janvier 28, 2022

Luzzu – Menu Fretin

De : Alex Camilleri

Avec Jesmark Scicluna, Michela Farrugia, David Scicluna, Frida Cauchi

Année : 2022

Pays : Malte, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Depuis des générations, la famille de Jesmark pêche sur le Luzzu, bateau en bois traditionnel maltais. Mais Jesmark voit son avenir menacé par la raréfaction des récoltes et l’ascension d’une pêche industrielle impitoyable. Pour subvenir aux besoins de sa femme et de son fils, le jeune homme va peu à peu se compromettre dans le marché noir de la pêche.

Avis :

Réalisateur maltais, Alex Camilleri a quitté son île de la Méditerranée pour aller étudier le cinéma à New York. Après ses études, il commence à réaliser en 2009 et oscille entre le court-métrage de fiction et le court-métrage documentaire. C’est d’ailleurs dans cette dernière catégorie qu’il se fait grandement remarquer, avec notamment une sélection à Cannes. Pourtant, malgré cela, il lui faudra encore patienter plusieurs années avant de pouvoir réaliser un long-métrage.

« Luzzu« , premier film d’Alex Camilleri aura été jusqu’au Festival de Sundance, où il aura vu son acteur principal sacré meilleur comédien, alors que ce dernier est en réalité un pêcheur de l’île. « Luzzu » est un film qui s’est révélé très intéressant dans ce qu’il raconte et met en lumière. Sorte de Ken Loach au soleil, avec ce premier film, Alex Camilleri évoque les petits pêcheurs de l’île qui ont bien du mal à survivre face aux grosses exploitations qui se développent. Réaliste, approchant le documentaire tout en restant une fiction, on lui reprochera un manque d’émotion. Mais « Luzzu » demeure un film qui intéresse, et même au-delà de ça, qui l’espace d’une (longue) heure et demie, nous fait voyager et nous dépayse.

Jesmark, la trentaine, est pêcheur sur un petit bateau traditionnel maltais. Le métier de pêcheur est de plus en plus difficile, le poisson se faisant rare, les normes étant bien trop lourdes, et surtout la concurrence, plus industrielle, fait rage. Si Jesmark a toujours fait avec ces conditions, aujourd’hui, le jeune homme est père de famille et il ne peut plus se permettre de vivoter sans vraiment d’assurance pour son avenir et surtout l’avenir de sa famille. Ainsi, Jesmark se voit arrivé à un carrefour de sa vie. Un carrefour où il va lui falloir prendre des décisions loin d’être facile.

Attiré par la beauté de son affiche et le dépaysement, voire l’envie de voyage en ces temps de Covid, je me suis donc lancé dans mon premier film venu de cette petite île perdu en Mer Méditerranée, et je dois dire que même si j’ai apprécié l’intrigue, le sujet et le voyage, j’en ressors quelque peu partagé. Oui, partagé entre un film qui a su se faire intéressant, voire même très intéressant dans ce qu’il raconte des traditions, des métiers et de la concurrence. Très intéressant aussi par son ton quasi-documentaire, qui sonne très juste. Très intéressant par son acteur principal qui est criant de vérité et de justesse. Mais face à cela, et malgré ce que je viens de citer plus haut, « Luzzu » est aussi un film qui s’est fait long. C’est un film qui tient des problèmes de rythme, et il n’arrive pas à nous tenir en intérêt sur toute sa longueur et derrière ça, malgré son soleil, malgré la beauté de ses paysages, malgré le naturel et la vérité de ses personnages, « Luzzu » est un film froid, qui manque cruellement d’émotions.

Du côté de son scénario, Alex Camilleri signe un film social et sociétal qui tient vraiment de très bons éléments. « Luzzu » (c’est nom de ces petits bateaux de pêche traditionnels, comme celui qu’on voit sur l’affiche) est un film qui va s’intéresser à tout un tas de choses. Alex Camilleri parle au travers de son intrigue des petits pêcheurs, des petites mains qui, sur de petites embarcations, partent en mer pour y trouver les trésors culinaires que l’île réserve. Le réalisateur prend du temps pour filmer au plus près, au plus proche et au plus beau, ce métier qui se perd, les traditions, le respect de l’environnement et plus largement l’amour que peuvent avoir ces hommes pour ce métier qu’ils se transmettent de génération en génération.

À travers son personnage, le réalisateur parle aussi de l’amour pour ces petites embarcations, qui sont l’un des patrimoines de l’île. Puis quand il ouvre son objectif, Alex Camilleri aborde alors la concurrence qui fait rage. Il y parle des normes européennes qui écrasent les plus petits pour ne laisser que les plus gros. Puis à travers toutes ces normes, le réalisateur évoquera aussi bien des reconversions, et à travers elles aussi le patrimoine qui se perd, que le marché au noir qui se développe. Un marché qui pour certains sera un moyen de se faire encore plus d’argent, alors que pour d’autres, ce sera aussi un moyen pour survivre. À bien des lignes de scénarios et des inspirations, ce premier film d’Alex Camilleri résonne comme un Ken Loach, avec cette même envie de faire un cinéma social qui pointe du doigt des injustices.

Malheureusement, comme je le disais plus haut, malgré toutes ces petites merveilles, malgré tout l’intérêt que le film évoque, il faut aussi dire que « Luzzu » n’arrive jamais à pleinement toucher. Si tout est bien fait, « Luzzu » reste aussi froid que de la glace et malgré un scénario qui fera prendre de dures décisions à son personnage, on restera presque de marbre, ce qui dénote face à toute la chaleur que le film peut véhiculer. C’est même assez fou de constater que sur une heure et demi de film, et un long chemin de rebondissements et de décisions, seules deux scènes arriveront à nous toucher et créer de l’émotion. Un sentiment qui est d’autant plus étrange, parce que le film est porté par un acteur qui est très bon. Jesmark Scicluna est plus vrai que nature, au point qu’il crève l’écran. L’acteur, qui n’en est pas un, est une belle révélation et assurément, un avenir peut s’ouvrir à lui. Alors pourquoi diable, quand on met tout ceci bout à bout, « Luzzu » manque d’émotion ?

Cette réponse peut en partie être trouvée dans la mise en scène d’Alex Camilleri qui, même si elle est juste, s’approchant au plus près de ses personnages, il faut quand même avouer que « Luzzu » est un film qui a tendance à traîner en longueur, un peu comme si parfois il étirait ses scènes pour pas grand-chose de plus. Le film souffre d’un problème de rythme, comme si le réalisateur hésitait parfois à couper ses scènes, ce qui fait que finalement, à force d’hésitation, ou à force de silence (le personnage est parfois trop mutique), on finit par se mélanger les sensations, restant intéressé d’un côté et à s’ennuyer à plus d’une reprise de l’autre.

Ainsi, entre ses qualités et ses défauts, entre ses longueurs et son intérêt pour ce qu’il raconte à travers ce personnage, « Luzzu » est un film aussi bon qu’il est intéressant. Certes, j’en ressors partagé, voire même quelque peu déçu, mais j’en ressors aussi avec la découverte d’un réalisateur qui a des choses à dire (il ne faut pas oublier que « Luzzu » est aussi un premier film) et on l’espère apprendra pour évoluer pour la suite. Puis il y a la découverte d’un très bon acteur. Et enfin, il y a ce dépaysement, ce voyage, ces traditions, cette culture, ces problématiques… Bref, « Luzzu« , entre qualités et défauts, mérite toutefois qu’on s’y intéresse.

Note : 11,5/20

Par Cinéted

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