juin 25, 2024

Bernadette – Vieille et Golri

De : Léa Domenach

Avec Catherine Deneuve, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Sara Giraudeau

Année : 2023

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Quand elle arrive à l’Elysée, Bernadette Chirac s’attend à obtenir enfin la place qu’elle mérite, elle qui a toujours œuvré dans l’ombre de son mari pour qu’il devienne président. Mise de côté car jugée trop ringarde, Bernadette décide alors de prendre sa revanche en devenant une figure médiatique incontournable.

Avis :

Au rayon des nouveaux venus dans le paysage du cinéma français, aujourd’hui, on s’arrête sur Léa Domenach qui avec « Bernadette » réalise son premier film. Mais avant d’en arriver là, la jeune femme a énormément bourlingué, réalisant du web documentaire, du documentaire, travaillant pour la télévision, l’internet avec des web séries, ou encore dans un tout autre genre, l’écriture, puisque Léa Domenach a écrit pour le théâtre. Puis au-dessus de ça, elle a aussi écrit plusieurs romans. Bref, la jeune femme est complète et elle n’a pas l’air de vouloir se reposer.

Après le succès de sa série « Jeune et Golri« , voici donc que Léa Domenach s’essaie au grand écran, et elle arrive avec un film qui sur le papier n’est pas si facile que ça, puisqu’elle a eu envie de s’arrêter sur la vie de Bernadette Chirac. Oui, oui, il y a quelqu’un qui a fait un film sur l’ex première dame de France, et c’est franchement réussi. Petite fantaisie, « Bernadette » est un film qui se pose comme l’une des belles surprises de la rentrée.

«  »Bernadette » est une bonne surprise. »

Un film très drôle et fun, et en même temps, « Bernadette » sait se faire plus sérieux qu’il n’en a l’air, puisque le film raconte aussi l’émancipation d’une femme qui a vécu dans l’ombre de son mari. Intelligent, rappelant dans un certain sens le cinéma de François Ozon, rudement mené, même s’il y a un petit relâchement sur sa fin, plein de politique, et enfin tenu par une Catherine Deneuve étonnante de bout en bout de film, « Bernadette » est une bonne surprise.

Bernadette a toujours œuvré dans l’ombre et pour la réussite de son mari, alors quand elle arrive à L’Élysée en 1995, elle pense enfin avoir la place qu’elle mérite, c’est-à-dire non plus dans l’ombre, mais bien aux côtés de son époux. Mais Jacques ne l’entend pas de cette oreille, d’ailleurs, alors qu’elle a toujours vu juste, Jacques n’écoute même pas Bernadette. Alors après quelques années à être rabaissée et « moquée », Bernadette décide de prendre le taureau par les cornes et d’inverser la tendance. Si son mari ne la regarde pas, alors ce sera d’abord les gens de l’Élysée, puis les Français…

«  »Bernadette » est surtout un film qui enchaîne les fantaisies, les bonnes idées. »

« Bernadette » est un film qui j’avais très envie de voir, notamment parce qu’il signait le grand retour de Catherine Deneuve repartie sur les plateaux de tournage après un AVC en 2019. Mais avec ça, « Bernadette » était aussi un film qui véhiculait pas mal de craintes de ma part, en partie à cause de sa bande-annonce, qui annonçait une comédie, et si cette dernière tenait déjà deux ou trois gags bien tournés, du côté de la comédie chez nous, c’est tout l’un ou tout l’autre, capable du pire comme du plus drôle, et heureusement, « Bernadette » se place du côté du plus drôle.

Alors certes, comme je le disais déjà plus haut, le film de Léa Domenach n’est pas non plus parfait, notamment dans sa dernière partie, où il se relâche dans son dynamisme, tenant un peu de mou. On peut même dire qu’à un moment donné, on a la sensation que « Bernadette » cherche une façon de se conclure. Fort heureusement, ces hésitations, et cette baisse de régime, ne durent pas et la réalisatrice rattrape très bien son film pour l’emmener vers un final espiègle et amusant.

