juillet 15, 2024

Visitors

De : Richard Franklin

Avec Radha Mitchell, Dominic Purcell, Susannah York, Ray Barrett

Année : 2003

Pays : Australie

Genre : Thriller

Résumé :

Lors d’une traversée en solitaire, une jeune navigatrice est en proie à de terribles visions.

Avis :

Qu’il s’agisse de thrillers, de films d’aventure ou d’horreur, l’océan demeure un cadre propice aux récits survivalistes. Inspirées d’histoires vraies ou pures fictions, les intrigues aiment ébranler les certitudes rationnelles, confronter les protagonistes à une nature implacable. D’ailleurs, on dénombre plusieurs similarités avec les récits sur la montagne et l’alpinisme. Avec Visitors, Richard Franklin propose une relecture du vaisseau fantôme où les phénomènes de hantise sont davantage l’objet de traumas psychologiques que de manifestations paranormales. Du moins est-ce là le postulat de départ avant de laisser le public dans l’expectative…

Sous couvert d’un tour du monde en voilier, le scénario possède une approche pragmatique pour avancer le prétexte. De manière succincte et éparse, on assiste au parcours pour obtenir des financements, avant d’assister au départ. Par la suite, la progression se montre très elliptique, voire évasive dans son déroulement. Sans doute est-ce une première amorce pour instiller une perte de repères latente. Malgré l’expérience de la protagoniste, on délaisse néanmoins l’aspect technique, ainsi que les difficultés rencontrées lors du périple. En cela, il aurait été intéressant de jouer sur la dangerosité du cadre maritime et sur la promiscuité du voilier.

« Le film aime à entretenir le doute quant au caractère tangible ou non desdites manifestations. »

Certes, on suggère bien le risque lié à la piraterie ou les infiltrations d’eau au sein du navire. Pour autant, le résultat fait montre d’inconstance, tant les conséquences sont éludées et peu percutantes. On songe à ces incursions inattendues, voire impossibles, qui se terminent par une disparition tout aussi impromptue. Dès lors, on s’intéresse à cette plongée nuancée dans la folie, non pour la menace qu’encourt le personnage principal, mais pour mieux distinguer ce qui relève de la réalité ou de divagations de l’esprit. Sur ce point, le film aime à entretenir le doute quant au caractère tangible ou non desdites manifestations.

Compte tenu du cadre et des restrictions imposées par l’exercice du huis clos, les situations font preuve d’une variété tout honorable. Cependant, la sensation d’isolement n’est pas aussi vivace qu’escomptée. La faute à de multiples flashbacks qui entrecoupent un rythme lénifiant. Au lieu de le dynamiser, ces séquences s’assimilent à des moments de remplissage à la pertinence toute relative. En cela, la mer d’huile qui entoure le navire symbolise parfaitement cet état de fait. Leur justification tient surtout à un travail de caractérisation pour mieux appréhender le passé et les souvenirs du personnage principal. Il subsiste néanmoins des instants poussifs qui, à la langueur initiale, instillent une routine ennuyeuse, voire complaisante.

« L’aspect survivaliste s’efface au profit d’une évocation émancipatrice de la femme. »

Dans un registre différent, Visitors offre une lecture sous-jacente sur les intentions d’un tel périple. Est-ce l’accomplissement d’un rêve, la volonté de dépasser ses limites ou de s’affranchir des carcans sociaux ? L’aspect survivaliste s’efface au profit d’une évocation émancipatrice de la femme non par rapport à l’homme, mais aux attentes de la société. Preuve en est avec son comportement ou l’objet de ses névroses croissantes. Soit dit en passant, l’exercice reste assez cathartique pour exorciser les souvenirs familiaux, ainsi que le rapport à la mère, plus qu’à celui du père. Quant aux rares effets spéciaux, il aurait été préférable de se contenter d’un traitement suggestif.

Au final, Visitors est un thriller fantastique qui ne manque pas d’intérêt. À la manière de Long Week-End,le dernier film de Richard Franklin délaye un parfum de mystère où la nature répond à ses propres lois. La méconnaissance de l’environnement associée à de potentiels dangers latents engendre des situations où la folie prend quelques libertés avec les frontières de la réalité. On apprécie ce doute qui subsiste et laisse entrevoir différentes perspectives de réflexion. Toutefois, la progression reste statique, entrecoupée de flashbacks et de scènes d’exposition dispensables. Par ailleurs, la narration souffre de multiples errements et peine à insuffler un minimum de dynamisme. En somme, un film intrigant, mais qui traîne de nombreuses inconstances dans son sillage.

Note : 12/20

Par Dante

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