mai 25, 2024

Anatomie d’une Chute – Que Vaut la Palme d’Or?

De : Justine Triet

Avec Sandra Hüller, Swann Arlaud, Milo Machado Graner, Antoine Reinartz

Année : 2023

Pays : France

Genre : Thriller

Résumé :

Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.

Avis :

Justine Triet est une réalisatrice dont j’ai découvert le cinéma en 2016 avec son film « Victoria« , qui s’est posé comme une chouette comédie pleine de peps et surtout qui a réinventé Virginie Efira. Depuis, Justine Triet n’a fait que confirmer son talent avec son film suivant, « Sybil« , une histoire autour d’une psychiatre qui écoute et conseille une actrice. Si de manière personnelle, le film m’avait moins pris que « Victoria« , « Sybil » offre de sacrés moments de cinéma.

Après quatre années d’absence et un petit covid qui retarda les choses, ce qui a permis à Justine Triet et son mari Arthur Harari de peaufiner leur scénario, le nouveau Justine Triet débarque en sélection officielle du Festival de Cannes et il en repart avec la très convoitée Palme d’Or.

« Quelle claque que ce film ! »

Profitant des séances de Cannes à Paris, je suis donc allé voir ce film de procès, et quelle claque ! De cette intrigue somme tout assez banale, Justine Triet livre un film passionnant, où il va être question d’intimité de couple, et surtout d’interprétation de la vérité. Prenant, sombre, intelligent dans ce qu’il raconte, virtuose dans ses scènes de procès et d’interrogatoires, tenu par des acteurs bluffants, cette « Anatomie d’une chute » est l’un des meilleurs films français de cette année !

Un après-midi, Daniel, onze ans, après une promenade avec son chien, rentre chez lui et là, devant le chalet familial, gît le corps de son père. Le petit garçon appelle sa mère qui dormait. Très vite, l’enquête relève des incohérences et alors que Sandra, la mère de famille, laisse penser à un accident ou un suicide, les enquêteurs pensent à un meurtre et tout accuse Sandra. Bientôt, la mère de famille se retrouve inculpée du meurtre de son mari. Après un an de procédures et d’enquête, le procès s’ouvre…

Quelle claque que ce film ! Quelle belle et passionnante Palme d’Or que cette « Anatomie d’une chute » ! Pour son nouveau film, Justine Triet s’est embarquée dans un film de procès, et les deux heures et demie que dure le film sont passées comme une seule heure.

« La première chose qui frappe avec cette « Anatomie d’une chute« , c’est la justesse et l’intelligence de l’écriture. »

La première chose qui frappe avec cette « Anatomie d’une chute« , c’est la justesse et l’intelligence de l’écriture. Un film de procès peut très vite se faire répétitif et si l’on n’y injecte pas ce qu’il faut d’intrigue, il peut lasser. De plus, pour faire un bon film de procès, il faut un angle d’attaque, et tous ces éléments, Justine Triet et son mari les maîtrisent totalement. Ainsi, ils nous entraînent dans une œuvre qui sait parfaitement où elle va et ce qu’il faut raconter pour laisser planer un doute permanent sur la résolution et le verdict. D’ailleurs, ce doute va planer assez génialement jusqu’à la dernière seconde du film de Justine Triet.

En plus de ce doute, la réalisatrice livre un film de procès moderne dans sa mise en scène et dans les sujets qu’il décortique. Ce procès, c’est l’autopsie d’un couple, et derrière ça, c’est l’autopsie d’une interprétation. La vérité est au centre de ce procès et pourtant, avec le peu d’éléments, la vérité en question est souvent une interprétation des faits et que ce soit dans un camp ou dans l’autre, les interprétations sont passionnantes et surtout, elles sont plausibles.

Ces possibilités sont encore plus prenantes grâce aux magnifiques interprétations des acteurs qui incarnent les avocats et qui ne cessent de se confronter, jouant sur les mots parfois, exposant des faits et leurs contradictions, s’appuyant sur ce qu’ils savent et ce qu’ils imaginent et pourquoi pas ce qu’ils fantasment.

« c’est passionnant de bout en bout de film. »

Puis avec ça, Justine Triet sait parfaitement gérer son film, ce qui fait qu’au moment où les scènes de procès pourraient être trop présentes, la réalisatrice laisse de l’air à son film et nous fait sortir de la salle d’audience pour mieux nous y renfermer pour les interrogatoires suivants et la recherche de la vérité.

Bien sûr, avec son procès, « Anatomie d’une chute » touche beaucoup des thèmes de notre époque, mais alors que beaucoup d’autres films appuient bien trop dessus, Justine Triet sait parfaitement doser ses thèmes pour qu’ils n’écrasent pas son film. Ils y sont nécessaires, mais ils font partie d’un tout, ils se conjuguent parfaitement avec l’ensemble du film. Ainsi, ici, on peut aussi bien parler d’emprise, que du couple, des médias et l’engouement de ces derniers « – Il est plus intéressant de voir une femme écrivaine tuer son mari, qu’un professeur de français se suicider… », de féminisme avec un sublime portrait de femme, ou encore du système judiciaire, ses procédures, son exécution… Bref, c’est comme je le disais, c’est passionnant de bout en bout de film.

Je l’ai déjà évoqué, mais l’autre atout de cette « Anatomie d’une chute« , c’est bien sûr ses acteurs qui sont tous, absolument tous, bluffants, au point qu’il n’y en a pas un au-dessus de l’autre, et tous, jusqu’au moindre petit rôle, sont à leur place. Ainsi, on trouvera une Sandra Hüller incroyable, un duo de rivaux Swann Arland/Antoine Reinartz terrible, auxquels on restera scotché aux moindres joutes verbales. Puis il y a le jeune Milo Machado Graner qui est bouleversant en assistant au procès de sa mère.

Cette « Anatomie d’une chute » est donc la chute d’un homme qui causa sa mort, mais c’est aussi l’anatomie d’un couple, d’une vie de couple, puis derrière ça, celle d’un procès et de la vérité qui va en ressortir. Assurément le meilleur film de Justine Triet, cette Palme d’Or 2023 est aussi passionnante que terrible, sublime et glaçante. Prenant d’un bout à l’autre, j’ai d’ores et déjà envie de faire appel de ce procès, histoire d’en avoir une deuxième dose.

Note : 18,5/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.