Après, face à ce relâchement, « Bernadette » est surtout un film qui enchaîne les fantaisies, les bonnes idées et en plus de ça, Léa Domenach offre une mise en scène pleine de fraîcheur qui soutient ses idées, et offre un film étonnant dès son ouverture, avec cette chorale qui nous chante en chœur qu’on s’apprête à voir une fiction inspirée de la vie de Bernadette Chirac. Cette idée de chorale qui se répète dans le film est franchement amusante, surtout en milieu de film, lorsqu’elle se met à reprendre une chanson culte des années 90.

«  »Bernadette » rappelle le « Potiche » d’Ozon. »

Le film est bien tenu par un excellent humour qui sait jouer sur les mots et les piques politiques en tout genre, comme pour exemple cette réplique qui est un bijou à elle seule :

– Bonjour Madame…

– Bonjour Madame Chirac ! Vos bonnes manières sont parties en même temps que les socialistes.

Le scénario, qui est écrit par Léa Domenach et Clément Dargent (« Ovnis« ), ne donne pas seulement dans la comédie. Non, derrière toutes ces scènes amusantes, « Bernadette » est aussi un très joli portrait de femme, ainsi que l’histoire d’une émancipation. Plus haut, je disais qu’il y avait du Ozon dans ce film, et en ça, en quelque sorte, « Bernadette » rappelle le « Potiche » d’Ozon avec l’histoire de cette femme dans l’ombre de son mari, qui prend petit à petit de plus en plus d’importance. Ici, c’est à peu près la même trajectoire, avec une Bernadette qui se rebelle, qui en quelque sorte veut de la lumière pour elle. Une Bernadette bien plus intelligente que Jacques ne le pense, et il est très intéressant de suivre cette rébellion, d’autant plus que sa cinéaste sait très bien la mettre en scène, oscillant les tons avec humour et plus sérieux lorsque l’histoire le demande.

Puis avec ça, derrière Bernadette, et même le couple Chirac, Léa Domenach parle aussi de la France des années 90/2000 et du paysage politique, faisant plusieurs clins d’œil à des affaires, des événements connus, ou encore à des hommes politiques qu’on connaît tous (François Vincentelli en Dominique De Villepin assure, tout comme Laurent Stocker qui est hilarant en Sarkozy).

« Si « Bernadette » est aussi bien réussi, c’est grâce à son actrice principale, Catherine Deneuve. »

Puis enfin, lorsqu’on parle des comédiens, si « Bernadette » est aussi bien réussi, c’est grâce à son actrice principale, Catherine Deneuve, qui a presque quatre-vingts ans, démontre qu’elle en a encore, qu’elle sait se réinventer et qu’elle n’a pas peur de prendre des risques. Certes, ici, elle ne ressemble en rien à Bernadette Chirac, tout comme le reste du casting, mais la ressemblance n’était pas ce que Léa Domenach recherchait. Non, ici, elle s’inspire de la vie de ses personnages, elle suit énormément l’histoire, mais en même temps, elle crée de vrais personnages qui sont intéressants et drôles, puis avec ça, elle peut prendre des libertés.

Ainsi, même si on en apprend beaucoup sur le couple Chirac, sur leur vie loin « des médias » notamment lorsque le film aborde discrètement la maladie d’une de leurs filles, ça reste des personnages qu’on aime suivre, dont le film se moque gentiment, aussi bien qu’elle sait leur rendre un bel hommage. Et pour revenir aux comédiens en plus de Catherine Deneuve, « Bernadette » nous offre un excellent Michel Vuillermoz en Chirac, un excellent Denis Podalydès en chargé d’images, ou encore une Sara Giraudeau en Claude Chirac.

Ainsi donc, ce premier film pour Léa Domenach est une jolie réussite. « Bernadette » est un film étonnant et détonnant qui se pose aussi bien comme une bonne comédie, qu’un joli portrait de femme, ainsi qu’une belle émancipation dans un monde fait d’hommes. Tenu par une Catherine Deneuve en grande forme qui fait son grand retour, « Bernadette » est aussi la présentation d’une jeune cinéaste qui a tout l’air d’avoir un bel univers à développer. Désormais, je reste très curieux d’un deuxième film.

Note : 14/20

Par Cinéted

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