août 10, 2022

Les Nuits de Mashhad – Le Polar de l’Année?

Titre Original : Holy Spider

De : Ali Abbasi

Avec Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani, Arash Ashtiani, Forouzan Jamshidnejad

Année : 2022

Pays : France, Suède, Danemark, Allemagne

Genre : Thriller

Résumé :

Iran 2001, une journaliste de Téhéran plonge dans les faubourgs les plus mal famés de la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Elle va s’apercevoir rapidement que les autorités locales ne sont pas pressées de voir l’affaire résolue. Ces crimes seraient l’œuvre d’un seul homme, qui prétend purifier la ville de ses péchés, en s’attaquant la nuit aux prostituées.

Avis :

Né en 1981 à Téhéran, Ali Abbasi est parti au début des années 2000 pour Stockholm afin d’y faire des études d’architecture. Une fois son diplôme en poche, il s’envole pour Copenhague pour y suivre des études de cinéma. Il se met alors à réaliser au début des années 2010 et il lui faudra patienter encore quelques années avant de pouvoir mettre en scène un premier long. En 2016, il réalise « Shelley« , qui fut présenté à la Berlinade. De mon côté, j’ai découvert le cinéma de Ali Abbasi avec son deuxième film, l’assez perturbant « Border« , qui fut une sacrée expérience avec son histoire tournant autour d’une douanière qui est une ogre…

Quatre ans après avoir fait un tour dans le fantastique, le réalisateur iranien est alors de retour en salle, et c’est dans un tout autre genre qu’il se pose, puisque cette fois-ci, il se lance dans une enquête sordide inspirée d’une histoire vraie. Thriller et polar noir, film politique qui parle aussi bien de la condition de la femme en Iran que de l’Iran lui-même, « Les nuits de Mashhad » se pose comme une onde de choc. Une bombe de cinéma qui vous prend et ne vous lâche plus. En deux heures, Ali Abbasi livre un film puissant qui n’a pas fini de nous hanter une fois sorti de notre salle de cinéma.

Iran, 2001, Rahimi est une journaliste de Téhéran qui vient dans la ville de Mashhad pour enquêter sur une série de meurtres. Alors que les corps s’accumulent, la police n’a aucune piste, ou peut-être qu’elle ne veut pas vraiment en obtenir, car toutes les femmes qui sont assassinées sont des prostituées. Pour résoudre cette enquête, Rahimi va s’engouffrer dans les bas-fonds de la ville, au point de mettre sa propre sécurité en danger…

J’ai souvent loué les mérites du cinéma iranien qui est capable de nous offrir de grands films et en cet été 2022, le cinéma iranien nous le prouve encore une fois en nous offrant ni plus ni moins que deux des meilleurs films qu’on verra en salle cette année, avec le nouveau Saeed Roustaee, « Leila et ses frères« , qui sortira en Août et donc ces « … nuits de Mashhad » qui se pose assurément comme le grand polar de 2022.

Dur, sombre, cruel, injuste, révoltant, et en même temps terriblement instructif dans ce qu’il raconte de l’Iran, de sa politique, de sa religion, de son quotidien, et lorsqu’on aborde le cinéma, là encore le film se pose comme une bombe, sachant nous accrocher avec des scènes puissamment mises en scène.

Inspiré d’une histoire véridique, « Les nuits de Mashhad » est donc passionnant dans ce qu’il raconte, se lançant dans une intrigue qui a plusieurs « niveaux de lecture », dans le sens où chacun des sujets qu’il va aborder est incroyable. Ainsi, le film de Ali Abbasi sera aussi bien une enquête puissante dans les bas-fonds de la ville pour arrêter un criminel qui a décidé de nettoyer les rues de la ville sainte, qu’un film éminemment politique, où le réalisateur abordera la place de la femme au sein de la société iranienne, la vision et l’hypocrisie de cette société envers les prostituées, dont elle se sert sans les tolérer. Le réalisateur abordera aussi la justice, la police, et bien sûr le journalisme. En deux heures de temps, Ali Abbasi arrive à condenser tous ces sujets, tout en les développant à la perfection.

De plus, fait passionnant pour un polar, Ali Abbasi divise son film en deux parties, pour nous faire suivre d’un côté l’histoire de cette femme journaliste, et de l’autre, il nous entraîne dans le quotidien de son tueur en série qui se prend pour un justicier, pourfendeur de prostituées au nom de Dieu. Chacun des deux portraits que va dresser le cinéaste est encore une fois passionnant. De plus, dans le portrait de son tueur en série, le réalisateur y injecte tout un tas de nuances, abordant d’un côté les séquelles d’une guerre, les prémices d’une folie et en même temps, il y a cette assurance d’être un juste aux mains propres, la dernière partie est par ailleurs assez affolante, tant Ali Abbasi livre un réquisitoire contre son pays, inversant pratiquement les rôles, ce qui est révoltant, et même difficile à suivre, tant une fracture immense s’impose.

Si le film tient un scénario en or massif, ce dernier est aussi renforcé par la mise en scène de Ali Abbasi, qui livre-là un film qui se pose comme un vrai polar. Un polar très sombre, qui se passe bien souvent de nuit, et derrière ça, le réalisateur sait créer le suspense et l’horreur avec des scènes puissantes, aussi esthétiquement que sensoriellement parlant. Oui, la BO de Martin Dirkov est terrible, habillant là aussi à la perfection les scènes imaginées par son réalisateur. On notera aussi un joli sens du cadre, du rythme, ou encore des lumières, notamment de nuit. Puis le film se fera aussi très étonnant dans ce qu’il ose montrer, notamment quand il est question de sexualité. Bref, Ali Abbasi construit un grand film qui sait parfaitement ce qu’il est, et surtout comment il veut le montrer.

Enfin, il est impossible de parler de ce film sans s’arrêter sur son casting qui est impeccable de bout en bout. S’il faut mentionner toutes ces actrices qui vont incarner les victimes du tueur, s’il faut aussi mentionner Forouzan Jamshidnejad qui incarne la femme du tueur, qui tient un rôle complexe et difficile, « Les nuits de Mashhad« , c’est avant tout ce duo d’acteurs qui vont se croiser que rarement. D’un côté, il y a Mehdi Bajestani qui incarne ce tueur en série qui se pense investi d’une mission divine et l’acteur est puissant, tenant un rôle complexe, car le film nous présente plusieurs facettes de lui, et Mehdi Bajestani est bluffant de bout en bout.

Puis de l’autre côté, il y a cette actrice, qui a été primée à Cannes et à très juste titre. Tenant une très grande partie du film sur ses épaules, Zar Amir Ebrahimi est une très grande révélation, empoignant le rôle de cette journaliste investie avec intrigue et justesse. À travers son personnage et ses yeux, c’est toute une partie des maux de la société iranienne que le réalisateur évoque.

« Les nuits de Mashhad » est donc un très grand film. Ali Abbasi propose aussi bien un polar et un thriller parfaitement orchestré, qu’un film politique qui sonde la société iranienne aux travers de ces personnages et son histoire. Le réalisateur avait déjà grandement intrigué avec « Border« , il confirme ici qu’il se pose comme un cinéaste qui nous fait tout un tas de promesses pour la suite. Terrible, cruel, injuste, puissant, instructif… Bref, du cinéma comme celui-là, on en veut tous les jours !

Note : 18/20

Par Cinéted

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