décembre 1, 2022

Red Rocket – Le Porno ne Rapporte Plus

De : Sean Baker

Avec Simon Rex, Bree Elrod, Ethan Darbone, Suzanna Son

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Mikey Saber revient dans sa ville natale du Texas après des années de carrière de pornstar à Los Angeles. Il n’y est pas vraiment le bienvenu… Sans argent, sans emploi, il doit retourner vivre chez son ex-femme et sa belle-mère… Pour payer son loyer, il reprend ses petites combines mais une rencontre va lui donner l’espoir d’un nouveau départ.

Avis :

Ce que j’apprécie au Festival de Deauville, c’est qu’il est un œil ouvert sur les nouveaux visages du cinéma américain. En huit années de festival, ce dernier m’aura fait découvrir tout un tas de cinéastes que je suis aujourd’hui religieusement. Parmi mes plus belles découvertes que le cinéma m’a proposées, on retrouve Damien Chazelle, Ramin Bahrani, Jon Watts ou encore et bien sûr Sean Baker. Réalisateur et scénariste, j’ai découvert le cinéma de Sean Baker avec le déjanté « Tangerine« , puis par la suite avec le sublime et poétique « The Florida Project« .

Alors qu’il préparait un nouveau film, le covid s’est invité dans la partie et Baker a dû mettre ce projet, plus gros que les autres, entre parenthèses. Mais l’envie de tourner était belle et bien là et il s’est donc lancé dans un film plus confidentiel, qu’il mijotait depuis près de dix ans. Tourné à l’été 2020 avec une petite équipe, « Red Rocket« , septième film du cinéaste américain, est un métrage très différent de ce que l’on a pu voir chez Baker. Moins politique et plus amusant, avec « Red Rocket« , Sean Baker peint le portrait d’un looser très attachant.

Mikey, la quarantaine, revient dans sa ville natale au Texas, après une longue et très prolifique carrière en tant qu’acteur porno. Aujourd’hui sans un sou et sans emploi, il est à la rue. Malvenu, il arrive cependant à se faire héberger chez son ex-femme le temps de se retourner. N’arrivant pas à trouver un emploi, Mikey se lance dans de petits trafics, histoire de… Dans son quotidien fait de tout et surtout de rien, Mikey va alors faire la connaissance de Stranwberry, une vendeuse de donuts au charme fou !

Cinq ans après le merveilleux « The Florida Projet« , Sean Baker est de retour dans les salles de cinéma pour un film dont seul lui a le secret. S’éloignant du cinéma social de ses premiers films, Sean Baker s’aventure dans un portrait, celui de Mikey, un looser de premier ordre, ex acteur porno, narcissique sur les bords et surtout qui rêve de revenir sur le devant de la scène.

Étonnement touchant, affectueux, délicat, voire même poétique dans sa loose, « Red Rocket » est le genre de petit bijou qui nous offre un grand bol d’air frais. Posant son intrigue au Texas, Sean Baker nous invite à suivre sur plus de deux heures le quotidien de cet homme qui ne sait pas bien ce qu’il veut. Drôle, très drôle même, Sean Baker nous amuse beaucoup avec un scénario ne cesse d’être étonnant, posant par exemple une réflexion sur le devenir et l’ego des ex-porn stars. Évoluant en permanence, nous offrant une trajectoire improbable et passionnante, on se prend d’affection pour ce paumé, et Sean Baker nous donne envie en permanence de pousser son film encore plus loin, histoire de savoir ce qui va bien pouvoir arriver à ce pauvre Mikey.

Si le scénario est très chouette, il est aussi génial grâce au portrait que Sean Baker fait de son personnage, mais aussi de tout ce qui l’entoure. Les personnages secondaires que Mikey croise sont intéressants, tout comme la ville et les décors dans lesquels Sean Baker a posé sa caméra. Mélangeant plusieurs sortes d’humour, allant de l’absurde au cynique, on passe un très bon moment devant « Red Rocket« .

Un moment qui est d’autant plus drôle et touchant grâce à son comédien principal Simon Rex qui trouve là le rôle de sa vie, dans la peau de Mikey, un homme désespérant, perdu et tendrement attachant. Mikey, c’est le genre de gars qui traîne toujours dans des combines. C’est le genre de gars qui rêve, qui panique vite, qui magouille, qui a envie d’autre chose, qui s’en donne les moyens, même si parfois, ses décisions sont plus que discutables.

En parlant des comédiens, comme toujours, Sean Baker nous offre un très beau mélange entre comédiens professionnels et comédiens qu’il a trouvé sur place, prenant bien souvent la population même de l’endroit où il tourne pour peupler son film et ce mélange fonctionne à merveille. Chacun des personnages dégage quelque chose d’intéressant et au-delà de ça, on sent une véritable spontanéité chez ces acteurs, ce qui offre un charme fou à l’ensemble de son film.

Un charme qu’on retrouve aussi dans la mise en scène de Sean Baker. Comme je le disais, « Red Rocket » est dans un sens un film très différent de ce que fait d’ordinaire le metteur en scène, et pourtant, tout en faisant évoluer son cinéma, on retrouve ce qu’on aime, cette ambiance qu’on adore chez le réalisateur. Il y a ce naturel et cette spontanéité qui parcourent tout le cinéma de Sean Baker et qui fait que dès les premières minutes du film, on sait où l’on met les yeux.

Pour ce film, Sean Baker prend le temps de nous dépayser, filmant aussi l’ambiance de cette petite ville du Texas. On pourrait même dire que la ville elle-même, ses décors, ses rues, ses maisons, ses usines, ses boutiques sont des personnages. Bref, « Red Rocket » est une petite séance d’évasion, qui dans sa mise en scène nous captive de bout en bout. C’est bien simple, je n’ai pas vu les plus de deux heures que dure le film.

« Red Rocket » est une très belle réussite. Une réussite qui, tout en étant différente de ce que fait d’ordinaire le metteur en scène, arrive à s’imposer comme du pur Sean Baker. On s’amuse beaucoup, on rit, on pourrait presque halluciner et au-delà de ça, on est très touché par ce looser et son quotidien de looser. Décidément, Sean Baker est un grand qui mérite bien plus de lumière.

Note : 17/20

Par Cinéted

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