
Avis :
S’il y a bien quelque chose qui se démocratise de plus en plus dans le domaine du Black métal, c’est ce que l’on appelle les One Man Band, à savoir des types tout seul qui gèrent tous les instruments. Et quand on dit que ça se démocratise, c’est parce que rien que sur la première semaine de Janvier, trois one man band de Black métal sortent leur album. L’américain Dawnbreaker, l’écossais Fuath et l’autrichien Ellende dont on se préoccupe entre ces lignes. Fondé en 2011 par Lukas Gosch, Ellende va arborer l’image du Post-Black comme exutoire, et peaufiner au fil des albums un style particulier, à la fois violent et mélancolique, prenant tous les atours des groupes scandinaves. Touche-à-tout talentueux, Lukas Gosch va rapidement devenir une figure montante du Post-Black, jusqu’à fournir aujourd’hui sa sixième galette, Zerfall, chez AOP Records.
On le sait, rentrer dans le monde du Post-Black, c’est poser un pied dans la dépression et la nostalgie. Et Zerfall ne va pas faire exception à la règle, nous dominant de ses neuf pistes et de ses cinquante minutes d’écoute. L’artiste va nous plonger dans un univers assez sombre, mais à travers duquel scintille une légère lumière, celle qui nous fait espérer le temps fugace d’un espoir. Et tout commence avec Nur, une introduction à la guitare qui est parfaitement menée. Point de double-pédale ou de sonorités lourdes, juste une gratte qui vient pleurer quelques notes, histoire de nous faire ressentir une certaine tristesse, une amertume baignée de regrets. La fin du titre se colle alors au début du suivant, Wahrheit Teil I, qui débutera comme un vrai titre de Black, à la voix saturée et aux riffs rapides et incisifs.
Mais rapidement, le chanteur nous plonge dans une mélancolie sourde et sublime. L’ensemble est souligné par une ligne de basse suave, puis les arpèges de guitares viennent saupoudrer le tout d’un élan 80’s inattendu. Bref, c’est du très grand art, alliant même quelques éléments d’accordéon qui ne sauront pas du tout saugrenus. Wahrheit Teil II continuera cet incroyable travail, jouant toujours sur les nuances et les textures pour mieux nous toucher ou nous brutaliser. Le fait de ne jamais savoir sur quel pied danser n’est en rien gênant, car les ruptures sont toujours faites avec talent. Le morceau Zerfall sera un autre voyage absolument ébouriffant. Long de plus de sept minutes, le morceau passe par plusieurs nappes mélodiques, et ne cesse jamais de surprendre de par des choix musicaux convaincants et judicieux. Puis Übertritt fera écho à certains titres de Post-Black mélancolique que l’on connait, avec un joli riff.

Lukas Gosch continue de jouer avec nos émotions et fournit un titre incroyable, insaisissable et pourtant d’une beauté transcendante. Un petit bijou dont on ne se lasse jamais. Ode ans Licht pourrait presque faire figure d’interlude dans cet album, notamment par sa durée, un peu plus de quatre minutes, mais il s’agit bien d’un titre complet, assez simple dans sa structure, mais qui utilise à merveille son petit riff de guitare pour offrir quelque chose de planant, avec tout ce côté Post-Black que l’on apprécie tout particulièrement. Cela laisse alors beaucoup de place à Zeitenwende Teil I et son piano en guise d’ouverture. Encore une fois, l’introduction est tout simplement merveilleuse, arrivant à trouver le juste équilibre entre douceur, mélancolie et une tension qui est palpable. Le début est vraiment très beau, puis au bout de trois minutes, le rythme décolle, et on part dans du vrai Black.
Cependant, tout en épousant pleinement le Black, avec des riffs plus agressifs et une vitesse qui monte crescendo, on a tout de même des moments plus éthérés, plus doux, qui viennent nous caresser les tympans. Et cela se confirme avec Zeitenwende Teil II qui se veut plus brutal, notamment au niveau de la batterie, qui blaste à tout-va, mais qui détient toujours cette petite étincelle d’espoir qui brille en fond sonore. Puis avec Reise, Ellende offre une conclusion merveilleuse à son ensemble. Si on peut y trouver quelques passages un peu plus redondants, voire un peu mollassons, la construction est superbe, et tout comme les sentiments qui se bousculent en nous lors de l’écoute. De plus, c’est clairement le genre de morceau qui se dévoile au fur et à mesure des écoutes, gagnant en profondeur et en richesse.
Au final, Zerfall, le dernier album d’Ellende, est une réussite sur tous les plans. On est à peine début janvier, et on a déjà à faire à un album complet, beau, froid et compact, qui ne délaisse jamais les émotions, pour mieux nous toucher et nous percuter. Une dichotomie parfaitement travaillée et taillée sur mesure, pour un Post-Black de qualité supérieure, qui ne peut qu’avoir notre respect et notre gratitude. Lukas Gosch accouche d’un album merveilleux, qui risque fort de faire parler de lui au cours de l’année.
- Nur
- Wahrheit Teil I
- Wahrheit Teil II
- Zerfall
- Übertritt
- Ode ans Licht
- Zeitenwende Teil I
- Zeitenwende Teil II
- Reise
Note : 19/20
Par AqME
