décembre 5, 2020

Ferrailleurs des Mers T.03 – Machine de Guerre – Paolo Bacigalupi

Auteur : Paolo Bacigalupi

Editeur : J’ai Lu

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Guerrier mi-homme mi-bête, Tool a été créé pour le combat dans un futur dévasté par le changement climatique et les conflits. Échappant aux impulsions de soumission génétiquement implantées, pourchassé avec acharnement, il a quitté sa meute d’esclaves de guerre modifiés pour devenir le leader d’une bande d’enfants-soldats. Mais le temps est venu de se révolter contre ceux qui l’ont asservi.

Avis :

Machine de guerre constitue le tome trois de la saga des Ferrailleurs des mers, une dystopie noire, haletante sur fond de conflits technologiques et sociaux, dans un monde dévasté par le réchauffement climatique et la montée des eaux. Après Les cités englouties, qui décrivaient les batailles intenses menées par Tool, un augmenté aux allures d’homme-bête, homme-chien, et ses armées d’enfants, Machine de guerre met en avant la lutte de Tool pour échapper à ses maîtres, à son ancienne vie et à sa condition d’esclave. Une rébellion finalement peu originale mais nécessaire.

Machine de guerre rappelle les évènements des précédents tomes, de sorte qu’il reste possible de lire ce roman sans avoir lu les deux autres, bien que cela soit préférable pour comprendre toutes les références. Les personnages des deux premiers tomes se réunissent dans cet ouvrage, pour clore une série mouvementée, sombre, menée tambours battants.

Ceux du premier tome sont davantage mis en valeur, dans la seconde partie du roman, tandis que les autres, les enfants des cités englouties, figurent surtout auprès de notre héros lors de la première partie. Tous ont leur part d’utilité, et tous aideront Tool à se sortir de ses carcans et à se préparer pour aller combattre ses Dieux. Les relations d’amitié sont touchantes, déchirantes et pleines d’espoir dans un monde où rien ne laisse à imaginer qu’il fera beau le lendemain.

L’environnement reste sombre, glauque à souhait, et malsain. Les âmes sensibles n’apprécieront sans doute pas les passages les plus sanglants, ou les plus violents psychologiquement. Les ennemis de Tool, des généraux humains aux cœurs d’acier, constituent d’ignobles personnages, avides de pouvoir et d’argent, que l’on apprend rapidement à détester. Une femme se détache du lot, grâce à ses principes moraux et à ses besoins d’épargner des innocents. Ses combats intérieurs contre un gouvernement qui la cloisonne sont plutôt prenants mais restent malheureusement trop peu développés pour amener à des situations marquantes.

Tool est un héros atypique qui aurait mérité certainement bien plus de trois romans pour que nous puissions le comprendre dans son ensemble, assimiler ses pensées, ses angoisses ou ses préoccupations, tant il est différent des humains que nous côtoyons. Plus vif, plus souple, aussi bien physiquement que mentalement, il est capable de choses terrifiantes comme époustouflantes. Certains personnages le craignent quand d’autres l’admirent. Cette ambiguïté donne une dimension plutôt surnaturelle au personnage principal, car le lecteur a du mal à le cerner.

La saga Ferrailleurs des mers n’hésite pas à critiquer les manipulations génétiques, et la création de Tool, cet augmenté aux capacités incroyables, permet à l’auteur d’en montrer les aspects les plus négatifs, voire les plus dangereux pour l’humanité. Les messages portés, bien que pas assez approfondis dans ce tome, amènent toutefois des réflexions intéressantes, d’actualité, dans un monde où la technologie et les sciences ne cessent d’évoluer.

Machine de guerre nous plonge dans le passé de Tool, via de petits flash-backs plutôt bien amenés. Son passé d’esclave trouble et perturbe devant les épisodes abominables de ces petites tranches de vie. L’augmenté, malgré toute la crainte qu’il inspire, en devient de plus en plus attachant. Le lecteur comprend son besoin de liberté, cette envie irrépressible de s’émanciper et de détruire ceux qui lui ont fait du mal, ceux qui l’ont soumis et ceux qui l’ont créé. Ce récit constitue le combat de Tool, une bataille qui semble perdue d’avance et qui se terminera dans les flammes. L’auteur parvient à rendre son personnage énigmatique attachant, et cela n’était pas gagné d’avance.

Le rythme du roman n’étonne guère, comme la fin, malgré ses combats assez épiques. Les batailles s’enchaînent sans nous donner beaucoup de scènes de répit, les passages avec les généraux ressemblent à de gros clichés sur les gens de pouvoir, les scènes dans les cités englouties lassent et se répètent, quand les discussions politiques amènent quelques dialogues bien tournés. Le climat ambiant est pesant, très sombre et les descriptions des personnages restent superficielles, de telle sorte que seul Tool apparaît comme une personne complexe. Peut-être était-ce là le souhait de l’auteur, afin que nous puissions mieux comprendre les crises identitaires de son héros ?

Machine de guerre constitue une fin de dystopie intéressante sur le thème de l’identité et de la génétique, quoique peu rafraîchissante et originale, nous redonnant à lire des scènes de rébellion déjà vues et revues, et accumulant trop de scènes de guerre. Les relations des différents personnages restent agréables à suivre, et Tool porte le roman, grâce à sa personnalité insaisissable.

Note : 13/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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