novembre 26, 2022

Sans Filtre – Une Palme Méritée?

Titre Original : Triangle of Sadness

De : Ruben Östlund

Avec Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Dolly De Leon, Zlatko Buric

Année : 2022

Pays : Suède, Allemagne, Suède, Angleterre

Genre : Comédie

Résumé :

Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les événements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

Avis :

Cinéaste suédois, Ruben Östlund a commencé sa carrière dans les années 2000, mais c’est surtout à partir des années 2010 qu’il se fait connaître à l’étranger avec son quatrième film, l’excellent « Snow Therapy« , qui est en sélection dans la catégorie un certain regard. Trois ans après, il gagne encore un peu plus en renommée avec « The Square« , film qui recevra la prestigieuse Palme d’Or au Festival de Cannes 2017. Depuis, Ruben Östlund avait quelque peu disparu des radars.

Après cinq années d’absence, le suédois fait son retour dans la croisette avec son premier film américain pour notre plus grand plaisir. Un plaisir encore plus grand après l’immense déception que fut « The Square« .

Totalement inattendu, piquant, noir, irrévérencieux, fou et aussi critique et politiquement incorrect qu’il est génialement farfelu, « Sans filtre » peut prétendre très aisément au podium des comédies de l’année et ce, malgré ses défauts et sa longueur.

Carl et Yaya sont un couple de mannequins et influenceurs qui après une fashion week, se voit offrir une croisière de rêve à bord d’un yacht on ne peut plus sublime. La semaine de vacances s’annonce idyllique. Enfin ça, c’est en théorie.

« Sans filtre » est le sixième film du suédois Ruben Östlund et autant le dire d’emblée, le metteur en scène fait son retour sur les grands écrans des salles obscures de manière très acide. « Sans filtre » est un film qui porte très bien son titre, car sur tout ce qu’il entreprend, sur tout ce qu’il a envie de critiquer ou dénoncer, Ruben Östlund ne va pas prendre de gants et il va enlever tous les filtres possibles, pour se moquer de tout et de tout le monde. Comédie sombre et pessimiste, critique des richesses, du capitalisme, de la mode, des influences, du rapport à l’argent, et bien plus encore, Ruben Östlund nous entraîne dans une intrigue en trois chapitres qui vont être tous génialement grisants.

« Sans filtre » est un film qui commence directement en se moquant de l’industrie de la mode, de son regard sur l’être humain, des codes qu’elle veut montrer et ceux qu’elle pratique derrière les podiums. D’emblée, on comprend que le film de Ruben Östlund va être acide, mais on n’avait pas encore imaginé à quelque point. Avançant dans la vie de ces deux influenceurs qui se disputent, voire qui enragent pour de l’argent, le cinéaste nous entraîne vers la fameuse croisière, là où il va pouvoir se défouler à grands coups de ridicule envers tous ces personnages qu’il va peindre comme de véritables monstres. Chacun d’eux tient une part d’horrible, et chacun d’eux illustre un caractère, une façon de penser, de faire, ou encore de « changer » le monde.

Les portraits, agrémentés de caprices, sont hilarants de ridicule et l’on se plaît à suivre ces horribles personnages, car on sait bien que chez Ruben Östlund, ces personnages vont finir par en prendre pour leur grade. Et en prendre pour leur grade, on peut dire qu’ils vont sacrément en prendre, lors d’une séquence de tempête assez dégueulasse, où l’on a bien du mal à ne pas éclater de rire, tant elle en est jubilatoire et au-delà de ça, totalement improbable et inimaginable. Puis cette scène mettra en place un engrenage qui emportera le film vers une troisième partie, amenant le film autre part, changeant même des rapports de force, ce qui interrogera génialement (là encore) la question du pouvoir, et le goût du pouvoir. Ce dernier thème nous laissera alors sur un final étonnant, où le réalisateur nous laissera seul maître de ce que l’on a envie d’en conclure, ce qui est très bien ainsi.

La comédie et l’humour grisant que le film tient, on le trouve aussi dans sa mise en scène et la façon, là encore jubilatoire, que Ruben Östlund peut avoir pour peindre ses personnages, mais aussi ses situations, ses rebondissements, et même sa façon d’en faire trop, car oui, le film en fait parfois de trop, et l’on adore ça. Certes, ce n’est pas très fin et encore moins subtil, mais c’est tellement exaltant, tellement ubuesque et métaphoriquement parlant, c’est le pied total.

Restera toutefois que la démarche est si « radicale » qu’elle ne réussira pas convaincre tout le monde et le film risque fort bien de diviser et trancher dans le vif. Un sentiment qui risque d’être exacerbé pour ceux qui ne rentreront pas dedans, car pour ma part, malgré l’excellent moment passé, malgré les rires, les délires, et les « c’est pas bien » dit tout haut en s’étouffant, il faut aussi dire que deux heures et demi pour raconter cette histoire, c’est trop long et on pourrait facilement enlever plus d’une scène, plus d’une conversation, dans chacun des chapitres.

Pour ce film, Ruben Östlund a fait un appel à un casting de tout horizon et c’est là encore le pied de voir tous ces comédiens de talent s’observer, se critiquer, se sourire et profiter ou non des uns des autres. Parmi tous ces comédiens, il est vrai qu’il faut mentionner Harris Dickinson qui a le sourire triste des gens trop beaux, Woody Harrelson en capitaine de bord tordant et particulièrement cuité, Dolly De Leon qui trouve un rôle très étonnant, ou encore Sunnyi Melles ou le couple de petits vieux, bien sous tout rapport, jusqu’à une découverte.

Ruben Östlund vient donc dynamiter la comédie noire de manière on ne peut plus acide. Ici, tout le monde en prend pour son grade et l’on se marre du début à la fin. Intelligent, grassement subtil dans ces critiques, ces caricatures et ce que le réalisateur a envie de pointer du doigt, « Sans Filtre » se pose comme une grande surprise qui n’a pas fini de faire parler d’elle et ça malgré ses défauts, ses incohérences et son manque de finesse. Ainsi, l’irrévérence cette année vient assurément du suédois, et même si le film a fini par être longuet, on a déjà très envie de se refaire une séance, histoire d’encore rire un bon coup !

Note : 16/20

Par Cinéted

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