janvier 31, 2023

Notre-Dame Brûle

De : Jean-Jacques Annaud

Avec Samuel Labarthe, Jean-Paul Bordes, Mikaël Chirinian, Jérémie Laheurte

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Le long métrage de Jean-Jacques Annaud, reconstitue heure par heure l’invraisemblable réalité des évènements du 15 avril 2019 lorsque la cathédrale subissait le plus important sinistre de son histoire. Et comment des femmes et des hommes vont mettre leurs vies en péril dans un sauvetage rocambolesque et héroïque.

Avis :

Dans la belle liste des réalisateurs français, Jean-Jacques Annaud est un cinéaste qui se démarque de par la « démesure » de son cinéma. Le metteur en scène qui a débuté sa carrière au milieu des années 70 a donné le ton d’emblée avec un premier film, « La victoire en chantant« , qui montrait déjà l’envie de « grandiose » de Jean-Jacques Annaud. On notera que ce premier film a reçu l’Oscar du meilleur film étranger. Depuis, Annaud a enchaîné les films, « Le nom de la Rose« , « L’ours« , « L’amant« , « Sept ans au Tibet« , « La guerre du feu« , « Deux frères« , « Stalingrad« … Bref, une sacrée belle carrière, qui a l’horizon des années 2010 s’est mis entre guillemets en pause, ou du moins a nettement ralenti la cadence, puisque Annaud, au cours de cette décennie, ne réalisera que deux films.

Après sept années d’absence dans les salles obscures, Jean-Jacques Annaud revient avec un projet un peu dingue, raconter et reconstituer cette soirée du 15 Avril 2019, cette soirée où la Cathédrale Notre-Dame de Paris est presque partie en fumée. Au départ, « Notre Dame brûle » devait être l’objet d’un documentaire. Le Président de Pathé a proposé à Jean-Jacques Annaud de faire un documentaire à sensation fait à base d’images d’archives. Annaud est donc parti avec le dossier sous son bras, sans se douter que ce qu’il allait lire, avait tous les ingrédients pour faire un film grandiose.

Et grandiose, c’est bien ce que « Notre Dame brûle » est. Treizième film de Jean-Jacques Annaud, qui fait donc un retour en France quinze ans après « Sa majesté Minor« , « Notre-Dame brûle » est un bon film catastrophe, qui raconte détail par détail tout ce qui s’est mis en branle cette soirée pour tuer et sauver Notre-Dame de Paris. Beau, grand, spectaculaire, si le film manque de tension, et mélange parfois un peu trop les images réelles et la fiction, pour aller à la limite du docu-fiction, il n’en reste pas moins que le film de Jean-Jacques Annaud est totalement prenant, et surtout immersif. Puis derrière ça, à soixante-dix-huit ans, le metteur en scène français montre qu’il en a encore à offrir.

Lundi 15 Avril 2019, aux alentours de 18 h 30, de la fumée s’échappe du toit de Notre-Dame de Paris. Un incendie s’est déclaré au niveau de la charpente et personne ne peut encore imaginer l’ampleur des dégâts. Très vite, les pompiers de Paris sont appelés, mais beaucoup d’obstacles vont se mettre sur leur route. Ce soir-là, la France entière va s’arrêter et assister au ravage de l’un de ses édifices les plus célèbres. Ce soir-là, les pompiers de Paris vont tout mettre en œuvre, parfois au péril de leur vie, pour sauver la célèbre Cathédrale.

Faire un film sur la destruction de Notre-Dame de Paris, moins de trois ans après les faits, on peut se demander si le timing n’est pas trop pressé. Et d’ailleurs, avec d’autres metteurs en scène, j’aurais été très volontiers plus réticent, mais il se trouve qu’aux commandes de ce film, on y trouve Jean-Jacques Annaud, et c’est là toute la différence. C’est là que le projet devient alors intéressant, parce qu’Annaud offre toujours un cinéma grandiose, et l’on peut être sûr d’y trouver un film spectaculaire. L’incendie de Notre-Dame en lui-même était déjà spectaculaire, mais passé sous la reconstitution de Jean-Jacques Annaud et ses équipes, « Notre Dame brûle » se pose comme assurément un très bon film, qui nous emmène tout droit au cœur des flammes et de la « folie » de cette soirée-là.

