mars 3, 2024

Le Don – L’Ultime Héritage – Patrick O’Leary

Auteur : Patrick O’Leary

Editeur : Mnémos

Genre : Fantasy

Résumé :

Dans un monde où l’art de raconter a presque remplacé celui de la magie, un Conteur monte à bord d’un bateau et, comme il est de coutume, doit payer son voyage par son art. Il s’y applique donc, cependant que des monstres rôdent dans la mer… et va narrer à l’équipage deux tragiques histoires, qui peut-être n’en forment qu’une. Celle d’un jeune souverain nommé Simon, tombé dans la mélancolie après être devenu sourd, et celle de Tim, un fils de bûcheron qui a perdu toute sa famille. Tous deux vont mener la même quête, retrouver et détruire le Portier de la Nuit, le vil sorcier à la source de leurs malheurs respectifs qui, bien des années auparavant, a libéré sur cette terre un antique mal. Une affection terrible ne touchant que les femmes, que Tim et Simon devront circonscrire pour défaire les plans abjects de leur ennemi commun.

Avis :

Essayer de faire du neuf en Fantasy est un pari très risqué car on a tous en tête les images du Seigneur des Anneaux qui ont presque imposé une sorte de code immuable. De ce fait, on s’attend toujours à avoir des orcs, des gobelins, des elfes et autres nains dans un univers médiéval où les dragons sillonnent le ciel. Mais Patrick O’Leary n’est pas un auteur comme les autres. Travaillant dans la publicité, il va surtout être reconnu aux Etats-Unis pour des écrits poétiques ou des essais, et moins pour ses romans qui gravitent autour de la Fantasy et de la Science-Fiction. Le Don – L’Ultime Héritage est son deuxième roman qui a bénéficié d’une traduction en France, espérant alors attirer les amateurs de Tolkien. Pourtant, bien que totalement Fantasy, ce roman propose un univers tout nouveau, avec diverses créatures, et surtout deux personnages atypiques.

Ici, on nous explique que les conteurs ont remplacé les magiciens, ces derniers étant en voie de disparition. A bord d’un bateau, un conteur paye sa traversée en racontant alors deux histoires qui vont se croiser. On va alors faire la connaissance de Simon, un roi qui perd l’ouïe, mais qui se fait soigner par un sorcier maléfique, lui octroyant le pouvoir d’entendre les pensées de tous les gens autour du lui. Devenant à moitié fou, il décide alors d’apprendre la magie et de se venger. En parallèle, on va suivre la vie de Tim, fils d’ébéniste, qui va perdre ses parents dans un incendie provoqué par un oiseau-mage pas très sympathique. Aidé par le peuple de l’eau (qui ont l’apparence de grenouilles), il va apprendre qu’il est un descendant des plus grands magiciens, et qu’il peut maîtriser le pouvoir du vent.

A partir de ce constat, où l’on va avoir droit à des interludes sous forme de chants et autres prophéties cryptiques, l’auteur va tisser une intrigue et une amitié indéfectible entre deux personnages attachants, bien que totalement lunaires. Simon est un roi qui devient fou, à moitié dépressif, mais qui va atténuer sa vengeance par manque de confiance. Quant à Tim, il est naïf, se découvre des pouvoirs puissants, mais fait preuve parfois de nonchalance et d’insouciance. Les deux garçons sont bien écrits, même si on sent qua parfois, l’auteur a tendance à partir bien trop loin dans les choix narratifs de ses personnages. C’est-à-dire que temps à autre, on ne comprend pas bien les prises de risque de Tim, qui met sa vie et celle et de son ami en danger de façon inutile.

Il en va de même avec l’univers et les rencontres que vont faire les deux héros. Ainsi, on apprendra que les châteaux se nomment des castels aux livres, que le peuple de l’eau est constitué de grenouilles parlantes qui ont une maladie, ne donnant que des mâles et pas de femelles, annonçant alors l’extinction de l’espèce. On aura aussi droit à Tomen, un oiseau-mage démoniaque qui aime créer des incendies. On peut aussi citer un homme bleu qui ressemble à un coquillage et qui souhaite mourir. Bref, le lore de ce roman est complètement déjanté et parfois, il est difficile de rentrer dedans. De plus, le style de Patrick O’Leary n’est pas très facile d’accès, avec des tournures de phrases parfois hasardeuses, ou des répétitions qui peuvent nous faire sortir du récit.

Mais le plus décevant dans cette histoire, c’est que finalement, Le Don reste une histoire relativement classique dans son déroulé, et ne suscite que peu de surprise sur sa fin. On retrouve tous les éléments de la Fantasy, avec une prophétie qui se concrétise, un léger retournement de situation par rapport à la situation initiale, et surtout, un happy end attendu tant les deux personnages principaux sont maintenus en vie sans réel danger pour eux. Enfin, si, il y a du danger, mais ils s’en sortent à chaque fois, et cela démontre bien l’amour que porte l’auteur pour eux. Sous couvert d’un univers foisonnant et étrange, on reste tout de même dans une histoire Fantasy dite classique. Heureusement, le roman n’est pas trop long, et ne tergiverse pas trop dans ce monde vraiment barré.

Au final, Le Don – L’Ultime Héritage est un roman plutôt sympathique, pour peu que l’on accepte de rentrer dans un univers original, et parfois bordélique. Patrick O’Leary construit un monde inédit, mais qui comporte quelques zones d’ombre, en voulant faire, parfois, trop de lyrisme, avec une prophétie qui arrive trop tôt et laisse un peu sur le carreau. Surtout que malgré la bizarrerie de l’univers, les aventures de Tim et Simon sont finalement assez stéréotypées, arrivant à une fin attendue, et quasiment sans surprise.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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