octobre 5, 2022

Sous le Soleil de Satan

De : Maurice Pialat

Avec Gérard Depardieu, Sandrine Bonnaire, Maurice Pialat, Alain Artur

Année : 1987

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

La jeune Mouchette, 16 ans, tue son amant. Tout le monde pense que le défunt s’est suicidé. Mais l’adolescente ressent le besoin de confier son crime à l’abbé Donissan, le vicaire du village. Une relation étrange, malsaine et fallacieuse se noue entre eux.

Avis :

Maurice Pialat est un monument du cinéma français. Pourtant, sa filmographie est relativement restreinte comparée à d’autres cinéastes, puisqu’il n’a fait que dix films. Pour autant, chacun de ses films fut un évènement, de son premier, parlant d’enfants abandonnés, au film qui nous préoccupe, ayant gagné la palme d’or à Cannes en 1987, et créant une gigantesque polémique. Sous le Soleil de Satan est un film qui s’inspire du roman du même nom de Bernanos. Profondément ancré dans la religion catholique, Pialat s’accapare l’œuvre en tant qu’athée, et il va en faire un film étrange, qui baigne constamment dans la dualité entre le bien et le mal, Dieu et Satan. Film détesté par certains, apprécié par d’autres, le moins que l’on puisse dire est que le film ne laisse indifférent, et rien que pour ça, c’est déjà un succès.

Le film débute entre l’abbé Donissan et son supérieur qui ont une discussion autour de la foi. L’abbé semble partagé sur ses croyances et se révèle être un piètre vicaire, du moins de son point de vue. Torturé, malade et enclin à l’automutilation, le personnage qui nous est présenté ne laisse pas indifférent. D’ailleurs, une grande partie du film repose sur ses épaules, représentant à la fois le bien et le mal. L’homme en question est en perpétuel réflexion sur sa foi, sur ses croyances et sur ses capacités à délivrer la messe. En tant que bon athée, Maurice Pialat délivre une version ambigüe d’un prêtre qui ne sait plus à quel saint se vouer et qui tente de trouver des réponses dans la marche à pied et dans un besoin incessant de faire le bien. Un bien qui peut se transformer en mal en fonction de ce qu’il dit.

Si ce vicaire mange une grande partie du film, l’autre moitié sera représentée par Mouchette, une jeune femme de seize ans qui va commettre un meurtre. Mal dans sa peau, elle décide de faire chanter un médecin avec qui elle a une aventure, mais elle va se faire jeter dehors. C’et au hasard qu’elle rencontre l’abbé Donissan auquel elle confie son crime, alors impuni. Cette rencontre sera alors un moment décisif pour les deux personnages, qui vont, l’un comme l’autre, prendre des directions opposées tout en voulant faire le bien. Et c’est là tout le génie de l’écriture de ce film, qui ne choisit jamais un camp, montrant que l’on peut faire du mal en voulant le bien, et vice-versa. De ce fait, il y a une tension surréaliste qui baigne tout le métrage, offrant par moment à ce drame des allures de film fantastique et ésotérique.

Mais bien au-delà de son aspect formel, Sous le Soleil de Satan est un film qui est pensé comme une dualité perpétuelle. C’est-à-dire que le cinéaste a pensé son film comme une succession de confrontations entre le bien et le mal. Et en fonction des protagonistes, le bien peut devenir le mal, et l’inverse est aussi vrai. De ce fait, l’abbé Donissan prend la place du malin lorsqu’il fait face à son supérieur, à cause de ses doutes sur sa foi et sur l’existence de Dieu. Mais il devient le bien lorsqu’il fait face à une Sandrine Bonnaire qui ne fait que pêcher, ou encore lorsqu’il rencontre le diable au détour d’une route. Ainsi, et cela concerne tous les personnages, le film se voit comme une lutte sempiternelle entre le mal, Satan, et le bien, Dieu. Mais Pialat n’est pas croyant, et de ce fait, il va troubler les pistes.

La frontière entre bien et mal est très mince et change constamment en fonction de qui vous avez en face. Un voleur pourra représenter le mal face à un innocent, mais il peut être le bien face à un meurtrier. C’est en ça que le film est intéressant, et surtout très malin. Le problème est que Pialat va peut-être trop loin dans son délire, notamment sur la fin. La présence d’un miracle fait écho à une croyance exacerbée qui existerait vraiment, en dehors de toute preuve scientifique. Il manque un peu de subtilité dans cette fin, qui laisse le spectateur sur une petite déception. N’aurait-il pas été plus malin de terminer sur la mort de Mouchette ? Une mort percutante, qui met un petit taquet derrière la nuque de l’église et tous ces bonimenteurs religieux.

Bien évidemment, le film est porté par des acteurs prodigieux. Gérard Depardieu en tête, investi pleinement dans le rôle de cet abbé qui doute sans arrêt. Si on peut trouver quelques textes récités, il confère au film une sorte d’aura inédite. Sandrine Bonnaire, quant à elle, est excellente en Mouchette, une jeune femme qui fait chanter les hommes et qui se retrouve dans une situation où tout le monde la rejette. Quant à Maurice Pialat, il joue divinement bien son rôle de Père qui voit le bon en cet abbé torturé. Alors oui, les échanges peuvent paraître parfois théâtraux, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce film, qui tire toutes les ficelles du genre naturaliste.

Au final, Sous le Soleil de Satan est un film qui ne peut laisser indifférent. Que ce soit dans son message, sa mise en scène, ou encore l’exploration du bien et du mal, il y a dans ce film beaucoup d’intelligence et de matière à réflexion. Certes, le côté naturaliste et le rythme lent peuvent laisser sur le carreau, mais il y a tout de même de superbes moments dans ce métrage peu commun, étrange à la lisière du fantastique par moment.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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