août 10, 2022

Elvis

De : Baz Luhrmann

Avec Austin Butler, Tom Hanks, Olivia DeJonge, Helen Thomson

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic

Résumé :

La vie et l’œuvre musicale d’Elvis Presley à travers le prisme de ses rapports complexes avec son mystérieux manager, le colonel Tom Parker. Le film explorera leurs relations sur une vingtaine d’années, de l’ascension du chanteur à son statut de star inégalé, sur fond de bouleversements culturels et de la découverte par l’Amérique de la fin de l’innocence.

Avis :

Cinéaste australien, Baz Luhrmann est un réalisateur que j’ai découvert comme beaucoup en 1997 avec son adaptation folle de « Roméo + Juliette« , et depuis ce film, je dois bien avouer que j’attends avec une certaine impatience chaque nouveau film du metteur en scène. De « Moulin Rouge » à « Gatsby le Magnifique« , en passant par son « Australia« , Baz Luhrmann a toujours su m’entraîner dans son cinéma avec émerveillement et émotions. Dans le cinéma de Baz Luhrmann, il y a un élément qui compte énormément, la musique. Que ce soit dès son premier film, « Ballroom dancing« , qui abordait la danse, et donc la musique, en passant par « Moulin Rouge » où le réalisateur s’attaquait à la comédie musicale, ou encore, même si l’on va plus loin, à « Roméo + Juliette » et « Gatsby … » dont les BO sont si marquantes que les films pourraient presque être des comédies musicales, franchement, il ne manque plus que les acteurs chantent et c’est bon, on y est. Alors avec une telle passion pour la musique, il était presque évident qu’à un moment où l’autre, Baz Luhrmann s’attaque au biopic pour raconter le destin d’une star de la chanson.

Et pour son passage au biopic, le réalisateur n’a pas choisi n’importe quelle star de la chanson, puisqu’il s’attaque au King, Elvis Presley, et autant le dire d’emblée, ce retour de Baz Luhrmann aux affaires, après neuf années d’absence, est un pur délice ! « Elvis » est une œuvre incroyable et folle dans sa mise en scène, qui en plus de ça, arrive à se faire passionnante dans le portrait qu’elle dresse du célèbre chanteur, mais aussi de son manager, ou encore et plus largement de l’Amérique en plein bouleversement culturel. Bref, les deux heures quarante que dure ce nouveau Luhrmann ne se voient pas passer, et mieux encore, on pourrait presque trouver ça trop court.

Janvier 1955, le Colonel Tom Parker est manager d’un chanteur de country, Hank Snow, et il entend parler d’un jeune homme qui fait phénomène dans la région, un certain Elvis Presley. Âgé de dix-huit ans à peine, le jeune homme a enregistré deux chansons et il commence à se faire un petit nom dans la région. Voulant découvrir ce jeune chanteur qui mélange country et influence de musique noire, le Colonel Parker se rend à une soirée musicale où le chanteur se produit, et ce qu’il va découvrir ce soir-là va changer sa vie, la vie du jeune homme et plus largement la vie du paysage musicale, à jamais.

Il a le don de se faire désirer Monsieur Baz Luhrmann. Si l’on passe au-dessus de « The Get Down« , série dont il a réalisé le premier épisode, c’est sa plus longue absence entre deux films, puisqu’il aura fallu attendre neuf ans pour revoir le nom du réalisateur de nouveau dans les salles obscures, et quel retour !

Malgré le fait que j’aime énormément le cinéma de Baz Luhrmann, je dois dire que je n’étais pas si enthousiaste que cela pour son « Elvis« . Si l’idée que Luhrmann s’attaque à un biopic dans l’industrie de la musique me donnait sacrément envie, d’autant plus avec l’idée que le réalisateur nous raconte l’histoire du King Of Rock’n’Roll, mais là où j’avais plus de mal, c’était avec le choix de son acteur, Austin Butler. Il y avait quelque chose chez l’acteur qui me dérangeait et dans ce qui m’était montré, je n’arrivais pas à voir Elvis Presley. C’est avec joie que je peux dire que j’ai bien fait de m’y être arrêté, car le premier élément qui me vient en tête, c’est la performance incroyable d’Austin Bulter qui s’impose dès les premières images en un jeune Elvis Presley crédible et passionnant à suivre.

