janvier 8, 2026

Le Maître du Kabuki – Un Chef-d’œuvre Passé Inaperçu

Titre Original : Kokuho

De : Sang-Il Lee

Avec Ryô Yoshizawa, Ryusei Yokohama, Soya Kurokawa, Keitatsu Koshiyama

Année : 2025

Pays : Japon

Genre : Drame

Résumé :

Nagasaki, 1964 – A la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte, de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons… L’un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l’art du kabuki.

Avis :

Sang-il Lee est un réalisateur japonais reconnu pour son cinéma exigeant, souvent sombre et profondément humain. Il s’intéresse aux trajectoires individuelles, aux héritages familiaux et aux traditions, qu’il filme avec une grande rigueur formelle et une sensibilité rare. Son cinéma interroge la transmission, le poids des codes et la place de l’individu dans une société très structurée.

J’adore le cinéma japonais. Je trouve qu’il a une délicatesse et une subtilité qui lui sont totalement singulières. Alors, dès que je peux, je ne résiste pas à découvrir ce que le pays du Soleil-Levant nous propose. « Le maître du Kabuki« , c’est une fresque de pratiquement trois heures qui évoque la vie d’un acteur, des années 60 jusqu’à 2025. Le pari est immense, l’ambition démesurée et le résultat est tout simplement bluffant. Sublime d’un bout à l’autre. Culturellement passionnant. Émouvant, pour ne pas dire bouleversant, ce « … maître du Kabuki » est un spectacle de tous les instants, qui se pose comme un très grand film, que je n’ai absolument pas vu passer.

«  »Le maître du Kabuki » parle de l’exigence, des sacrifices »

À Nagasaki, Kikuo, quatorze ans, voit son père, chef de gang yakuza, se faire tuer. Juste avant sa mort, le petit garçon avait fait la connaissance de Hanjiro, un célèbre acteur pratiquant l’art du kabuki. L’acteur a vu quelque chose chez Kikuo, une étincelle, un don. Il décide alors de le prendre sous son aile. Aux côtés de son propre fils, il va former le jeune garçon au kabuki, un art exigeant, total, qui demande des sacrifices immenses.

Pour beaucoup, le cinéma est avant tout du divertissement et du spectacle. On y va pour déconnecter, pour s’amuser. Si j’aime le divertissement comme tout le monde, le cinéma a toujours été pour moi une évasion et une ouverture sur le monde. C’est l’occasion de découvrir autre chose, d’être touché autrement. C’est aussi pour cela que j’aime autant les films venus d’ailleurs, petits ou grands. Et c’est précisément pour ça que j’aime le cinéma japonais : parce qu’il offre un regard singulier sur un pays, une culture, une façon de penser souvent à l’opposé de la nôtre. Et c’est pour tout cela, et bien plus encore, que « Le maître du Kabuki » m’a totalement absorbé et profondément ému.

La première chose qui m’a passionné avec ce film, c’est sa dimension culturelle. Sang-il Lee nous plonge dans un art que, personnellement, je connaissais très peu. Le kabuki, un art théâtral vieux de près de six cents ans, profondément codifié, historiquement masculin, où les rôles féminins sont interprétés par des hommes formés dès l’enfance. Le film raconte l’histoire d’un jeune homme doté d’un talent rare et d’une passion dévorante pour cet art, et qui va tout faire pour devenir le plus grand acteur de kabuki de son époque. À travers ce portrait, « Le maître du Kabuki » parle de l’exigence, des sacrifices, de la transmission, du poids des traditions et du travail acharné que cela demande. Mais plus largement encore, le film parle du Japon lui-même. À travers cet art, on découvre une société extrêmement codifiée, rigide, qui n’accepte pas n’importe qui, et surtout pas n’importe comment.

« une mise en scène qui tutoie le chef-d’œuvre »

En ce sens, le film est aussi profondément social, tant il interroge la place de l’individu face aux règles, aux héritages et aux attentes collectives. Puis, au fil des décennies qui passent, à travers les rôles, les envies, les chutes, les renaissances, les déceptions et les départs, c’est tout le Japon qui évolue en arrière-plan. Le temps passe, les mentalités changent, les traditions vacillent, mais l’art, lui, demeure. C’est à la fois mystérieux, sombre et passionnant.

D’autant plus que Sang-il Lee propose une mise en scène qui tutoie le chef-d’œuvre. Décors, lumières, costumes, ambiances, spectacles sur scène, et surtout ce jeu d’acteurs absolument bouleversant. Tout est raffiné, poétique, d’une beauté saisissante. En réalité, ce film est un voyage au cœur d’une vie entièrement dédiée à une passion. Et pour nous, spectateurs occidentaux, c’est un parcours initiatique qui bouscule, submerge et fascine. Comme je le disais plus haut, le film approche les trois heures, et pourtant, je n’ai rien vu passer. Le temps semble suspendu, comme si la vie de cet homme devenait, l’espace d’un instant, un voyage culturel à lui tout seul.

« Le maître du Kabuki » s’impose donc comme un moment de cinéma exceptionnel. Un voyage de plus de soixante ans dans la vie d’un homme qui se consacre corps et âme à un art ancestral. Parfaitement maîtrisé du début à la fin, le film de Sang-il Lee est magnifique, subtil, passionnant et profondément bouleversant. Au fil des scènes, il s’impose comme un chef-d’œuvre qui n’est pas près de nous quitter. Bref, je peux le dire sans hésiter : je me suis pris une sacrée claque.

Note : 20/20

Par Cinéted

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