novembre 30, 2022

The Prodigy

De : Nicholas McCarthy

Avec Taylor Schilling, Jackson Robert Scott, Colm Feore, Peter Mooney

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Une mère, Sarah, s’occupe de son fils mentalement perturbé, Miles. Il pense que le diable a pris possession de son corps. Pour sa sécurité et celle de sa famille, Sarah va devoir lutter contre son instinct maternel et chercher à comprendre pourquoi son fils s’est tourné vers les forces occultes.

Avis :

Le genre horrifique connait une pléthore de sous-genre en fonction de ce que l’on veut raconter. La possession, les fantômes, le survival animalier, le slasher, le torture-porn et j’en passe, il y en a pour tous les goûts, et ce depuis des décennies. Nicholas McCarthy est un réalisateur qui affectionne particulièrement le genre, et il s’y attèle depuis une bonne dizaine d’années maintenant. Mais s’il y a bien un truc qu’il aime dans l’horreur, c’est de venir perturber le quotidien plan-plan de ses personnages. Il commence en 2012 avec The Pact et son habitant dans les murs, puis il continue dans un style plus satanique avec At the Devil’s Door. Il sera aussi le scénariste de Body Cam, un film de fantôme bien vénère qui attaque des policiers. Aujourd’hui, on s’attaque à The Prodigy, qui lorgne vers deux sous-genres différents, le film de possession et l’enfant terrible.

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Dans son histoire, qu’il a lui-même écrit tout seul comme un grand, Nicholas McCarthy nous plonge au départ dans une double narration. On y voit une femme qui est sur le point d’accoucher, et une autre femme qui s’enfuit d’un serial killer et qui livre l’adresse aux policiers. Juste avant le générique, on voit le psychopathe se faire tirer dessus et mourir, en même temps que la femme accouche. Un parallèle est fait entre les trous des balles sur le corps du tueur et des taches de sang sur le corps du nouveau-né. Bref, le réalisateur commet ici une première erreur, celle de ne laisser aucun doute sur ce qui va arriver au gamin et à la famille. Car oui, on comprend que l’esprit du tueur s’est transféré dans le gosse, et que le couple va avoir quelques problèmes avec son enfant.

Il aurait été plus malin de laisser planer le doute. Ici, on sait directement ce qui nous attend, ce qui enlève du suspense. Fort heureusement, le film va essayer d’aller plus loin et de montrer le combat intérieur que mène l’enfant. Car oui, son esprit n’est pas remplacé, il cohabite avec celui du tueur, qui prend souvent le dessus quand il faut dézinguer un chien ou fracasser un élève récalcitrant. De ce fait, on aura droit à quelques rapide approches scientifiques qui viendront un peu rallonger un film qui n’en avait pas besoin. Cela apporte bien évidemment des explications, mais un flou sur les raisons des coups de folie de l’enfant aurait été peut-être un peu plus intéressant. En fait, le problème avec The Prodigy, c’est que tout nous est donné pour comprendre, alors que nous n’en avions pas la nécessité. On a l’impression d’être pris pour des débiles.

D’autant plus que d’un point de vue rythmique, le film loupe souvent le coche, n’arrivant jamais à trouver le bon équilibre entre des phases violentes et des passages plus angoissants. Nicholas McCarthy mise uniquement sur le deuxième point, ralentissant son film au point de le rendre neurasthénique. Il manque cruellement des moments percutants dans ce film, et faire faire un regard méchant à son acteur enfant ne rend pas la chose plus « malaisante ». Bien au contraire, on va vite voir que Jackson Robert Scott surjoue sans arrêt (comme dans la série Locke & Key) et tente par tous les moyens de se rendre inquiétant. Il n’en devient que plus risible. Et il faut aussi souligner le casting d’enfant soulignant sa croissance, où aucun ne ressemble au suivant… Bref, c’est mou et rien n’est fait pour vraiment nous accrocher.

Ni même nous faire peur, et c’est un vrai problème pour un film d’horreur. En fait, tout cela provient de la mise en scène, qui a quelques idées, mais ne les exploite jamais vraiment. Par exemple, lorsque la mère (Taylor Schilling) essaye d’ouvrir un coffre avec du sang en-dessous, et que le fiston arrive avec un marteau dans la main, le contre-champ à contre-jour est bon, mais il n’y a pas la tension qui va avec, car on sait qu’il ne va rien se passer. Quel intérêt sinon de présenter un tel coffre ? Tout le film va dans ce sens, avec des moments ennuyeux et téléphonés. Il n’y a aucune surprise. Même le final, qui se veut fataliste, manque de verve et d’envie de bousculer les codes. Le réalisateur préfère livrer un film sans identité, sans âme, plutôt que de faire des choix audacieux dans la mise en scène.

Cependant, tout se concentre vraiment dans le final, qui relève un peu le niveau. Le film n’est pas extrêmement mauvais, et cela grâce à une fin qui va passer la seconde. Le rythme devient plus nerveux, les enjeux se révèlent plus forts et les choix sont dichotomiques. On aura même droit à quelques moments sanglants, inattendus, puisque tout le reste du film est très sage. De plus, même si tout cela reste très calibré et que l’on se doute de la fin, il y a le choix à faire pour la mère qui est désespéré. Un choix qu’aucun parent ne devrait subir, et qui montre une certaine finesse d’écriture. Dommage que cela s’étire sur des minutes pénibles et que le réalisateur finisse sur un plan explicatif inutile.

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Au final, The Prodigy est un film oubliable auquel il manque de vrais éléments de frousse. Se reposant sur ses lauriers, Nicholas McCarthy délivre une mise en scène banale pour une histoire de possession et de sale gosse que l’on a l’impression d’avoir vue mille fois. Si on aurait pu croire à un regain d’énergie dans son dernier quart, le film sombre à nouveau dans une conclusion interminable, téléphonée, et qui manque cruellement d’originalité. Bref, il s’agit-là d’un film qui aurait pu avoir de bons atouts, mais qui se fait plomber par une écriture grossière et un jeune acteur relativement mauvais…

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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