juillet 19, 2024

Saltburn – Vampiriser les Riches

De : Emerald Fennell

Avec Barry Keoghan, Jacob Elordi, Rosamund Pike, Archie Madekwe

Année : 2023

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Comédie, Thriller

Résumé :

L’étudiant Oliver Quick, qui peine à trouver sa place à l’université d’Oxford, se retrouve entraîné dans le monde du charmant et aristocratique Felix Catton, qui l’invite à Saltburn, le vaste domaine de sa famille excentrique, pour un été qu’il n’oubliera pas de sitôt.

Avis :

Emerald Fennell est au départ une comédienne qui débute au milieu des années 2000. Elle vivote de petits rôles, jusqu’à ce qu’elle décroche en 2013 le rôle de l’infirmière Patsy Mount dans la série « Call the Midwife« . À partir de là, tout commence à s’emballer pour elle. L’actrice tourne pour Tom Hooper, Joe Wright (pour qui elle avait déjà tourné) ou encore Chanya Button. En 2019, elle décroche le rôle de Camilla Parker-Bowles dans la grande série « The Crown« .

En parallèle de ça, elle fait une belle entrée dans le monde de la réalisation avec son premier long-métrage, « Promising Young Woman« , film qui en plus de se faire un joli succès critique et public, l’emmènera à être la première femme britannique nommée à l’Oscar de la meilleure réalisation.

«  »Saltburn » est un film sur le choc et la jalousie des classes. »

Après un premier film étonnant, Emerald Fennell nous revient avec un second film qui malheureusement sera privé de sortie en salle. Précédé d’une sacrée réputation, voici donc que débarque « Saltburn » sur Amazon Prime, et autant dire que la réalisatrice nous livre là l’un des films les plus fascinants, mais aussi l’un des films les plus malaisants et dérangeants, de 2023. Vrai film d’auteur qui a sa propre identité, « Saltburn » est un film sur le choc et la jalousie des classes. Vampirique, sombre, vicieux, faussement glamour, et surtout tenu par un acteur absolument terrible dans la peau de ce jeune homme aux plusieurs visages, « Saltburn » fut une séance de cinéma à part, pour le meilleur et le pire.

2006, université d’Oxford, Oliver Quick est un étudiant boursier qui très vite est mis dans le camp des loosers. Enfin ça, c’est jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre de Felix, un étudiant que tout le monde aime. Felix, ce jour-là, a une roue de vélo crevée et comme Oliver est un mec sympa, il le dépanne et à partir de ce moment-là, tout change pour lui. Petit à petit, les deux garçons deviennent amis et lorsque vient l’été, Oliver, qui n’a absolument pas envie de rentrer chez lui, se voit invité par Felix à Saltburn, l’immense demeure familiale.

« Saltburn » est donc encore une fois une surprise que nous livre là sa réalisatrice. Très différent de « Promising Young Woman » qui parlait du patriarcat et de la culture du viol, avec ce second film, Emerald Fennell va autre part et elle nous offre un film qui est à l’opposé de ce que son histoire, ou du moins son ouverture, le laissait présager.

« Très différent de « Promising Young Woman« . »

Si le film était précédé d’une sacrée réputation, qui le disait aussi sulfureux que dérangeant, lorsque l’on entre dans cette intrigue, avec le réquisitoire de son personnage principal qui annonce haut et fort « Je l’aimais, je l’aimais, je l’aimais », d’emblée, on a des idées d’intrigues en tête. « Saltburn » sera alors un teen movie, avec une histoire d’amour entre garçons. Évidemment, comme ce « Je l’aimais » est au passé, on imagine que cette love story va tourner mal. De plus, avec la présentation de ces deux personnages, Oliver, un homme timide qui vient d’un milieu modeste, et son crush, Felix, qui lui est de la haute bourgeoisie britannique, on imagine une histoire d’amour avec en fond, un choc des classes, et pourquoi pas, une lutte des classes…

Et bien voyez-vous, on avait tout faux, et « Saltburn » ne sera absolument rien de tout cela, et ce qui va nous être proposé est bien mieux. Tout aussi politique que son premier film, ce qui aurait pu nous apparaître comme une romance va très vite virer au thriller psychologique, avec en toile de fond, une satire des ultrariches, et avec ça, un choc, ou plutôt une jalousie, des classes.

Ce qui est terrible avec ce film, c’est qu’après nous avoir présenté un personnage attachant et timide, au sein de ce récit, Emerald Fennell va le transformer, et lui faire révéler bien des facettes de son visage et de sa personnalité. Calculateur, manipulateur, sombre, envieux, sournois, vicieux, sont autant d’adjectifs pour décrire ce personnage qui ira jusqu’au bout de ses envies. Il va alors en résulter l’histoire dérangeante et sulfureuse dont tout le monde parle. À un moment dans le film, il est évoqué l’idée de vampire, et c’est peut-être ce qui correspond le mieux à ce personnage, qui va sucer tout ce qu’il peut auprès de cette famille, qui n’a aucune idée de celui qu’elle a invité à sa table.

« Barry Keoghan livre une prestation incroyable, imposant un personnage aussi attachant que terrifiant. »

En même temps, cette famille en question est bien trop occupée à se regarder, voire s’admirer elle-même. Avec ça, on appréciera aussi que le personnage d’Oliver soit aussi plein de nuances, partagé entre amour et haine, admiration, envie et jalousie. Ce mélange de sentiments donne là encore quelque chose qui est loin d’être facile, et peut-être même sujet à interprétation, ce qui donne autant de profondeur que de saveur à l’ensemble. Avec ce personnage, il est bien difficile de ne pas mentionner Barry Keoghan. Le jeune acteur irlandais, à la carrière impeccable, trouve là un rôle compliqué, complexe, et vraiment pas facile, et il livre une prestation incroyable, imposant un personnage aussi attachant que terrifiant, et l’acteur ose aller et tenir son personnage jusqu’à la dernière scène, qui restera marquée un bon bout de temps en nous, un peu comme si la bête se repait de son festin.

On ajoute à cela une mise en scène soignée, qui prend le temps de raconter le milieu, le contexte et surtout qui prend le temps de dévoiler ses personnages. Avec ce film, Emerald Fennell oscille entre la satire, la critique, le drame, le thriller et la comédie, et la cinéaste sait comment savoureusement doser son ensemble. De plus, elle n’a pas peur de se faire « scandaleuse » quand le récit le demande. Ainsi, lorsque « Saltburn » est sulfureux, ou politiquement incorrect, ce sera toujours pour souligner quelque chose, pour raconter et creuser un personnage.

Avec ce deuxième film, Emerald Fennell démontre qu’elle est l’une des cinéastes les plus intéressantes du moment. La réalisatrice avait déjà fait fort avec son premier film, et elle récidive ici, avec une histoire qui est tout autre. Rudement mené, et osant aller jusqu’au bout de ce qu’elle a envie de raconter, tenu par un acteur incroyable, « Saltburn » est le genre de film qu’on ne voit pas tous les jours, et qui ne laisse pas indifférent. Proposition de cinéma osée, Emerald Fennell a réussi à déjouer tout ce que son introduction laissait présager. Après, le film est tellement particulier qu’il risque de fortement diviser, avec d’un côté ceux qui se font happer par cette histoire de « vampire », et de l’autre, ceux qu’il va laisser sur le carreau. Pour ma part, j’ai déjà fortement envie de le revoir, histoire de voir si au deuxième visionnage, « Saltburn » reste le même film, ou si la réalisatrice avait déjà dissimulé deux ou trois choses.

Note : 16,5/20

Par Cinéted

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