décembre 8, 2022

The Farm

De : Hans Stjernswärd

Avec Nora Yessayan, Kelly Mis, Alec Gaylord, Ken Volok

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

A bord de leur voiture, Nora et Alec traversent une région isolée et décident de s’arrêter afin de dîner dans un restaurant. L’erreur est fatale : on va leur faire payer cher le fait d’avoir mangé un burger. Après avoir dîné, le jeune couple s’arrête dans une ferme apparemment abandonnée mais finalement occupée par des psychopathes qui veulent leur passer l’envie de manger de la viande. Leurs ravisseurs, affublés de masques d’animaux, leur font vivre les conditions de vie du bétail et pire encore. Nora et Alec découvrent vite qu’ils ne sont pas les seuls à subir le même sort. Ils vont tout tenter pour survivre.

Avis :

On a souvent tendance à dire que le film d’horreur est un terrain expérimental réjouissant, où les metteurs en scène peuvent faire un peu ce qu’ils veulent. Malheureusement, aujourd’hui, l’horreur est un genre surproduit, avec de nombreux films à petit budget qui surfent sur des éléments mercantiles. On se retrouve souvent avec des longs-métrages qui veulent dénoncer un truc, mais qui n’ont aucune idée de comment bien le montrer et raconter une histoire par-dessus. C’est totalement le cas de The Farm. Réalisé par un illustre inconnu d’origine suédoise, ce premier film veut s’attaquer aux maltraitances animales infligées par les humains, notamment pour l’industrie agro-alimentaire. Inversant les rôles de manière maladroite, The Farm est un torture-porn sans ambition, et con comme une table où les héros végètent dans une ferme et tentent de s’échapper en faisant preuve d’une chance crasse.

Un coup du parti animaliste ?

Le film débute dans une voiture, avec un jeune couple qui rentre chez lui en prenant les routes de campagne. Chemins de terre, rencontre inopportune avec une vieille locale qui parle mal, tous les ingrédients sont rapidement mis en avant pour tenter de créer une atmosphère inquiétante autour de pécores violents. Le couple s’arrête alors dans un diner pour manger, avec un accueil plutôt froid, puis sur la route, ils s’arrêtent dans un Bed & Breakfast dont ils ne sortiront jamais. Le service est assuré par un type louche au visage grêlé et on va vite savoir que l’on navigue dans un survival à la Colline a des Yeux, où les mutants sont remplacés par des villageois cannibales. Rien de bien novateur donc dans cette intrigue qui présente un couple lambda dont on va rapidement se foutre.

Et c’est l’un des principaux problèmes du film, qui n’arrive jamais à rendre sympathique ce couple, simple, mais qui n’attire pas forcément la sympathie. La nana est pénible, envoie chier la plupart des gens et se méfie des « paysans », préférant largement la vie à la ville. Bref, on aurait pu avoi run rapport ville/campagne intéressant, mais le film n’exploite jamais ce filon, préférant plonger à corps perdu dans un délire sur une ferme qui propose des plats à base d’humains. Car oui, The Farm ne laisse planer aucun doute sur son fond. Le film a beau être mutique et laisser beaucoup de place à des actes plutôt que des dialogues, on va vite comprendre de quoi il en retourne. Ici, les humains portent des masques d’animaux, ne parlent pas, et élèvent les humains comme du bétail. Une façon de dénoncer la maltraitance animale à travers un torture-porn/survival.

Rien ne se passe, rien ne se crée, rien ne se transforme

On ne peut nier que The Farm essaye de raconter quelque chose dans son fond. Ici, en inversant les rôles, on se retrouve face à un film qui essaye de démontrer comment on traite les animaux dans les fermes industrielles, et comment cela serait si nous faisions cela avec des humains. Le problème, c’est que le film ne règle pas ce problème, et surtout ne remet pas en question la gestion de ces fermes. Car si l’humain est maltraité, frappé, que des bébés sont tués (rapport au cochon de lait ou à l’agneau) et que les femmes sont inséminées, cela crée du dégoût, mais ne fait pas réfléchir à un meilleur moyen de consommation. Les humains, même masqués, restent des humains, à tendance psychopathe, et continuent à faire du mal, à un autre type d’animal qu’est l’humain. Il n’y a rien d’intelligent dans le récit, bien au contraire.

Et le pire dans tout ça, c’est que le scénario essaye de mettre en avant un jeune couple qui n’a rien demandé (comme les animaux me direz-vous), mais qui se révèle pénible. De ce fait, on ne ressent aucune empathie, ni avec le couple qui essaye de survivre, ni avec les personnes masquées dont on ne connaîtra pas les origines. Le déroulé de l’histoire est linéaire, avec une femme qui essaye de s’échapper, et qui va jouer avec des ressorts scénaristiques grossiers et incohérents. Le montage de The Farm est un exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire. L’homme arrive à faire sortir sa femme, mais on ne sait pas d’où il sort, et il la trouve du premier coup. Cette dernière fuit en esquivant de manière grotesque les hommes masqués. Elle arrive même à se repérer dans un endroit qu’elle ne connait pas.

Pas de foire à la saucisse

Si le scénario est aux fraises entre ce qu’il veut dénoncer, comment il le dénonce et le déroulé des aventures d’une nana qui semble avoir un peu de chance, The Farm décevra aussi sur ses promesses de film gore et malsain. Le jeu de massacre n’aura jamais lieu, alors qu’il y aurait pu avoir de jolis règlements de compte. Sans tomber dans le gore inutile (la mise à mort d’un bébé qui ne sert à rien ou le vidage d’une femme qui ne peut plus procréer), le film aurait pu offrir un revenge movie tonitruant avec une héroïne se débarrassant de ses ennemis. Mais il n’en sera rien, on aura une fuite en avant, à la mise en scène sans génie, qui suit son personnage principal dans les dédales d’une grande ferme. Même là-dessus, le film ne tient pas la route.

Au final, The Farm est un très mauvais film. Il s’agit d’une souffrance pleine et obscure qui ne tient jamais ses promesses. Gore sans l’être, virulent dans son propos sans jamais remettre en question quoi que ce soit, se foutant ouvertement de la gueule des rednecks américains les présentant comme des cannibales moches et débiles, on obtient un tableau complet d’un film qui a des années de retard. Tourné et produit en 2018, The Farm a tous les atours d’un DTV horrifique des années 2000, ceux que l’on trouve dans les magasins d’occasion pour une piécette, et dans lesquels on sait pertinemment que cet argent est foutu en l’air.

Note : 02/20  

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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