juin 12, 2024

Compagnons – Trop fragile

De : François Favrat

Avec Agnès Jaoui, Pio Marmaï, Najaa, Soriba Dabo

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

À 19 ans, passionnée de street art, Naëlle est contrainte de suivre avec d’autres jeunes un chantier de réinsertion, sa dernière chance pour éviter d’être séparée de ses proches. Touchée par la jeune fille, Hélène, la responsable du chantier, lui présente un jour la Maison des Compagnons de Nantes, un monde de traditions qui prône l’excellence artisanale et la transmission entre générations. Aux côtés de Paul, Compagnon vitrailliste qui accepte de la prendre en formation dans son atelier, Naëlle découvre un univers aux codes bien différents du sien… qui, malgré les difficultés, pourrait donner un nouveau sens à sa vie.

Avis :

François Favrat est un réalisateur français qui tourne assez peu. Commençant sa carrière dans les années 90 en tant que régisseur, très vite, il se tourne vers l’écriture. À partir des années 2000, Favrat écrit quelques scénarios, notamment pour Julie Lopes Curval. Puis enfin, après un court-métrage en 2004, il présente son premier film, « Le rôle de sa vie« . Depuis ce premier métrage, le cinéaste a eu tendance à se faire rare, puisqu’on ne lui compte que quatre films en dix-huit ans.

Après sept années de silence, François Favrat est de retour dans les salles avec « Compagnons« , un film qui tient pour le coup un sujet original, voire même inédit, puisque le metteur en scène a l’idée de nous faire entrer chez les compagnons du devoir. Le sujet est extrêmement intéressant, et l’on sent bien tout le travail fourni par le réalisateur pour peindre au mieux l’univers des compagnons du devoir. Or, si l’idée est belle et bonne, et si elle laisse place à de bons moments de cinéma, « Compagnons » est aussi un film qui déçoit, car derrière l’originalité de son sujet, il nous livre une intrigue parfois pleine de clichés et ô combien déjà vue, ce qui a tendance à gâcher la fête, ou du moins à la partager en deux.

Naëlle, dix-neuf ans, habite dans une cité de Nantes. La jeune femme galère dans sa vie, dans laquelle elle est perdue. Ayant fait des conneries, Naëlle se voit obligée de suivre un parcours de réinsertion. Pendant ses heures de travaux « forcés », la jeune femme fait la connaissance de d’Hélène, une femme d’une cinquantaine d’années qui voit en Naëlle un certain talent. Mère d’une maison de compagnons, elle pousse alors Naëlle à faire une formation et devenir peut-être compagnon du devoir. Or, si la jeune femme a du talent et s’intègre plutôt bien, la cité où elle habite la rattrape…

Et bien me voilà bien partagé à la sortie du nouveau film de François Favrat. « Compagnons » est un film qui a un sujet en or, et qui nous entraîne dans un univers qu’on connait mal, voire même absolument pas, les compagnons du devoir, cette association qui forme des jeunes à des métiers traditionnels. De ce côté-là du film, « Compagnons » est irréprochable. On sent bien que François Favrat est passionné par son sujet, et le metteur en scène a tout fait pour retranscrire à l’écran le plus de détails possibles sur le mode de vie des compagnons, sur leurs règles, leurs traditions, et comment ils transmettent leur savoir-faire.

De plus, à travers tous les métiers que l’association aborde, Favrat a choisi de se concentrer sur le vitrail, et là encore, c’est un sujet assez inédit. Ainsi, à travers la formation de son héroïne, le réalisateur filme le travail, les petits gestes, l’apprentissage de ces derniers, la passion du métier qui s’impose petit à petit et les débouchés de ce dernier. Bref, de ce côté-là du film, « Compagnons » se fait vraiment intéressant, mais malheureusement, si le sujet est très bon, « Compagnons » est aussi un film qui laisse la sensation que François Favrat n’était pas sûr que nous plonger dans cet univers pour y suivre une formation suffirait.

On a l’impression que le réalisateur n’avait pas confiance en son sujet, et pour lui donner plus de profondeur et de corps, il a alors décidé de nous raconter l’histoire d’une jeune banlieusarde pleine de problèmes, notamment avec des dealers à qui elle doit de l’argent, et ce trait-là du scénario a tendance à casser le film, car c’est bourré de clichés. On pourrait même dire : « – n’en jetez plus, le couple est pleine ». Puis cette idée-là, en plus de ses clichés, attire le film dans le déjà vu, le bon sentimentalisme, et surtout, il tue toute surprise, car comme on connaît par cœur cette histoire, dès lors, on sait très bien où « Compagnons » va nous emmener, et comment il va se conclure.

Ce constat est vraiment dommage, car « Compagnons« , dès qu’il s’attarde sur son association, est un film qui prend vie, et peut même livrer de petits miracles. Des miracles qui sont malheureusement de courte durée, car le scénario en reviendra toujours au social et au problème de son héroïne.

Une héroïne qui est pour le coup très bien campée par Najaa, qui malgré les faux rebondissements où l’intrigue emporte son personnage, on ne peut nier que la jeune actrice crève l’écran, campant un personnage au premier abord dur, mais qui cache évidemment derrière sa carapace un être plus fragile qu’elle n’en a l’air. Le reste du casting est tenu par une Agnès Jaoui plutôt convaincante en mère de maison et un Pio Marmaï qui réserve un personnage simple, naturel et même touchant.

Ce retour de François Favrat dans nos salles est donc un retour en demi-teinte. « Compagnons » est typiquement le film qui se laisse gentiment regarder. Il tient une idée très intéressante, il peint un univers très intéressant, il tient malgré les clichés de bons personnages, et pourtant, malgré tout ça, les clichés de son histoire, le côté déjà vu et revu, le côté sans surprise ni originalité pour le « parcours » de son héroïne, fait que « Compagnons« , déçoit, et surtout, il ne restera pas dans les mémoires. Après, comme je le dis souvent, comme ce genre de film laisse peu de souvenir, c’est toujours l’occasion de le redécouvrir des années plus tard, mais là encore, faut-il s’en rappeler…

Note : 10/20

Par Cinéted

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