octobre 6, 2022

Ma Vie Avec Liberace

Titre Original : Behind the Candelabra

De : Steven Soderbergh

Avec Michael Douglas, Matt Damon, Dan Aykroyd, Scott Bakula

Année : 2013

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic

Résumé :

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.

Avis :

Steven Soderbergh est un réalisateur qui a commencé sa carrière dans les années 80, avant de réellement exploser à la fin des années 90 et le début des années 2000. On lui doit des films comme Hors d’Atteinte, Traffic ou encore Erin Brockovich, Seule Contre Tous. Baignant dans un amour pour le policier et les trames dramatiques, il va toutefois s’essayer à d’autres genres, comme la science-fiction avec Solaris, ou encore le biopic avec les deux parties de Che et Ma Vie Avec Liberace qui nous préoccupe aujourd’hui. Et on peut se demander ce qui a motivé le réalisateur à faire ce film, puisque le strass et les paillettes ne sont pas des choses qui collent à la peau du cinéaste. Bien au contraire, il préfère les films épurés, avec des histoires qui se diffusent avec le temps. Car s’il y a bien un personnage exubérant au possible, c’est Liberace.

Grand pianiste exubérant qui a fait les beaux jours de Las Vegas et des plateaux télé dans les années 70/80, Liberace est une institution aux States. Il a même un musée à son nom, montrant sa collection de pianos. Bref, un personnage à la fois lumineux et cachottier, qui alimentera les potins sur sa fin de carrière, cachant son homosexualité et les raisons de sa mort, afin de ne pas montrer ses orientations sexuelles. Soderbergh va alors prendre à bras le corps cette histoire, en se focalisant sur le récit de Scott Thorson, amant de l’artiste durant cinq ans, racontant ainsi sa relation toxique et sa descente aux enfers. Et le plus surprenant là-dedans, c’est que le réalisateur, habitué à plus de modestie dans sa mise en scène, va se laisser aller dans ce qui pourrait bien être son meilleur film.

Le démarrage est assez simple. On nous présente Scott, un jeune dresseur de chiens pour le cinéma, qui éprouve une attirance pour les hommes. Avec un ami, il part à Las Vegas pour voir le spectacle de Liberace et à accès aux loges pour rencontrer l’artiste. Un vrai coup de foudre se passe sous nos yeux, et en quelques jours, Scott accepte la demande de Liberace de venir vivre chez lui. Ce début idyllique est contrebalancé par le départ du « protégé » de Liberace, qu’il considère comme quelqu’un de dangereux qui nuit à sa notoriété. Dès lors, le réalisateur laisse quelques pistes de lecture sur l’artiste, qui semble consommer les hommes comme de vulgaires produits. Pour autant, le mise en scène lumineuse contribue à ce que l’on se sente bien à côté de ces deux personnes, qui semblent s’aimer réellement.

Un amour frontal que ne cachera jamais Soderbergh. Bien au contraire, on assistera même à des séquences d’amour entre les deux hommes, montrant dès lors les talents combinés de Matt Damon en Golden Boy et de Michael Douglas en vieille canaille richissime. Et là encore, le metteur en scène va jouer de nuances en proposant un amour homosexuel de façon frontal, tout en cachant cela au grand public, démontrant une société qui n’accepte pas cela. En faisant ainsi, le réalisateur dresse un portrait peu flatteur de l’Amérique, homophobe en diable, qui préfère se voiler la face plutôt que d’accepter les gens comme ils sont. Un secret qui sera même gardé jusqu’à la mort de l’artiste, faisant les choux gras des magazines. Mais derrière ce sujet important et qui n’a pas tant changé que ça aujourd’hui, il y a aussi le portrait peu flatteur d’un homme mal dans sa peau.

Ainsi, Liberace peut paraître sympathique au départ de cette histoire. L’homme est généreux, aimant et il va tout faire pour mettre en avant son amant dans son spectacle. Jusqu’à lui proposer d’être son fils adoptif. Cependant, on va très vite découvrir, à partir de quelques gestes, que Liberace est un manipulateur et il obtient toujours ce qu’il désire. Une main sur l’épaule, une petite menace sous-jacente, tout est bon pour mettre la pression sur son amoureux, qui ne peut qu’accepter certaines choses inacceptables. Scott se refera faire le visage, deviendra accroc à des cachets amincissants et acceptera même de vivre enfermé dans une grande maison, ne voyant parfois personne de la journée. Le film explore parfaitement cette relation perverse en jouant avec son script, offrant une vraie descente aux enfers.

Car oui, même si l’on garde le point de vue de Scott (en même temps, on est sur l’adaptation de son roman), on va voir la déchéance de ce pauvre garçon, qui fut placé en famille d’accueil dès sa plus tendre enfance. Avec son amour avec Liberace, il voit une porte de sortie, une vie faite de strass et de paillettes, mais il va déchanter au bout de cinq ans. Il sombre alors dans l’alcool et la drogue, et il va être le témoin impuissant de l’appétit féroce de son homme, trouvant toujours quelqu’un d’autre pour remplacer son jouet devenu défectueux. Un cycle qui se répète de façon inlassable, prenant dans son filet de jeunes garçons peu farouches, y voyant là une opportunité à saisir. De ce fait, ce biopic lumineux tire un portrait peu flatteur d’une vedette qui cache bien des vices et des secrets.

Mais la force de ce film réside aussi dans l’empathie que l’on va ressentir pour ce pauvre homme qui comble un énorme manque affectif. Malgré les quelques apparitions de sa mère, on sent qu’il est seul et qu’il ne trouve pas satisfaction dans ces relations. Son appétit d’amour le pousse à jeter ceux qui l’aiment vraiment afin de renouveler sans cesse son harem. Cela rejoint son anxiété de vieillir, cachant sa calvitie, sa maladie et ses rides. Et malgré son attitude déplorable avec les autres, on ressent une sorte de pitié pour lui. Il s’agit d’un être fragile, manipulateur, certes, mais qui souffre profondément au fond de lui. Ses dernières paroles, sur son lit de mort, qu’il adresse à Scott, sont d’une rare douceur et démontrent, à quelque part, son amour honnête qu’il a éprouvé durant plusieurs années.

Au final, Ma Vie Avec Liberace est une véritable réussite et la preuve que Steven Soderbergh peut délaisser une certaine monotonie pour la grandiloquence. Beau dans ce qu’il raconte au départ de cette idylle amoureuse, le film ne va faire que plonger dans un drame intimiste fort et touchant. N’oubliant jamais de présenter des personnages complexes et dressant par la même occasion un portrait peu flatteur de l’Amérique et des médias, le film jouit d’une prestation sans faille de deux acteurs incroyables, Matt Damon et Michael Douglas. Bref, un excellent biopic qui ne fait vraiment pas dans l’hagiographie.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.