mars 2, 2024

Iotunn – Access All Worlds

Avis :

Quand on évoque le Métal scandinave, on a immédiatement en tête des chants criés, de gros growls, des riffs bien lourds et cette imagerie un peu désuète de types maquillés en noir et blanc. Si certains jouent encore avec ces gimmicks, d’autres explorent des horizons différents tout en gardant une base directrice qui lorgne vers le Death et le Black. Pour preuve, Iotunn, groupe tout récent danois qui a décidé de poser ses guitares, sa basse et sa batterie quelque part entre le Prog, le Death et le mélo. Voulant dire « géant » en ancien langage nordique, Iotunn promet un voyage céleste impressionnant, avec peu de titres (sept au total) mais pour une durée qui dépasse l’heure d’écoute. Access All Worlds est un premier album massif, d’une rare densité et qui va bénéficier d’une belle production, notamment grâce au label Metal Blade Records.

Forcément, plus d’une heure pour sept chansons, on se doute bien que chaque piste va être un long moment, et que Iotunn n’est pas là pour rentrer dans un cadre « radiophonique ». Le ton est de suite donné avec Voyage of the Garganey I. Durant plus de sept minutes, le morceau va commencer tout doucement avant de lâcher les gros riffs et le bon gros growl qui va avec. Si la poésie du début laisse rapidement place à une violence contenue, il n’en demeure pas moins que ce début démontre déjà tout le talent du groupe pour alterner les phases et offrir plusieurs morceaux en un seul. Le tout est gargantuesque, la formation nous emporte dans une sorte d’avalanche de sonorités qui peuvent sembler simplistes, mais qui, combinées entre elles, forment un tout impressionnant.

L’alternance du chant growlé et du chant clair apporte aussi son identité et une certaine souplesse dans la structure du titre. D’ailleurs, chaque instrument aura son moment de gloire, comme cette fameuse batterie lors du premier break. Avec Access All Worlds, Iotunn franchit un nouveau cap. Ici, le morceau dépasse allègrement les onze minutes, et on n’en perdra pas une miette. Si le chant clair prédomine ici, il est très éthéré, très aérien, offrant une belle alternative aux riffs bien lourds. Il en ressort alors une poésie violente, mais qui n’ennuie jamais et présente une maîtrise parfaite de la mélodie, et un joli sens de la composition. Quand on évoquait plus haut des allusions au Black Métal, on retrouve cela dans Laihem’s Golden Pits, qui peut se targuer d’un long blast qui va baigner quasiment tout le titre. Pour autant, grâce au chant, on va s’éloigner du genre cité.

En effet, Iotunn manie à merveille ses références, et même s’il part sur des bases Black, on va retomber sur un Death mélodique de toute beauté, qui forge un alliage en béton armé, pour un titre plus court que les autres (un peu moins de cinq minutes) mais qui s’imprègne très vite en nous. Waves Below et ses dix minutes vont renouer avec quelque chose de plus Death Prog, tout en peignant un démarrage assez sombre, qui va petit à petit s’illuminer, grâce à une rythmique plus rapide et des riffs un poil moins lourds qu’à l’accoutumée. Néanmoins, on restera subjugué par la maîtrise totale du groupe qui, pour un premier album, n’a pas peur de faire dans de longues plages et de s’éloigner des carcans structurels de n’importe quel morceau Death. Cela force le respect.

The Tower of Cosmic Nihility sera à l’image de tout l’album. C’est-à-dire un mélange parfait de Death, de Prog et d’éléments parfois un peu Black, mais le tout baignant dans un chant clair sublime. D’ailleurs, c’est avec ce titre que l’on va mesurer l’intelligence du groupe dans l’alternance vocale et dans les choix rythmiques. Les danois proposent un refrain en growl avec un rythme plus lent, avant de lâcher des couplets en chant clair, mais avec des riffs plus rapides. Du coup, il y a un bel équilibre dans le titre, qui peut même se permettre de sacrés solos, montrant le talent des deux frères guitaristes (car oui, ce sont deux frères aux guitares). The Weaver System reprend tous les codes vus précédemment, et Iotunn va conclure avec Safe Across the Endless Night, un très long morceau de plus de treize minutes, qui est une pure merveille.

Au final, Access All Worlds, le premier album de Iotunn, est une tuerie qui impressionne par sa grâce, sa technique et son intelligence. Malgré ses titres interminables, malgré le fait que ce soit un premier effort, les danois prônent une production impeccable et un juste équilibre entre toutes les styles dont ils font référence. Gigantesque, gargantuesque, épique et surpuissant, il s’agit-là d’un album précieux et qui permet au groupe de commencer très fort une carrière que l’on espère très longue !

  • Voyage of the Garganey I
  • Access All Worlds
  • Laihem’s Golden Pits
  • Waves Below
  • The Tower of Cosmic Nihility
  • The Weaver System
  • Safe Across the Endless Night

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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