mai 25, 2024

Pornomelancolia – Dépression et des Potes

De : Manuel Abramovich

Avec Lalo Santos, Diablo, Brandon Ley, Chacalito Regio

Année : 2023

Pays : Argentine, France, Brésil, Mexique

Genre : Drame

Résumé :

Quand il ne travaille pas à l’usine, Lalo est un sex-influenceur mexicain qui se met en scène nu pour ses milliers de followers. Suite à un casting, il devient acteur porno en jouant Emiliano Zapata dans un film sur la révolution. Mais dans la réalité, Lalo semble vivre dans une mélancolie constante.

Avis :

Réalisateur argentin, Manuel Abramovich est un cinéaste qui a fait des études pour devenir directeur de photographie, et c’est ce qu’il va très vite faire à la sortie de ses études. Mais tout aussi vite, Manuel Abramovich a envie de raconter ses propres histoires, et c’est ainsi qu’au début des années 2010, il commence à réaliser des courts-métrages. Ses films vont très vite se faire remarquer en festival, où ils raflent pas mal de prix. Son court « La Reina » par exemple, va faire le tour du monde des festivals, avec plus de cent-cinquante sélections et il va remporter une cinquantaine de prix.

Metteur en scène libre, Manuel Abramovich, après plusieurs courts et un film, décide de questionner la masculinité. Un thème qu’il va commencer à explorer en 2017 avec « Soldato » (film qui parle de soldats et de leurs apparats), qu’il pousse sur un autre sentier avec « Blue Boy » (film autour de prostitués hommes roumains à Berlin) et qu’il achève aujourd’hui en posant sa caméra au Mexique avec « Pornomelancolia« , un film qui, comme son titre l’indique, va dresser le portrait d’un acteur. Ou plutôt, le film s’ouvre sur un homme qui est alors ouvrier, et qui va, pour arrondir les fins de mois, se lancer dans la pornographie et devenir un influenceur.

« Le film de Manuel Abramovich s’est posé comme une belle déception. »

Le sujet était intéressant, et je suis toujours prenant pour aller explorer d’autres horizons, mais ici, bien que le film questionne des thèmes intéressants, « Pornomelancolia » est un film dans lequel j’ai bien eu du mal à entrer. Malgré l’excellence de son acteur, malgré la question de l’apparat, de ce que l’on montre aux réseaux, et la solitude qui bien souvent s’invite, le film de Manuel Abramovich s’est fait long, plat et surtout très peu intéressant.

Lalo travaille dans une usine de métallurgie, et il a bien du mal à s’en sortir financièrement. Aimant le sexe et se montrer, un jour Lalo répond à une annonce qui cherche des profils pour jouer dans un film porno autour de la vie d’Emilio Zapata. Il est alors choisi pour le rôle principal. Dès lors, Lalo découvre le milieu du porno gay, et derrière ça, il commence à jouer avec les réseaux sociaux. Derrière les regards, la petite gloire et l’argent qui va très vite couler, Lalo sombre dans une sorte de mélancolie qui prend tous les airs d’une dépression.

Sorti très discrètement, à peine une vingtaine de salles seulement le joue, je me suis laissé tenter par le portrait de ce sex-influenceur, qui était présenté au Festival Chéries-Chéris 2022, et qui avait de très bons retours, mais malheureusement pour moi, le film de Manuel Abramovich s’est posé comme une belle déception.

« Le film soulève vraiment de bons sujets, et avec ça, il est bien filmé. »

Comme je le disais, la démarche du cinéaste est intéressante, car ici, il questionne les apparences, avec un homme qui est mal dans sa peau et dans sa vie, mais qui une fois devant une caméra laisse paraître tout le contraire. Avec ce portrait au plus près de son personnage, Manuel Abramovich pose tout un tas d’interrogations, aussi bien dans la vie personnelle de son personnage, que dans son milieu professionnel. Le VIH est abordé, tout comme la question du consentement sur les tournages. D’ailleurs, les tournages, au début, sont idéalisés, avec que des compliments, des regards bienveillants, et une belle entente sexuelle entre les différents partenaires, puis petit à petit, ça s’écaille pour devenir plus nuancé.

Le film explorera aussi ceux qu’on pourrait appeler les sex-influenceurs, c’est-à-dire ces porns stars qui se mettent en scène en permanence, filmant aussi bien les ébats que leur quotidien. Avec ça, le réalisateur questionne l’acting, avec ces hommes qui deviennent des acteurs de leur propre vie pour exister aux yeux de tous.

Bref, le film soulève vraiment de bons sujets, et avec ça, il est bien filmé, il ne tombe jamais dans le vulgaire, alors que parfois, il est sexuellement très explicite. De plus, le film sait très bien se concentrer sur les émotions de son personnage, et à force de le suivre, plus que son aspect sexuel, c’est bien la solitude de son acteur qui le suit. Le personnage est par ailleurs très bien campé par Lalo Santos, et le fait que l’acteur y joue ici son propre rôle peut amener ce « Pornomelancolia » sur les chemins du vrai-faux documentaire.

«  »Pornomelancolia » s’est posé comme un film long, très long, et surtout très peu touchant. »

Mais voilà, comme je le disais, malgré toutes les bonnes questions que le film soulève, malgré son cachet et les envies et les intentions de son réalisateur, « Pornomelancolia » s’est posé comme un film long, très long, et surtout très peu touchant. Il y a un manque cruel d’émotion avec ce personnage qu’on suit pourtant du début à la fin. Puis avec ce manque d’émotion, finalement, on se retrouve à suivre les mésaventures de ce pauvre Lalo avec très peu d’intérêt, pour ne pas dire qu’on se fiche de ce qui peut bien lui arriver, ou le « torturer ». Il y a quelque chose au sein de ce film qui fait qu’il lui manque ce truc en plus, cette intrigue en plus qui nous entraînerait dans ce film, au lieu de nous laisser en retrait, comme c’est le cas.

Ainsi, malgré plein de bons et beaux éléments, « Pornomelancolia » s’est posé comme un long moment de cinéma. Ennuyant, alors qu’il a tout pour être intéressant, étiré, manquant cruellement d’émotions… Bref, le film de Manuel Abramovich est une déception de bout en bout, et c’est vraiment dommage, car je le répète, le réalisateur soulève des questions qui sont très intéressantes, tout comme sa démarche, qui est ancrée dans la réalité, l’est tout autant.

Note : 08/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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