novembre 26, 2022

L’Origine du Mal – Jacques et ses Femmes

De : Sébastien Marnier

Avec Laure Calamy, Doria Tillier, Dominique Blanc, Jacques Weber

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Dans une luxueuse villa en bord de mer, une jeune femme modeste retrouve une étrange famille : un père inconnu et très riche, son épouse fantasque, sa fille, une femme d’affaires ambitieuse, une ado rebelle ainsi qu’une inquiétante servante.
Quelqu’un ment.
Entre suspicions et mensonges, le mystère s’installe et le mal se répand…

Avis :

Parmi les nouveaux visages du cinéma français, le réalisateur Sébastien Marnier est un réalisateur qui fait énormément de promesses. Ayant oscillé entre l’écriture, la réalisation, le journalisme, l’écriture en tant que romancier, ou encore de la programmation, notamment pour le Forum des Images, Sébastien Marnier a baroudé avant de réaliser son premier film, le très bon « Irréprochable« . Trois ans après ce film qui s’est posé comme le succès surprise de l’été 2016, le metteur en scène récidive avec un film glaçant, « L’heure de la sortie« . En deux films, Sébastien Marnier a fait bien plus qu’attirer les attentions, il a créé une attente.

Après trois ans d’absence, Sébastien Marnier est de retour avec le difficile troisième film, celui dont on dit qu’il est, ou non, le film de la confirmation.

Histoire de famille, histoire de manipulation, tournant autour du thriller, et un soupçon de comédie noire, avec « L’Origine du Mal » Sébastien Marnier fait bien plus que de confirmer son statut de cinéaste à suivre. Avec ce film, Marnier livre une petite bombe, qui ne va cesser de surprendre, et ce, même lorsqu’on pense en avoir déjoué les codes. Passionnant, pour ne pas dire obsédant, maîtrisé de bout en bout, superbe dans sa direction d’acteurs et ses personnage, le nouveau Marnier est une belle claque !

Stéphane l’aura attendu pendant des années, mais ça y est, elle a enfin retrouvé son père. Ce dernier habite une villa luxueuse sur une petite île près des côtes françaises. Extrêmement riche, Stéphane découvre un homme qui est entouré de femmes qui ont bien l’air d’attendre qu’une chose, avoir son argent. D’ailleurs, elles ont fait un recours pour le faire mettre sous tutelle. Stéphane est très émue de retrouver ce père qu’elle a attendu toute sa vie, et son entrée dans cette famille n’est pas vu d’un bon œil par certaines… Ou plutôt par toutes…

S’il y a bien un film que j’attendais avec curiosité pour cette fin d’année, c’est bien le nouveau Sébastien Marnier et c’est avec plaisir et joie cinéphilique que je découvre un film bluffant. Un film qui ferait presque aussi fort que « L’heure de la sortie« .

Doté d’une histoire originale, imaginée et écrite par Sébastien Marnier, « L’origine du mal » est un excellent puzzle qui, comme je le disais plus haut, sait surprendre, alors même qu’on pensait avoir compris sa façon d’emboîter ses pièces.

« L’origine du mal » est un film qui parle de la famille, et peint une famille vampirique, où chacun de ses membres est bien plus complexe qu’il n’en a l’air. D’ailleurs, cette façon de traiter ses personnages est assez géniale, car plus le réalisateur nous entraîne dans son intrigue, et moins ces personnages sont évidents, ce qui créé d’emblée une forme de suspens et de mystère qui nous tient jusqu’au générique de fin.

Dans cette écriture, il est vrai qu’en milieu de film, « L’origine du mal » a comme un petit relâchement. S’il arrive sans souci à piquer notre intérêt, il y a comme un sentiment qu’on pourrait avoir fait le tour de cette histoire et que finalement, elle est très simple, mais Sébastien Marnier est bien plus intelligent et perfide que cela, et c’est au moment où on ne s’y attend le moins, alors même que le film nous a déjà offert un twist qui était prévisible, que le metteur en scène et scénariste transforme son film.

Et cette nouvelle direction va faire bien plus que dynamiter son intrigue. D’un coup, ce que l’on pensait savoir n’est rien. Les cartes sont redistribuées de manière intelligente et Sébastien Marnier nous prend comme en otage, et son film ne cesse de s’accélérer et nous, public, on reste comme impuissant et fasciné par la tragédie qui se met en place. Une tragédie qui en plus de ça, est assez folle, dans le sens où elle se permet d’être drôle et absurde, jouant avec les couleurs presque saturées de ses personnages. Des personnages qui sont tenus génialement par une bande d’acteurs qui s’éclatent. Ici le blanc ou le noir n’existent pas et tous sont une palette infinie de nuances de gris.

Excentriques, folles, intéressées, aimantes, désaxées, le film n’arrête pas et les compositions de Laure Calamy, Doria Tillier, Véronique Ruggia Saura, ou encore et surtout Dominique Blanc (qui tient là un rôle incroyable, la révélant de nouveau, si toutefois elle avait encore besoin d’être révélée), sont absolument jouissives. Seule dans ce tableau féminin, la jeune Céleste Brunnquell a du mal à exister, trouvant un personnage en dessous des autres. Puis ce film, c’est aussi un pilier masculin, celui qui attise toutes les convoitises. Ce pilier est tenu par un Jacques Weber aussi impressionnant que son personnage et tout en nuances.

« L’origine du mal« , c’est aussi une histoire d’ambiance. Une ambiance parfaitement tenue par son réalisateur qui réussit tout ce qu’il entreprend. Dans un sens, je me demande même si ce petit relâchement évoqué plus haut est voulu, pour que d’un coup, on soit renversé par le nouveau sentier qu’emprunte l’intrigue. Pour ce film, Sébastien Marnier se renouvelle et change de style, s’aventurant dans un film dont ne sait s’il est un thriller familial ou une comédie grinçante et noire, très noire. Le metteur en scène conjugue tout ça, et l’accentue avec une BO sublimement étrange de Pierre Lapointe, et un décor fabuleux et écrasant, qui à sa manière raconte beaucoup de choses sur cette famille.

Ce nouveau film de Sébastien Marnier est donc une belle et grande réussite, qui aura su garder ses mystères et son suspens jusqu’à son final absolument parfait. Et mieux encore, je me demande si au deuxième visionnage, cette « … origine du mal » serait le même film, tant les nuances, une fois que l’on sait, pourrait prendre d’autres « couleurs ». Bref, Sébastien Marnier passe sans une ombre le cap du troisième film, et il se pose comme l’un des nouveaux réalisateurs les plus intéressants du paysage français.

Note : 17,5/20

Par Cinéted

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