Pour ce film, Jean-Jacques Annaud a voulu raconter et rendre hommage au travail assez incroyable qu’ont fourni les pompiers de Paris pour sauver la Cathédrale. Co-écrit par Annaud après des heures et des heures de recherches, d’interviews et de travail, le cinéaste va alors nous entraîner dans une série d’obstacles et d’invraisemblances qui vont se mettre entre les sauveurs et l’édifice. Bouchons, travaux, cyclistes, et manque de courtoisie typiquement parisien sont au rendez-vous de cette course contre la montre qui aura fait perdre énormément de temps aux pompiers.

Puis une fois sur place, ça ne s’arrête pas là évidemment, entre le manque de personnel de la Cathédrale, certains éléments essentiels vieillissants, ou encore le piège du feu et des matériaux de Notre-Dame qui ne facilite vraiment pas le travail. Bref, de ce côté-là, le film de Jean-Jacques Annaud est assez bluffant dans sa reconstitution, et on se laisse totalement prendre dans cette course folle, même s’il faut aussi noter, et c’est l’histoire qui veut ça, un manque cruel de suspens. Le film s’efforce bien, avec tous les obstacles que l’histoire, à créer ce suspens et une tension, or rien n’y fait, et entre guillemets, on connaît déjà tout, ou presque. Car oui, à travers cette reconstitution, « Notre-Dame brûle » nous apprend plusieurs choses, notamment sur la vétusté de l’édifice, alors en rénovation, ou encore sur le sauvetage des œuvres et autres reliques qui étaient à l’intérieur.

Si le scénario est aussi bon qu’il manque de tension, ce qui sauve (et le sauve très bien) le film, c’est la reconstitution folle dans la mise en scène de Jean-Jacques Annaud. Le réalisateur nous entraîne au cœur de Notre Dame et sans mauvais jeu de mots, on n’y voit que du feu. Visuellement, c’est grand, c’est beau, et le spectacle est assuré. L’utilisation des effets spéciaux est parfaitement employée, la reconstitution des décors, notamment la charpente des beffrois, ou encore Notre-Dame elle-même sous les cendres, lorsque les pompiers s’aventurent à la recherche des reliques. On aura aussi le droit à beaucoup de scènes aériennes, ou encore des scènes où Paris et les Parisiens sont les témoins impuissants du drame qui se joue sous les yeux.

Après, tout n’est pas parfait non plus, Jean-Jacques Annaud, pour renforcer la vérité du drame, utilise parfois trop d’images d’archives, ce qui entraîne parfois le film dans le docu-fiction, ce qui peut être dérangeant et là, je parle de la façon de séparer parfois son écran en deux, trois ou plus même, pour illustrer un moment. Puis, il y a la BO de Simon Franglen qui, si parfois elle est belle, d’autres fois, à force de notes héroïques, elle sonne comme un peu cheap.

Enfin, dernier détail, le casting. Si ce dernier est bon, avec tout un tas d’acteurs qu’on se plaît à découvrir, on regrettera toutefois une absence de rôles forts, car hormis les deux généraux, qui sont incarnés par Samuel Labarthe et Jean-Paul Bordes, « Notre-Dame brûle » n’offre pas vraiment de personnages qu’on retient, si ce n’est que finalement le personnage principal de ce film est la Cathédrale elle-même. À noter toutefois l’improbable, Jean-Jacques Annaud ayant fait jouer l’espace d’une scène Anne Hidalgo, qui se révèle décidément mauvaise en tout.

« Notre-Dame brûle« , entre défauts et qualités, se pose comme un bon film, qui est doté d’une reconstitution parfaite et grandiose. Jean-Jacques Annaud nous entraîne dans un film totalement immersif, et même si l’on en connaît le dénouement, même s’il manque du suspens, on se laisse embarquer et l’on revit bien cette soirée du 15 Avril 2019. À soixante-dix-huit ans, Jean-Jacques Annaud, après sept ans d’absence, fait donc un joli retour sur les écrans, en livrant un bon film catastrophe, qui démontre bien le grandiose du cinéma de son réalisateur.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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