novembre 30, 2021

Back Home

Titre Original : Louder Than Bombs

De : Joachim Trier

Avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg, Devin Druid

Année : 2015

Pays : Norvège, France, Danemark

Genre : Drame

Résumé :

Alors que se prépare une exposition consacrée à la célèbre photographe Isabelle Reed trois ans après sa mort accidentelle, son mari et ses deux fils sont amenés à se réunir dans la maison familiale et évoquer ensemble les fantômes du passé…

Avis :

Réalisateur norvégien, Joachim Trier, au moment où il sort ce film, est un cinéaste qui ne cesse de piquer l’intérêt. S’il a commencé sa carrière avec un film qui s’est avéré être une déception, « Nouvelle donne« , son deuxième film, « Oslo, 31 Août« , a connu un sacré succès dans le monde entier. Il faut dire que c’est un bien joli film que Joachim Tirer avait livré là. Comme beaucoup de cinéastes avant lui, qui ont eu un succès, Joachim Trier a donc pris un billet pour les Etats-Unis, non pas pour faire du blockbuster, mais plutôt pour rester sur sa ligne, tout en déplaçant sa caméra sur les terres de l’Oncle Sam.

Ainsi, pour son troisième film, Joachim Trier revient avec tout un tas d’éléments nouveaux. Outre le fait que « Back Home » soit son premier film en langue anglaise, il délaisse son acteur fétiche Anders Danielsen Lie, pour un casting international. On dit souvent que le troisième film d’un réalisateur est l’un de ses plus essentiels, car c’est avec celui-ci qu’il confirme les espoirs ou non, et avec « Back Home« , Joachim Trier confirme bel et bien qu’il est l’un des plus beaux espoirs du cinéma norvégien. Réflexion sur le deuil, original, temporel et touchant, « Back Home » est un film qui ne ressemble à aucun autre, alors même qu’il tient en quelque sorte un sujet qu’on a déjà vu mille fois.

Isabelle Reed était une grande photographe de guerre qui est morte il y a trois ans de cela dans un accident de voiture à l’âge de cinquante-sept ans. Elle laisse derrière elle un mari et deux garçons. Aujourd’hui, une galerie de New York veut lui rendre hommage en lui consacrant une exposition. À cette occasion, loin de la grande ville, le mari d’Isabelle et ses deux enfants se retrouvent dans la maison familiale et ces retrouvailles vont être « l’occasion » d’explorer les, dans une plus ou moins grande mesure, les fantômes du passé.

Le deuil, l’insoutenable et l’insupportable perte d’une mère disparue bien trop tôt. Comment vivre avec cette blessure, comment gérer cette mort brutale, quelles en sont les conséquences sur un mari, sur des enfants à des âges différents ? Voilà quelques-unes des lignes directrices de « Back Home« , le troisième film de Joachim Trier.

Dernier film de Joachim Trier qui me manquait à découvrir, « Back Home » est assurément un beau film, mais il est aussi un film imparfait, qui a ses hauts et ses zones de flou. Ainsi, par exemple, le film de Trier regorge d’originalité et d’intérêt pour aborder son sujet, mais il peut aussi à l’inverse tomber dans une sorte de démonstration qui est parfois peu concluante, et donne une impression de se compliquer la trame pour pas grand-chose finalement.

Dans son scénario, comme je le disais, « Back Home » est une réflexion sur le deuil. Le deuil d’un parent, d’une mère, d’une épouse et d’un amour. Joachim Trier traite cette perte brutale sous plusieurs angles, montrant à travers les portraits de ses personnages comment ils essaient tant bien que mal de passer cette épreuve et c’est dans ces portraits que tout n’est pas forcément très juste. On sera touché par le personnage de Jonah, brillamment interprété par Jesse Eisenberg, qui incarne un jeune père de famille, qui en revenant dans la maison famille se pose tout un tas de questions sur son nouveau rôle, mais aussi sur un secret qui peut avoir de lourdes conséquences.

On sera tout autant touché par le personnage de Gene Reed, père et mari, qui essaie d’harmoniser et d’apaiser l’un de ses fils, tout en se permettant de vivre à côté une nouvelle histoire. Ce père est incarné par un Gabriel Byrne radieux, qui trouve là assurément l’un de ses plus beaux rôles. On sera d’un autre côté moins convaincu par le portrait de l’autre fils, le plus jeune, Conrad, qui, brisé par la mort de sa mère, a un comportement des plus étranges, et au-delà de ça, tient un rôle qui se fait assez antipathique. Malgré de très beaux moments et de très belles histoires, notamment une double vision d’une filature qui donne deux reliefs différents, on a franchement du mal à être touché par ce personnage, qui s’avère trop lourd, manquant de subtilité dans son portrait. De plus avec lui, viennent quelques interrogations qui complexifient la trame pour pas grand-chose.

Quoi qu’il en soit, avec ses pours et ses contres, « Back Home » tient bien son intrigue, et le film nous emmène vers un final plutôt déroutant et touchant, qui démontre que les plus bousculés et bouleversés, ceux qui sont les plus meurtris, ne sont pas toujours ceux qui le laissent le plus paraître. Certes, c’est un peu simple et déjà vu, mais au final, c’est si bien fait qu’on se laisse totalement happer par le film de Joachim Trier.

Toujours dans cette écriture, « Back Home » propose avec son lot de sujets et de mystères, le portait d’Isabelle Reed, grande photographe de guerre, impliquée et forte, qui à force d’implication dans son métier, en oublie son rôle de mère. Le film l montre, comme une femme présente et absente à la fois, ce qui influe évidemment sur les membres de sa famille. Pour ce rôle, Joachim Trier a choisi Isabelle Huppert et l’actrice est parfaite, composant un personnage tout en reliefs, nuances et un soupçon d’énigme.

Du côté de sa mise en scène, c’est sûrement avec ce film que Joachim Trier trouve réellement son style. Le film a ce rythme et ces envolées qui font une partie du cinéma de Trier. Si parfois cet exercice peut résonner comme une démonstration de montage, si parfois, à force d’allers/retours entre présent et passé, Joachim Trier s’emmêle un peu les pattes, sur son ensemble, « Back Home » nous entraîne dans une palette d’émotions, qui résident aussi bien dans ce que les personnages vivent, dans le réalisme que Trier capture, dans la composition de ses images, ses scènes et ses séquences. Bref, « Back Home » est imparfait, mais il reste beau, intéressant, original et derrière ça, il est prenant.

Ce troisième pour Joachim Trier est donc un beau film, qui confirme et installe définitivement le réalisateur norvégien dans le paysage cinématographique international. Tout n’est pas toujours juste, il est vrai que certains traits peuvent apparaître comme lourds, mais au-delà de ses défauts, ce sont avant tout ses qualités que « Back Home » impose.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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