Un Elvis complexe, car perdu, prisonnier de sa propre existence. Evidemment, le film de Luhrmann aborde ses addictions, et une sorte de folie qui s’impose parfois, tout comme le film aborde bien la pression de l’une des premières très grosses vedettes, mais le réalisateur va bien plus loin que ça, et s’aventure sur plusieurs sentiers en même temps, explorant d’un côté la vie d’Elvis à travers ses yeux et la relation complexe avec son manager, roi de l’entourloupe, le Colonel Parker, et de l’autre, le réalisateur, à travers Elvis, parle de l’Amérique, alors en pleine révolution culturelle.

Ainsi, lorsque le film s’aventure à peindre le portrait du Colonel Parker et l’influence, voire même plus encore, qu’il peut avoir sur Elvis, et la famille Presley, Baz Luhrmann livre un film aussi touchant que passionnant et instructif. Oui, j’avoue que si je connais beaucoup des chansons d’Elvis, et que je connais entre guillemets sa déchéance, en ce qui concerne son histoire, je n’étais pas vraiment au fait, et ce film m’en aura beaucoup appris.

Puis derrière les manipulations du Colonel Parker, « Elvis« , à travers son héros américain, est un film qui parle avec passion de l’Amérique. Baz Luhrmann aborde aussi bien la ségrégation que le puritanisme de l’Amérique à travers les fans ou les politiques (la première scène où Luhrmann présente Elvis sur scène est purement folle !), tout en parlant aussi des changements de l’industrie musicale avec par exemple l’idée de merchandising autour d’une vedette, ou encore les fans qui envahissent la vie des vedettes. Puis il y a tout l’histoire politique du pays avec ces éléments phares, l’assassinat de Luther-King ou des Kennedy. Le film parlera aussi avec passion des influences musicales et notamment de la musique noire américaine, qui a nourri Elvis. Bref, à travers le destin du King, Baz Luhrmann livre un film bien plus riche et passionnant que le simple fait de raconter l’American dream qu’on connaît tous.

Le cinéma de Baz Luhrmann est très visuel, qui a une patte reconnaissable entre tous, et après neuf années d’absence, Luhrmann nous revient plus en forme que jamais avec un film dense, intense, riche et généreux. Un film qui mute en permanence, qui s’amuse et livre un montage affolant dans lequel le metteur en scène démontre encore une fois son incroyable talent pour gérer aussi bien les cadres, que l’énergie, ou encore la temporalité, car son « Elvis » fait des bons dans le temps, avance, repart, revient, et jamais l’on ne se sent perdu. C’est bien simple, Baz Luhrmann nous offre un véritable show de deux heures et quarante minutes qui ne s’arrête jamais, convoquant flamboyance, émotions, extravagance, reconstructions scéniques impeccables, et comme je le disais plus haut, cet amour que Luhrmann a pour la musique (dont certains pourraient aisément lui reprocher de faire un peu trop dans le clip). D’ailleurs, en parlant de musique, le film jouit d’une BO de folie, qui transpire la soul, le rock, le blues et le rap (oui, dans un sens, le style de Luhrmann est inimitable et pour beaucoup, ça passe ou ça casse).

Enfin, « Elvis« , comme je le disais plus haut, c’est une prestation folle pour son acteur principal, qui tient le rôle de Presley de manière incroyable, au point que sur la fin, on ne sait plus si c’est Presley ou Bulter qu’on voit à l’écran. Face à lui, dans le rôle controversé de l’imprésario d’Elvis, on trouve un Tom Hanks, qui lui aussi tient un rôle assez complexe, arrivant à être aussi intéressant qu’antipathique, et finalement, on ne sait pas vraiment pas quoi en penser, tant il manipule bien son monde, se posant comme (et il le dit lui-même) le roi de l’entourloupe. Pour le reste du casting, on trouvera Olivia DeJonge en Priscilla Presley, Richard Roxburgh en Vernon Presley, ou bien encore Kelvin Harrison Jr. en B.B. King. À noter aussi les très belles compositions, l’espace d’une scène pour Alton Mason, Shonka Dukureh et Yola.

Baz Luhrmann, pour son come-back, fait un retour flamboyant et livre un excellent film doublé d’un très beau biopic, aussi riche dans ses intrigues que dense et intense dans sa mise en scène. Traversé de folie créative, généreux dans son cinéma, intelligent dans ce qu’il raconte, et derrière ça, tenu par un Austin Butler tout bonnement incroyable, cet « Elvis » made in Baz Luhrmann est un énorme kiff ! En espérant maintenant ne pas autant attendre pour revoir un film de Luhrmann dans les salles obscures.

Note : 17/20

Par Cinéted

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