novembre 30, 2022

La Maison Rouge

Titre Original : The Red House

De : Delmer Daves

Avec Edward G. Robinson, Lon McCallister, Dame Judith Anderson, Rory Calhoun

Année : 1947

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Pete vit dans une ferme isolée avec sa fille adoptive Meg, dont les parents ont disparu il y a quelques années dans des conditions mystérieuses. Il embauche comme aide de ferme Nath, un jeune homme qui tombe bientôt amoureux de Meg. Nath et Meg tentent de savoir quel secret se cache derrière la maison rouge, une demeure enfouie dans la forêt. Mais Pete leur interdit formellement de s’y rendre, en leur expliquant que cette maison est hantée…

Avis :

D’une manière générale, le thriller et le film noir sont des genres oppressants où l’angoisse et le suspense se développent selon la qualité du scénario, sa propension à manipuler le spectateur. Pour y parvenir, les cinéastes usent généralement d’un cadre urbain, synonyme d’une plongée graduelle ou subite dans les plus basses strates sociales. Le contexte et l’environnement permettent d’exposer des problèmes sociétaux en filigrane d’intrigues policières, de drames ou d’exactions criminelles. Alors que les années 1940 sont marquées par de grands classiques en la matière, il est d’autant plus surprenant d’ancrer une telle approche à la campagne…

C’est pourtant le parti pris de Delmer Daves pour La Maison rouge. Déjà responsable des Passagers de la nuit qui sort également en 1947, le cinéaste rompt avec un traitement traditionnel afin de réaliser un clivage avec les attentes du public. On délaisse alors les quartiers malfamés, les ruelles crasseuses et les crimes de bas étage pour se confronter à une vision somme tout idyllique de l’Amérique de l’après-guerre. Ce n’est pas tant le visage d’une petite ville florissante qui prévaut, mais plutôt le quotidien d’un mystérieux couple et de leur fille adoptive. D’emblée, on distingue une scission sociale vis-à-vis de la communauté.

Cela passe, entre autres, par le caractère anticonformiste que la famille renvoie à ses pairs. L’isolement naturel de la ferme conforte également l’impression de s’insinuer dans un microcosme où la société n’a que peu d’importance. Bien que l’on enchaîne les séquences intérieures avec des incursions en extérieur, on se rapproche davantage d’un huis clos enclavé dans la propriété des Morgan. Sans doute pour masquer avec habileté les faibles moyens déployés pour la production du métrage. Toujours est-il que ces choix ont une autre conséquence indispensable à la qualité de l’histoire : entretenir le mystère qui gravite autour des bois environnants. Delmer Daves joue d’ailleurs sur plusieurs tableaux.

Le simple fait d’évoquer des phénomènes étranges, voire surnaturels, tend à jeter une aura inquiétante. La première incursion de Nath dans les bois semble conforter cet a priori. Le passage se déroule de nuit avec une ambiance qui n’est pas sans rappeler certains films d’épouvante. Les intempéries, les bruits indéfinissables qui s’immiscent entre les arbres, l’impossibilité de distinguer autre chose qu’un horizon de troncs… La nature elle-même suffit à suggérer une tonalité irrationnelle, presque fantastique quant à ce qu’elle dissimule. La mise en condition est donc astucieuse puisqu’elle s’éloigne des codes du thriller, comme l’antagoniste tente d’effrayer les curieux qui désirent explorer les environs.

À partir d’une tension toute psychologique, le suspense se veut progressif. Ici, les investigations tiennent lieu d’incursions successives au sein des bois afin d’exhumer de sombres secrets. Les explications évoquées en amont se tournent alors vers des considérations plus pragmatiques. Celles-ci sont d’autant plus appréciables qu’elles mettent en exergue la notion de passé sous différents angles. On a beau l’ignorer, il continue à nous hanter, ne serait-ce qu’à travers des regrets ou des souvenirs idéalisés. Le personnage incarné par Edward G. Robinson en est la parfaite illustration avec un caractère névrosé qui amalgame les lignes temporelles et les identités, substituant ainsi sa responsabilité dans lesdits évènements.

Au final, La Maison rouge demeure un thriller peu connu, mais qui se distingue par une histoire intrigante et bien amenée dans son évolution. Teinté d’un drame personnel, le film de Delmer Daves tranche avec la grande majorité des productions de l’époque en privilégiant un cadre bucolique, peu usité en de telles circonstances. Un choix qui exacerbe les contrastes et permet de travailler différentes ambiances, entre la clarté des journées ensoleillées et l’aura menaçante de nuits venteuses. Il en ressort un métrage qui évoque autant les amours frustrés que les secrets du passé où l’émancipation demeure l’élément clef pour s’affranchir des ascendants psychologiques et des apparats sociétaux. Modeste, mais efficace.

Note : 15/20

Par Dante

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