novembre 30, 2021

Les Evadés

Titre Original : The Shawshank Redemption

De : Frank Darabont

Avec Tim Robbins, Morgan Freeman, Bob Gunton, William Sadler

Année : 1995

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

En 1947, Andy Dufresne, un jeune banquier, est condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme et de son amant. Ayant beau clamer son innocence, il est emprisonné à Shawshank, le pénitencier le plus sévère de l’Etat du Maine. Il y fait la rencontre de Red, un Noir désabusé, détenu depuis vingt ans. Commence alors une grande histoire d’amitié entre les deux hommes…

Avis :

Il est toujours complexe de rentrer dans la tête d’un écrivain pour en retirer l’essence même de ses livres. Et s’il y a bien un romancier dont l’esprit tortueux a autant suscité de l’excitation que de l’angoisse, c’est bien celui de Stephen King. Maître incontesté de l’horreur, il est l’auteur qui a eu le plus d’adaptation au cinéma. Pour autant, ce n’est pas pour cela que tous les films furent des réussites, et malheureusement, il y a eu plus de catastrophes que de chefs-d’œuvre. Mais fait incroyable, si aujourd’hui Mike Flanagan semble avoir décrypté le mode de pensée de l’écrivain, bien avant lui, il y a eu Frank Darabont. Dès son premier film, qui nous préoccupe entre ses lignes, le réalisateur va sonder l’âme même de l’auteur et y trouver toute la quintessence de son génie.

En livrant Les Evadés (puis La Ligne Verte par la suite), Frank Darabont devient le premier cinéaste à offrir un film à la hauteur des romans du King.

L’amitié entre les barreaux

Le scénario est relativement bien écrit et va suivre des personnages sur plusieurs dizaines d’années. Le personnage principal est Andy Dufresne, un jeune banquier qui va découvrir que sa femme le trompe avec un joueur de golf. Le lendemain, sa femme et son amant sont retrouvés morts et tout accuse Andy qui va écoper de la prison à vie, deux fois. Innocent, il va pourtant accepter son destin et partir dans la prison de Shawshank, où le directeur est un personnage répugnant et le chef des matons une brute qui n’hésite pas à tuer les prisonniers. Pour autant, Andy va se faire à la vie dans la prison, jusqu’à rejoindre un groupe avec qui il va se lier d’amitié. Ainsi donc, Les Evadés est clairement un récit de vie, un drame qui va s’avérer plus lumineux qu’il n’y parait, prenant le temps de décrire une histoire d’amitié solide.

La grande force de ce film, c’est son écriture assez simple, racontée avec la voix d’un des prisonniers, qui va décrire tout ce qu’a fait Dufresne depuis son arrivée entre les barreaux. En utilisant ce procédé, on aura le point de vue du meilleur ami du héros, qui va en dresser un portrait touchant, intéressant, et qui va bouleverser la vie au sein de la prison. Andy est un protagoniste mutique, calme, mais assez calculateur et qui va tout faire pour s’attirer la bienveillance d’un peu tout le monde. D’un autre côté, le réalisateur joue bien avec la dichotomie du personnage d’Andy, lui octroyant par moments des allures d’homme froid et calculateur, qui ne fait tout cela que dans un seul but, s’évader. Une évasion qui va prendre du temps, de la patience et qui rejoint fortement celle de Frank Lee Morris dans la prison d’Alcatraz.

Les méchants ne sont pas ceux que l’on croit

Outre ce fort message sur l’amitié dans le milieu carcéral, Les Evadés est aussi un film très riche en thématiques. Des thèmes qui sont redondants à Stephen King et qui trouve un fort écho dans le film de Frank Darabont. On retrouvera par exemple la foi chrétienne, qui est ici détournée par un chef de prison qui est un petit bigot mais qui n’hésite à frauder pour gagner de l’argent. Cette religion est donc pervertie par les hommes, ou tout du moins semble être une bonne excuse pour pardonner des actes répréhensibles. En dehors de la religion, on trouve aussi cette peur de l’inconnu et de se retrouver dans un endroit que l’on ne connait pas. Ici, on va voir un vieux taulard qui sort, se perd dans sa liberté retrouvée et décide d’en finir avec la vie. Un passage bouleversant qui pointe du doigt la justice américaine.

Une justice injuste, implacable et raciste. Une justice qui punit des innocents, faute de preuves, et qui refuse de faire sortir des prisonniers car ils sont noirs. Une justice qui ne prend jamais le pas sur le thème principal du film, mais qui reste en filigrane tout du long, avec quelques petits passages bien choisis. Une justice qui s’abroge aussi des lois car ça l’arrange. Une justice qui laisse les anciens prisonniers sans soutien psychologique. Bref, une justice à la ramasse et qui n’a pas trop changé depuis. Et derrière ce thème important, on retrouve aussi quelque chose de chère à King, le fait que les criminels ne sont pas forcément ceux derrière les barreaux. Car si Andy est innocent, ce n’est pas le cas du gardien en chef ou du directeur de la prison. Deux malfrats qui tuent, magouillent et s’organisent pour mener à bien leur projet.

Lumineux

Ainsi, les monstres ne sont pas ceux punis, mais les puissants qui s’abrogent des règles et s’octroient des pouvoirs. Le film ne sera pas tendre avec ceux-là non plus, l’évasion d’Andy résonnant comme une punition divine, s’abattant sur des crapules qui pleurent et fuient comme des lâches. Cette punition divine prend forme grâce à la réalisation inspirée de Frank Darabont, qui fait simple, ne cherchant jamais à en faire trop, si ce n’est à la libération d’Andy, qui lève les bras au ciel en même temps qu’un éclair, vision divine d’une justice qui va s’abattre sur les vrais criminels. Bien entendu, le film ne serait rien sans les prestations folles de Tim Robbins et de Morgan Freeman, tous les deux touchants, tendres et d’une cohésion dingue. Et que dire des personnages secondaires, de la pire ordure au simple ami, qui bénéficient tous d’un bon traitement pour ne pas paraître inutile.

Au final, Les Evadés est un grand film. Frank Darabont a de suite trouvé la recette magique pour adapter fidèlement un récit du King, sans jamais tomber dans la gratuité ou la resucée sans âme. Beau, touchant, parfois dur et injuste, Les Evadés n’a pas volé sa flopée de récompenses aux Oscar et reste, aujourd’hui encore, un film vivant et totalement réussi. Un chef-d’œuvre puissant sur la justice et l’amitié. Et dire que Darabont récidivera quelques années plus tard avec La Ligne Verte

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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