mai 25, 2022

Les Monstres de Rookhaven – Padraig Kenny – Porte d’Entrée pour l’Horreur

Auteur : Pàdraig Kenny

Editeur : Lumen

Genre : Fantastique

Résumé :

Mirabelle a toujours su qu’elle était un monstre. Lorsque le glamour protégeant sa famille inhabituelle du monde humain est déchiré et qu’un frère et une sœur orphelins tombent sur Rookhaven, Mirabelle découvre bientôt que l’amitié peut être trouvée dans le monde extérieur.
Mais alors que quelque chose de bien plus sinistre vient les menacer tous, il devient rapidement clair que les vrais monstres ne sont pas nécessairement ceux que vous pouvez voir.

Avis :

Depuis les années 20, les monstres font partie de la pop culture au cinéma. Il faut dire que les films Universal avec Dracula et consorts ont permis de mettre en avant ces créatures démoniaques pour trifouiller les peurs profondes des spectateurs. Cependant, petit à petit, les monstres ont changé de camp. Dévoués aux forces du mal, certains écrivains, réalisateurs et autres ont mis en place un changement radical de cap, montrant que le vrai monstre est souvent humain. Et de là va naître une réelle empathie pour ces êtres surnaturels qui vont peupler tous les médiums de la pop culture. Padraig Kenny avait déjà marqué le coup en littérature jeunesse avec Les Orphelins de Métal, parlant d’amitié et de robots dans un monde original. Aujourd’hui, il revient avec Les Monstres de Rookhaven, où l’amitié prend une place importante au milieu de créatures fantastiques.

Les orphelins de guerre

Le roman débute avec deux orphelins, Jem et Tom, qui fuient leur oncle violent. Alors que la voiture dans laquelle ils se trouvent tombe en panne, il découvre comme une déchirure dans la réalité et s’engage dedans, se retrouvant alors devant un grand manoir. Ils sont alors accueillis par une famille de personnages qui s’avèreront être des monstres. Jem tisse alors des liens avec Mirabelle, qui va lui faire visiter les lieux et lui expliquer le pacte passé avec le village voisin, qui les approvisionne en nourriture et les laisse tranquille. Malheureusement, un danger antédiluvien vient menacer le manoir et le pacte passé. A partir de là, l’auteur va aborder divers thèmes qui ne feront qu’épaissir un univers particulier et très appréciable. Ici, les monstres côtoient les humains de loin, pour le bien-être de tous. Malgré cela, les méfiances sont présentes et les non-dits bien ancrés.

Jem va lier une amitié très forte avec Mirabelle. Les deux jeunes filles sont orphelines et semblent se compléter, l’une faisant immédiatement confiance à l’autre. Si Jem est apurée au départ, elle va voir en ce manoir un nouveau départ et la possibilité de vivre enfin tranquille avec son frère. Quant à Mirabelle, son ouverture d’esprit et la découverte de son passé vont remuer beaucoup de chose en elle et elle va trouver en Jem une amie fidèle et indispensable. L’auteur touche avec beaucoup de luminosité à cette amitié salvatrice, qui permet de se sortir d’une double torpeur latente : le spectre de la guerre passée et l’arrivée d’un grand mal pour les monstres. A travers cette amitié, les personnages vont trouver de la force et vont même se faire confiance, au point de laisser sortir un personnage surpuissant, mais jusqu’alors incompris.

Si, si la famille

Comme pour Les Orphelins de Métal, l’auteur s’attarde beaucoup sur la famille et sur ses forces. Et comme pour son précédent roman, il s’agit d’une famille dysfonctionnelle que les personnages se construisent. Ici, les monstres se divisent avant de comprendre que c’est ensemble qu’ils sont plus forts. Ainsi, métamorphe, pseudo fantôme et hypothétique vampire vont devoir faire front commun pour se faire accepter et combattre un ennemi commun, le grand faucheur d’âmes. La trame est simple, entre désaccords, vérité qui fait mal et réconciliation, mais l’auteur touche juste en prenant à bras le corps cette thématique bien loin des conventions. De plus, la famille n’est pas seulement vue du point de vue des monstres, mais aussi des humains dans le petit village de Rookhaven.

Et là-dessus, l’auteur va s’appuyer sur un thème très adulte, la guerre et les cicatrices énormes que cette dernière laisse. Ainsi donc, à Rookhaven, les villageois souffrent des disparus. Freddie n’arrive pas à faire le deuil de son frère mort à la guerre. Le dialogue avec son père est rompu et la famille n’arrive plus à se parler. Cette guerre a aussi laissé des stigmates dans la peur de l’étrange, et donc de la famille de monstres. On y verra aussi un jeune estropié qui a perdu confiance en lui et n’ose déclarer sa flamme à la boulangère. On aura aussi un homme qui transfère son amour à son chat après la mort subite de ses deux enfants. Bref, la famille est abordée sous tous les angles et l’auteur montre à quel point elle est importante et qu’on ne se rend compte de cela qu’une fois les gens partis.

Une porte d’entrée vers l’horreur

Si Les Monstres de Rookhaven est avant tout un roman jeunesse fantastique, il ne faut pas oublier aussi qu’il contient quelques éléments horrifiques. L’attaque des humains fait irrémédiablement penser à Frankenstein et l’attaque du moulin. Certains membres de la famille font directement écho à des monstres connus. Enoch est un ersatz de Dracula tandis que Bertram est un ours-garou. On peut aussi évoquer les plantes carnivores, qui font penser à La Petite Boutique des Horreurs. Ou encore, difficile de passer outre Les Oiseaux d’Hitchcock avec sa horde de corbeaux sur le final. Bref, il semblerait que les références culturelles de Padraig Kenny sont légion et cela est une belle porte d’entrée dans l’horreur pour les enfants. Sans être effrayant pour autant, le livre contient quelques passages un peu costauds et savamment dosés. Ce qui ravira les fans d’horreur chez les adultes, et les amateurs de frisson chez les enfants.

Au final, Les Monstres de Rookhaven est une très belle surprise. L’auteur s’évertue à parler de thèmes importants et intelligents à travers un récit à destination des enfants mais pas que. Le spectre de la guerre, ses ravages qui ne cicatrisent pas, sont autant de thématiques adultes qui sont en sous-texte dans le roman. Padraig Kenny livre un roman brillant, qui plaira aussi bien aux enfants amateurs de petite peur, qu’aux adultes cherchant de la littérature jeunesse intelligente et plaisante. En bref, une belle réussite.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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