mai 25, 2022

Skillet – Dominion – L’Imperfection au Masculin

Avis :

Parmi les groupes américains les plus influents et qui cartonnent toujours outre-Atlantique, Skillet a une place toute particulière. Mélangeant assidument le Hard au Métal Alternatif, avec des pointes de Nu et parfois des violons pour rajouter des couches de larmoyant, la formation portée par John Cooper et sa femme a tout de même du mal à s’imposer ailleurs. Cela est certainement dû à leur propension au Christian Rock, avec des allusions à Dieu qui commencent à bien péter les couilles. Pour autant, comme un nouveau burger qui sort chez McDo, on ne peut s’empêcher de jeter une oreille sur le dernier Skillet, même si on sait que cela ne va pas nous plaire. Mais à chaque fois, il y a quelques petites choses à sauver. Ce qui ne sera pas le cas sur Dominion, onzième album du groupe.

Chercher le naturel

Le skeud débute avec Surviving the Game, qui a été choisi pour vendre la sortie de l’album. Le début est assez intéressant avec un gros riff qui donne un bon rythme. Malheureusement, tout cela va vite retomber, la faute à une voix modifiée qui ne va jamais cesser. Que ce soit dans les couplets ou dans les refrains, on a la sensation que le chanteur n’assume pas et délivre quelque chose qui sonne faux. Il en va de même avec la batteuse qui pousse parfois la chansonnette et qui a une voix aigue assez détestable. Dès le premier morceau, on va difficilement être cueilli, la faute aussi à une structure banale et calibrée pour passer à la radio aux Etats-Unis. On retrouvera cela avec Standing in the Storm, qui vise encore plus loin les modifications vocales et adoucit à chaque fois ses riffs pour ne pas trop percuter l’auditeur.

D’autant plus que l’aspect feutré de la voix du chanteur gâche toute possibilité de pousser plus fort. Et même si on pourra y voir des efforts un peu rappés pour donner plus de rythme, cela ne prend jamais. Et des titres dans ce style, il y a légion dans cet album. On peut citer Beyond Incredible qui s’oublie très vite avec son démarrage d’une rare lenteur. Ou encore Shout Your Freedom qui veut faire une illusion punk, mais qui s’avère être un vilain truc pop-rock enjoué tout simplement dégueulasse. Destroyer ne fait qu’illusion le temps de son titre, puisque ce qui va être détruit, ce sont nos neurones face à une petite prise de risque. Le groupe répète sa recette, espère convaincre un riff isolé qui se veut lourd, mais tout le reste n’est que factice. Même Ignite n’allume rien du tout, sinon la flamme de l’ennui.

Ballades de l’enfer

Au milieu de ces morceaux qui sont faussement sauvages, on trouve aussi des ballades qui sont l’autre marque de fabrique du groupe, qui aime se poser sur une chaise haute, guitare sèche à la main, dans l’espoir de faire fleurir les flammes de briquet. Mais là, on flirte constamment avec le lénifiant et le dégoulinant. Valley of Death ouvre le bal et donne rapidement envie de se flinguer. C’est mou, c’est nian-nian au possible et les arrangements grandiloquents desservent complètement le truc. C’est mélodramatique pour rien, mais ça rentrera bien dans un karaoké aux States. Refuge est du même acabit, avec une montée crescendo qui fait l’effet d’un… rien du tout, puisque tout cela n’aboutit à rien. Et que dire de Forever or The End. Les mots manquent pour dire à quel point c’est sirupeux et sans aucun intérêt musical.

D’autant plus que lorsque la batteuse ouvre la bouche, on a l’impression d’entendre un jouet qui chante. Sa voix aigue ne sert aucunement le propos, si ce n’est l’envie de tout couper. Le titre Destiny, d’ailleurs, porte tous les stigmates de cette voix enfantine qui vient gâcher en partie l’ensemble du morceau. Alors déjà qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent, si c’est pour en plus saccager les titres les plus prometteurs… Néanmoins, un seul morceau est à sortir de cette fange, Dominion. Même s’il reste calibré jusqu’au bout des ongles, on entend John Cooper gueulait un peu plus, et surtout, les riffs sont puissants et ne sont jamais adoucis. On aura même droit à un solo, ce qui surprend, dans le bon sens du terme. Comme quoi, Skillet est encore capable de fournir de bonnes choses, encore faut-il avoir envie de sortir d’un carcan mercantile destructeur.

Au final, Dominion, le dernier effort de Skillet, ne vaut pas tripette. Si le groupe arrivait jusqu’à présent à faire illusion avec une paire de titres qui sortaient du lot, avec ce onzième album, on passe au stade où l’aspect commercial a pris le pas sur le côté musical. Tout est calibré, sans surprise, avec des modifications dans les voix et les arrangements pour radoucir le tout. Skillet n’arrive plus à surprendre et délaisse le métal pour se fondre dans un mélange des genres mercantile et sans intérêt. Il va peut-être falloir se remettre en question.

  • Surviving the Game
  • Standing in the Storm
  • Dominion
  • Valley of Death
  • Beyond Incredible
  • Destiny
  • Refuge
  • Shout Your Freedom
  • Destroyer
  • Forever or The End
  • Ignite
  • White Horse

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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