novembre 30, 2021

Demain et le Jour d’Après – Tom Sweterlitsch – Vers la Fuite des Réalités

Auteur : Tom Sweterlitsch

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

John Dominic Blaxton, éditeur de poésie prometteur, a perdu sa femme enceinte dans l’attentat nucléaire qui a rasé la ville de Pittsburgh. Reconverti en enquêteur pour les assurances, il parcourt inlassablement l’Archive, cette recréation virtuelle de la cité via tous les documents, enregistrements publics et privés qui n’ont pas été corrompus par l’explosion. Un jour, il découvre le corps d’une disparue, Hannah Massey, à moitié enfoui dans la boue d’un parc public. Dans l’Archive, l’enregistrement de ce cadavre prouve que la jeune femme a été assassinée. Dans la réalité, il n’existe plus aucune preuve matérielle de ce crime. Pour trouver la force de continuer à vivre, John se lance dans une enquête dangereuse. Car rien ne dit que l’assassin de la jeune femme a péri dans l’attentat.

Avis :

Les sorties littéraires étrangères peuvent être hasardeuses en France. Il n’est pas rare que certains auteurs voient leur bibliographie chamboulée par des aléas éditoriaux. On songe, entre autres, à l’œuvre de James Rollins ou encore celle de José Rodrigues dos Santos. Ce n’est donc pas étonnant que le second livre de Tom Sweterlitsch, Terminus, ait paru avant son premier roman : Demain et le jour d’après. Entre science-fiction et thriller, il en résultait une incursion probante, aussi singulière qu’entraînante par son récit et son ambiance délétère. Fort de ce succès, Albin Michel Imaginaire poursuit la découverte d’un auteur qui n’hésite pas à prendre des risques, même s’ils ne sont pas toujours payants…

De prime abord, Demain et le jour d’après semble officier dans le même registre que son prédécesseur. On retrouve ce mélange original entre une SF désenchantée et un polar à la violence exacerbée. En l’occurrence, les processus d’investigation ont évolué si bien que l’exploration de l’Archive et les simulations informatiques plus vraies que nature rappellent aussi bien Matrix que Minority Report. Le principe permet alors de jouer sur le niveau de perceptibilité entre les contours capricieux d’une réalité incertaine et de sa projection numérique où le ressenti est décuplé. L’idée est de présenter une amélioration potentielle du concept de réalité augmentée.

On retrouve une critique acerbe et non moins pertinente sur les dérives de la technologie, en particulier ses usages pour les réseaux sociaux et les médias. Cela tient autant à l’addiction des utilisateurs qu’à la fuite d’un monde en déliquescence. Bien que l’on ne sombre pas dans une véritable dystopie, les codes du genre se font l’écho d’une société esclave de ses désirs, abrutie par la désinformation et le sensationnalisme. On notera également une hypersexualisation des mœurs qui s’invite fréquemment au fil des séquences. L’idée est intéressante à développer, mais elle tend à supplanter le récit à travers des occurrences plus ou moins dispensables.

Et c’est en cela que le présent ouvrage se montre laborieux : une digression récurrente qui atténue le sentiment d’immersion. Sous couvert de relents nostalgiques qui décrivent l’incapacité du protagoniste à faire le deuil de son épouse, l’intrigue s’empêtre dans des interludes longs qui desservent le rythme et l’ambiance générale. Les incursions sont telles que, par moment, l’auteur se lance dans une diatribe abstraite et métaphorique. Il en oublie la continuité de son histoire, voire des éléments essentiels au terme de certains retournements. Si la suite gagne en dynamisme, il y a toujours cette propension à s’immerger dans le passé, rendant l’expérience beaucoup trop passive.

De fait, le lecteur se retrouve en retrait. Le style parfois laborieux (phrases longues, qualité des transitions aléatoire…) et la densité du texte renforcent cette impression. Contrairement à Terminus, il ne s’agit pas d’une complexité sous-jacente aux évènements dépeints ou d’une mise en abîme. Ici, le procédé peine à convaincre, car il dissimule avec davantage de maladresse une progression moins alambiquée qu’escomptée. De même, on peut se frustrer d’un tel dénouement où les considérations simplistes aboutissent à des conséquences sommaires, sinon basiques. De là à penser à quelques erreurs dues à l’inexpérience de l’auteur, il n’y a qu’un pas.

Au final, Demain et le jour d’après s’avère un roman de science-fiction moins marquant que Terminus. L’amalgame des genres a beau être présent, il perd en originalité ce qu’il gagne en violence dans la présentation des crimes. On apprécie le discours en filigrane de l’intrigue sur l’exploitation des nouvelles technologies, la fuite de la réalité et la sexualisation de la société. Le contexte post-apocalyptique due à un attentat nucléaire est également bien amené. Pour autant, on regrette une écriture inconstante ; à l’image de séquences pas toujours bien intégrées au sein de l’histoire. Il en ressort une incursion en demi-teinte, privilégiant l’errance existentielle du protagoniste à un développement plus rigoureux et moins confus de la trame principale.

Note : 13/20

Par Dante

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