janvier 31, 2023

Le Jour où la Terre s’Arrêta

Titre Original : The Day the Earth Stood Still

De : Scott Derrickson

Avec Keanu Reeves, Jennifer Connelly, Kathy Bates, John Cleese

Année : 2008

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

L’arrivée sur Terre de Klaatu, un extraterrestre d’apparence humaine, provoque de spectaculaires bouleversements. Tandis que les gouvernements et les scientifiques tentent désespérément de percer son mystère, une femme, le docteur Helen Benson, parvient à nouer un contact avec lui et à comprendre le sens de sa mission. Klaatu est là pour sauver la Terre… avec ou sans les humains.

Avis :

Faire des remakes est une façon très commune de se faire du blé sur un nom déjà connu. En 1951, le grand Robert Wise proposait Le Jour où la Terre s’Arrêta, un monument de la science-fiction, qui fut même récompensé par un Golden Globe, se justifiant comme un film qui permet une meilleure compréhension entre les peuples. Profondément humaniste et alertant sur les dangers de la bombe atomique (il faut dire que la Seconde Guerre mondiale est encore fraîche), il n’en fallait pas plus pour que plus de cinquante ans plus tard, une réécriture fasse son apparition. Une réécriture qui aura pris du temps, car dès 1994, un projet avec Keanu Reeves était dans les tuyaux. Bref, Hollywood veut revoir ce classique sur grand écran, et pour cela, il lui faut un réalisateur qui maîtrise un peu le fantastique. Le choix va alors se porter sur Scott Derrickson.

Réalisateur de films d’horreur (Hellraiser 5 et L’Exorcisme d’Emily Rose), le cinéaste va accepter le challenge, car il a pu rencontrer Robert Wise durant ses études, et il y voit une façon de lui rendre hommage. D’ailleurs, c’est même lui qui a dit à Derrickson de commencer sa carrière dans l’horreur. Il y a donc presque une certaine légitimité à ce que Scott Derrickson soit derrière la caméra pour ce remake. Mais il y a un mais. Retransposer un film de SF marquant comme Le Jour où la Terre s’Arrêta est un gros challenge, et malgré la mise à jour du message, encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Et là, ce n’est pas vraiment le cas.

Le nouveau réalisateur veut de la pellicule, afin d’avoir un grain, il se permet aussi de gros effets spéciaux (qui ont pris un coup dans l’aile aujourd’hui), mais il manque à l’ensemble de la personnalité, et surtout, un message un peu moins niais que ce que l’on nous propose ici. C’est bien simple, on va voir un groupe de scientifiques se faire « kidnapper » par le gouvernement, qui leur annonce qu’une météorite va venir fracasser la Terre dans une heure. Sauf que ce n’est pas une météorite, mais un engin spatial avec à son bord un extraterrestre. Quelles sont ses intentions ? C’est là-dessus que le film mise son plus gros atout, à savoir les intentions d’un être venu d’ailleurs. Veut-il nous annihiler ? Ou, au contraire, veut-il nous aider ? Un suspens qui, malheureusement, ne durera pas bien longtemps, la faute à une mauvaise gestion du scénario.

D’entrée de jeu, on va vite voir que l’alien en question n’est pas véhément envers la planète. Il n’attaque pas tout le monde avec son robot en CGI dégueulasse. Il prend le temps d’observer, de se lier d’amitié avec une mère célibataire et de découvrir avec un certain étonnement que la race humaine n’est pas si mauvaise. Le message est clairement positif, voulant donner un élan d’amour entre les humains. Mais tout va bien trop vite, et on n’a pas trop la place pour créer des tensions ou des doutes. La rencontre avec l’autre alien dans un restaurant met fin à tout doute, lorsque ce dernier lui dit avoir beaucoup d’empathie pour cette race imparfaite. On peut comprendre le message, on peut comprendre la bienveillance, mais il fallait mieux gérer le suspense et donner plus de trouble aux spectateurs.

D’autant plus que le film nous assène avec sa moraline à deux balles, tout en montrant des personnages humains débiles et détestables. On pense bien évidemment à la vice-présidente des Etats-Unis (Kathy Bates) qui se méfie comme la peste de cet alien, au point de presque vouloir le tuer. On peut aussi citer son bras droit (Kyle Chandler), qui ne vise qu’à tuer le robot de l’alien et va en fait le réveiller pour mieux nous détruire. Les militaires sont aussi de gros crétins dot la seule réponse est de balancer des missiles ou des drones. Bref, rien ne pousse vraiment à aimer notre civilisation. Si ce n’est un vieux scientifique acariâtre (John Cleese et ses cinq minutes d’apparition) qui charme l’alien avec ses formules mathématiques, ou encore un jeune garçon que l’on a envie de noyer durant tout le film (Jaden Smith).

On se demande vraiment comment Klaatu peut ressentir de l’empathie envers ce peuple qui se tire dessus, n’a pour seule réponse que les armes et se fait même trahir par un gosse. Il y a dans le scénario un manque cruel de logique dans la démarche du personnage central qui, en l’espace d’un câlin, va tenter de sauver la planète. On comprend bien que le métrage veut nous montrer imparfait, mais aimant malgré tout, mais on reste constamment en surface. C’est dommage, car il y avait vraiment du potentiel. Mais il vaut céder aux sirènes d’Hollywood et aux volontés des studios qui brossent le spectateur dans le sens du poil.

Enfin, il manque à ce remake quelque chose de fondamental, une patte graphique. Scott Derrickson a beau se démener comme un beau diable en filmant à la pellicule ou encore cherchant des filtres de couleurs, il ne parvient jamais à se transcender pour fournir quelque chose de percutant, de marquant ou même de beau. Les choix graphiques sont louables, mais aucun d’entre eux ne permet de dire que c’est un film d’auteur, et même dans la rythmique, le montage, on reste sur un film « hollywoodien », qui rentre dans des canons du genre pour ne pas déstabiliser le public. Alors certes, ça va vite et on ne s’ennuie pas vraiment, mais on reste dans un truc simpliste et sans âme.

Au final, ce remake de Le Jour où la Terre s’Arrêta est un film bien fade qui ne parvient jamais à retrouver l’essence de l’original. Si les clins d’œil sont nombreux, et que Scott Derrickson respecte le matériau de base, on est tout de même dans un film sirupeux qui n’a aucune personnalité. Et c’est bien dommage car entre le scénario d’origine, le réalisateur qui a prouvé par la suite qu’il avait du talent et son casting de luxe, on a la sensation d’un gros loupé qui gâche tout son potentiel…

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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