est riche aussi bien que dans ce qu’il raconte, que dans ce qu’il dit, car bien souvent, on aura le droit à la lecture des lettres de Madame de Sévigné, et tant de bons mots font du bien à l’oreille.

Mais voilà, face à tout cela, ce « Madame de Sévigné » n’arrive pourtant pas à captiver son public. Le film est très long et donne la sensation de ne jamais vraiment démarrer. Oui, c’est bien filmé (quoi que la photographie soit quelque peu sans caractère) et bien joué et pourtant, il y a quelque chose qui fait que ça manque de vie, ça manque d’émotions, ça manque d’humanité et malgré Karin Viard, malgré Ana Girardot, il n’y a rien à faire, on s’ennuie ferme devant ce drame qui va se poser comme répétitif, un peu comme un je t’aime, moi non plus. Puis, malgré les bons mots de Madame de Sévigné à sa fille, ou inversement, au bout d’un moment, le film finit par en être pompeux, et ça, c’est vraiment dommage.

Alors qu’il a bien des arguments pour nous faire passer un bon et intéressant moment, « Madame de Sévigné« , nouveau film d’Isabelle Brocard, n’arrive pas à nous entraîner dans le sillon de cette relation mère/fille. C’est beau oui, mais c’est très long. C’est bien incarné certes, mais c’est lourd, au bout d’un moment, je me suis vu décrocher, attendant le générique final avec une certaine impatience. Dommage, car en soit, le film est loin d’être mauvais. À vous de voir maintenant.

Note : 08/20

Par Cinéted

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