octobre 6, 2022

Their Finest

De : Lone Scherfig

Avec Gemma Arterton, Sam Claflin, Bill Nighy, Jack Huston

Année : 2016

Pays : Angleterre

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Une équipe de tournage tente de réaliser un film afin de booster le moral des troupes durant le Blitz (bombardements subis par Londres durant la Seconde Guerre Mondiale).

Avis :

Les faits historiques sont toujours une manne assez facile pour les scénaristes afin d’écrire des histoires qui touchent. Cependant, rares sont les scénarios originaux qui prennent place durant la Seconde Guerre Mondiale, et ne s’appuient sur aucun fait reconnu. C’est le pari risqué de Lone Scherfig, réalisatrice danoise qui a posé ses valises depuis quelques temps en Angleterre. Avec Their Finest, elle va étudier la place de la femme en 1940, et plus précisément la place de la femme dans le métier du cinéma, et plus précisément en tant que scénariste pour faire de la propagande. Mélange sympathique entre le drame, la romance et la comédie, Their Finest est un film assez doux, mais qui gagne des galons grâce à ses sujets abordés et à son casting luxueux. Dommage que pour l’instant, le long-métrage soit toujours inédit en France.

Ici, on va suivre la vie de Catrin Cole, une jeune femme qui cherche du travail pour payer son loyer, car son compagnon a du mal à joindre les deux bouts avec ses peintures. Avec un peu de culot, elle réussit à se faire embaucher dans la section cinéma du gouvernement, et elle va devoir trouver des spots publicitaires de propagande à mettre avant les films. Elle va vite se rendre compte que sa condition de femme est un frein à son imagination, mais avec pugnacité, elle va réussir à se faire embaucher comme scénariste. Son idée, alors qu’elle ment sur l’aventure de deux jumelles parties à Dunkerque pour sauver des soldats, va plaire aux producteurs, qui vont alors lui demander, à elle et à ses deux acolytes, d’écrire un film qui encouragerait les soldats anglais, mais aussi américains.

Bien évidemment, la première chose qui frappe avec ce scénario, c’est la place centrale de la femme au sein de la création. Malgré des difficultés pour se faire embaucher et une image peu glorieuse de ses idées novatrices, elle va réussir à aller très loin dans son travail, notamment grâce à une force de caractère, mais aussi à un talent inné pour l’écriture. En tout premier lieu donc, Their Finest est surtout un film qui parle d’une femme qui va s’imposer dans un domaine purement masculin, non pas à la force des bras, mais avec son talent et son intelligence. Néanmoins, cette place de la femme ne va pas être la même partout, car dans ledit film, alors que Catrin souhaite mettre les deux jumelles en héroïnes, elle va devoir faire des concessions pour les redescendre à des rôles secondaires. Un combat loin d’être gagné encore aujourd’hui.

Du coup, le film est assez contemporain dans son sujet principal, mais il va aussi l’être dans d’autres thèmes évoqués, et notamment celui du cinéma. Car oui, Their Finest est un cri d’amour pour la création et le cinéma dans ses grandes lignes. On part d’une idée, d’une recherche auprès de personnes lambda, puis on va aller dans l’élaboration d’un scénario avec un début et une fin. Les brainstormings seront mis en avant, avec des changements pour trouver le bon angle pour chaque personnage et chaque situation. On aura droit à des confrontations d’idées, qui sont souvent liées à une image rétrograde de la femme, ou alors à l’attente d’un public qu’il faut satisfaire. On notera aussi l’intervention pénible de producteurs qui rajoutent à chaque fois des contraintes, et même l’arrivée des américains dans la création de ce film, insistant pour mettre un héros étatsunien.

Lone Scherfig, malgré son contexte historique, s’amuse surtout à parler des galères du cinéma et de la non liberté des réalisateurs et autres scénaristes. Il faut toujours plaire à des producteurs qui ne veulent que de l’argent, ou encore à des politiques qui souhaitent des images élogieuses de leurs soldats ou de leur pays. Afin d’appuyer son amour du cinéma, la réalisatrice joue avec les effets spéciaux de l’époque. On aura droit à du map painting, à l’utilisation de maquettes, mais aussi à des tournages dans des piscines et aux déplacements de grosses lampes afin de peaufiner la lumière. Bref, tout ce qui tourne autour du cinéma est chouette, jusqu’aux acteurs qui jouent des acteurs, à l’image de Bill Nighy, très drôle dans ce comédien pédant qui va finalement s’adoucir et donner des cours à un jeune premier américain.

Cependant, tout le film n’est pas parfait et on va rapidement baigner dans une romance qui peine à convaincre. Disons surtout que cette histoire d’amour est trop classique, et on la voit venir à des kilomètres à la ronde. En effet, si Catrin commence à travailler pour aider son « mari », la distance entre eux ne va faire que se creuser, et pas seulement de façon géographique. De ce fait, Catrin va tomber petit à petit sous le charme de son acolyte scénariste, tout d’abord bourru et pénible, puis qui va découvrir cette femme talentueuse et toujours de bonne humeur. La romance suit des rails et n’en sort jamais, sauf à la fin, sur un twist inattendu, qui touche de façon toute aussi inopinée. L’autre petit point noir concerne la guerre et les bombardements, qui sont un peu trop rares pour créer une réelle tension.

Mais le tout est bien sauvé par un casting assez imposant, notamment si on aime le cinéma britannique. Gemma Arterton est toujours au top, et elle campe avec justesse cette femme forte. Sam Claflin est bien convaincant lui aussi dans ce rôle de scénariste qui pense tout savoir. Quant à Bill Nighy, il est l’atout comique du film, mais aussi celui qui a le plus de cœur. Parmi les seconds rôles, on retrouve du beau monde, à l’image d’Eddie Marsan, Helen McCrory (paix à son âme) ou encore Jeremy Irons dans une apparition tonitruante. Bref, tout ce petit monde se complète bien et semble prendre du plaisir à jouer dans ce film.

Au final, Their Finest est un film très intéressant dans les thèmes traités et dans la façon de les apporter. Prenant place dans un contexte historique, les sujets restent malheureusement d’actualité, avec trop peu de places pour les femmes dans l’industrie du cinéma. Si on peut regretter une romance trop téléphonée et une mise en scène élégante mais sans génie, il n’en demeure pas moins que ce film est une ode d’amour au septième art, et que rien que pour ça, il mérite le détour.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.