décembre 10, 2022

Rien à Foutre – Émotions Low Cost

De : Emmanuel Marre et Julie Lecoustre

Avec Adèle Exarchopoulos, Alexandre Perrier, Mara Taquin, Jonathon Sawdon

Année : 2022

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Cassandre, 26 ans, est hôtesse de l’air dans une compagnie low-cost. Vivant au jour le jour, elle enchaîne les vols et les fêtes sans lendemain, fidèle à son pseudo Tinder «Carpe Diem». Une existence sans attaches, en forme de fuite en avant, qui la comble en apparence. Alors que la pression de sa compagnie redouble, Cassandre finit par perdre pied. Saura-t-elle affronter les douleurs enfouies et revenir vers ceux qu’elle a laissés au sol ?

Avis :

Emmanuel Marre et Julie Lecoustre sont deux réalisateurs français dont « Rien à foutre » est le premier long-métrage. Les deux réalisateurs ont commencé leur collaboration en 2018. Si Emmanuel Marre a déjà un petit bout de carrière derrière lui, avec la réalisation de plusieurs courts-métrages, dont « Le film de l’été » qui a rencontré un joli succès en festival, Julie Lecoustre est, elle, « une toute neuve » dans le monde du cinéma. Après une belle collaboration, les deux réalisateurs ont su convaincre et ont même été sélectionnés pour la semaine de la critique au Festival de Cannes.

Pour leur premier film, le duo Emmanuel Marre et Julie Lecoustre débarque dans les salles avec un film qui tient un sujet très intéressant. Un sujet politique, pour un film qui s’avère engagé. Dénonçant les conditions de travail du personnel de compagnies aériennes low cost, « Rien à foutre » est un film qui a des qualités certaines et surtout qui sait se faire passionnant, du moins dans sa première partie, car à un moment donné, le film de Emmanuel Marre et Julie Lecoustre s’aventure ailleurs, et malgré le fait qu’il continue à étoffer son personnage, présentant un autre aspect de sa vie, « Rien à foutre » se fait long, répétitif, n’avance pas et surtout, il nous laisse avec la sensation qu’il n’est pas fini. On ressort alors déçu, d’autant plus car le début était vraiment passionnant.

Cassandre, vingt-six ans, est hôtesse de l’air pour la compagnie Wing. Ses semaines sont rythmées par ses vols qui l’emmènent aux quatre coins de l’Europe. Malgré une certaine pression et l’éloignement de sa famille et de sa vie, Cassandre apprécie ce mode de vie, qui est surtout une fuite pour la jeune femme. Puis un jour, Cassandre se voit dans l’obligation d’arrêter quelque temps…

Premier film d’un duo de réalisateurs, « Rien à foutre » est un film duquel je ressors plutôt embêté, car le film est partagé entre une première partie passionnante et une seconde, logique, mais vraiment ennuyante. Puis une deuxième partie qui laisse le sentiment de ne pas vraiment savoir où aller, piégé dans son drame, au point que d’un coup, « Rien à foutre » nous laissera avec la sensation d’avoir tout foutu en l’air.

Ce constat et cette sensation laissés sont vraiment dommage, car « Rien à foutre » est un film qui a de très belles qualités pour lui au départ. « Rien à foutre » est un film qui offre une plongée dans un monde et un métier qu’on connaît mal, un métier dont on ne parle jamais, et qui dans l’imaginaire collectif est bien idéalisé. Ce métier, c’est celui des hôtesses de l’air. Ils en ont de la chance, ces hommes et ces femmes, qui voyagent à longueur d’années. Ils voient du pays « gratuitement », pouvant, en l’espace de quelque temps, s’arrêter dans plusieurs coins de l’Europe. Mais derrière ça, derrière cet idéal, se cache une réalité qui est toute autre, notamment pour les compagnies low-cost.

Ainsi, dans sa première partie, « Rien à foutre » s’aventure à décrire l’envers du décor. Un décor où le passager est un client à qui l’on doit faire dépenser le maximum possible. Pression d’entreprises, « évincement » de toute relation humaine et une surveillance de tous les instants. Puis derrière ça, une vie de solitude qui est bien moins belle qu’imaginée, avec des arrêts dans des hôtels en collocation avec des « amis » pour quelques heures seulement. Bref, pendant une bonne heure et quart, les deux réalisateurs livrent un constat édifiant, qui sonne juste, et surtout qui est prenant.

Intéressant dans ce qu’il raconte, « Rien à foutre » dégage aussi un cachet certain, doté d’une mise en scène répétitive, mais dynamique. Le film enchaîne les vols, les moments de solitude, les fêtes pour « oublier », et comme je le disais, les pressions d’entreprises. Le tout est alors tenu par une excellente Adèle Exarchopoulos qui étonne dans un rôle neuf pour elle.

Puis derrière ce portrait d’entreprise, les deux réalisateurs, en filigrane, ont laissé transparaître une fuite pour leur personnage, et quand le film change d’axe pour se concentrer sur cette fuite et le pourquoi de cette fuite, si dans son écriture, cet axe est logique, à l’image, malheureusement, ça va casser et scinder le film en deux, et malgré un naturel, malgré une certaine justesse dans le portrait de famille, cette deuxième partie a bien du mal à convaincre.

Dans cette deuxième partie, le film n’avance pas, tourne en rond et finalement, il donne la sensation d’avoir eu une bonne et belle idée de trame, mais il ne sait pas comment la conjuguer avec son idée de départ et après avoir ramé avec ce côté drame familial, quand le film décide de repartir dans les airs, il se coupe radicalement avec une dernière scène et un dernier plan qui nous laisse terriblement dubitatifs. Les « tout ça, pour ça », les « Mais où voulaient-ils en venir », ou encore les « Oui, mais… » vont occuper nos pensées, tant finalement, on reste sur notre faim et notre fin.

« Rien à foutre » est donc une déception. Emmanuel Marre et Julie Lecoustre ont joué beaucoup de cartes et au-delà de ça, ils ont livré un film qui dans sa première partie fut passionnant. Oscillant entre drame, cinéma social, cinéma engagé et tenu par une actrice excellente, « Rien à foutre » s’annonçait terrible, puis est arrivé cette seconde partie, certes logique par rapport à leur personnage, mais malheureusement, malgré ça, cette deuxième partie ne fonctionne pas, traîne en longueur, se répète, et finalement elle nous quitte d’un coup, ce qui nous laisse sur le carreau avec la désagréable sensation d’avoir finalement perdu notre temps. C’est vraiment dommage.

Note : 09/20

Par Cinéted

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