novembre 30, 2021

La Reine du Crime – Les Meurtres de Minuit – Sans Emile ni Image

Titre Original : Agatha and the Midnight Murders

De : Joe Stephenson

Avec Helen Baxendale, Blake Harrison, Jacqueline Boatswain, Gina Bramhill

Année : 2021

Pays : Angleterre

Genre : Policier

Résumé :

Agatha Christie, acculée par des dettes, se rend dans le bar d’un hôtel pour y rencontrer un homme d’affaires chinois prêt à lui offrir £20 000 en échange d’un manuscrit inédit mettant en scène le célèbre détective belge Hercule Poirot. Mais Londres est sous l’assaut des bombes allemandes, et la romancière se retrouve vite coincée dans l’abri anti-aérien de l’hôtel avec les autres clients. Or, le manuscrit est volé dans son sac à main, et les morts s’accumulent au fur et à mesure que la nuit avance…

Avis :

Depuis L’Affaire Florence Nightingale, la série de téléfilms La Reine du crime se propose d’entreprendre une relecture libre et fantasmée de la biographie d’Agatha Christie. La première incursion se révélait sympathique, tandis que sa suite, La Malédiction d’Ishtar, se montrait poussive et décevante. La faute à une intrigue sommaire qui se complaisait dans des ficelles policières aussi grossières qu’éculées. Cela sans compter un cadre moyen-oriental sous-exploité. Avec Les Meurtres de minuit, on change radicalement de registre pour se plonger en pleine Seconde Guerre mondiale où les prémices du Blitz se font furieusement sentir dans les artères londoniennes.

Le contexte n’est pas pour déplaire, tout comme l’apparente évolution de l’auteure à un tournant de sa carrière. Pourtant, le prétexte pour introduire le personnage d’Agatha Christie s’avère peu convaincant. Celle-ci est en effet contrainte de monnayer ses talents pour quelques motivations pécuniaires. D’emblée, le rapport d’une vente sous le manteau à un représentant chinois joue d’incongruité sur une situation dont la teneur rocambolesque interpelle. En dépit du premier degré avec lequel la problématique est amenée, le propos prête à sourire, car il s’avance comme une cause désespérée, presque fallacieuse, de poursuivre le concept de La Reine du crime.

Dans de telles conditions, le scénario aurait très bien pu s’affranchir de la célèbre écrivaine pour un protagoniste purement fictif. Soit dit en passant, la présente production n’a pas reçu l’aval des descendants et des ayants droit d’Agatha Christie. Ce qui laisse augurer d’une approche négligée, sinon surfaite dans le portrait dépeint. Si La Malédiction d’Ishtar avançait une personnalité effacée, Les Meurtres de minuit la cantonne à une scribouillarde sans âme, aspirante détective et, au passage, amatrice de combines et autres trafics en tout genre. On peut prendre des libertés avec la réalité, voire ajouter une touche romancée aux évènements historiques. Ici, on extrapole sans le moindre scrupule sur la cohérence des faits ou de la caractérisation.

Quant à l’intrigue policière, elle tarde à venir. Le déroulement évoque surtout un huis clos souterrain où une poignée d’individus demeure contrainte de cohabiter en attendant la fin du bombardement. En se résumant à la cave et à la salle de restauration déserte d’un hôtel, l’économie de moyens s’avère flagrante. Le minimalisme ambiant s’étend à une progression statique et redondante dans l’occupation des lieux. De même, on constate des confrontations récurrentes où certains intervenants semblent se connaître. À aucun moment, on ne s’attarde sur quelques explications pour justifier leurs inimitiés ou leurs réelles motivations.

Entre deux dialogues stériles, les meurtres sont expédiés à la va-vite et n’évoquent guère une menace latente ou une suspicion toute paranoïaque. Les fausses pistes ne flouent personne, tandis que les indices sont mal intégrés quand ils ne sont pas purement absents. Il est aisé de deviner la teneur des faits, même si cela reste peu crédible. Le mobile demeure basique et sans relief. On notera également de nombreuses incohérences ou approximations qui laissent entendre, une méconnaissance des tenants et un manque manifeste de maîtrise des aboutissants. Le scénario se paie le luxe d’un ultime retournement de situation, aussi ridicule que dispensable.

Au final, Les Meurtres de minuit constitue une piètre incursion dans l’univers d’Agatha Christie ; qu’il soit fictif ou réel. Le propos de départ ne convainc guère, tandis que la suite se fourvoie dans un déroulement prévisible, sous couvert d’une succession de clichés et de répliques sans intérêt. Ce n’est pas tant l’ennui qui s’avère pénible, mais cette propension à mettre en avant une complexité de façade qui dissimule bien maladroitement la facilité de l’entreprise. On regrette également un panel de portraits mal dégrossis dont le background demeure tout aussi évasif que bancal. Avec son cadre et son contexte guère exploité à bon escient, il en ressort un téléfilm policier paresseux, soporifique et sans entrain.

Note : 08/20

Par Dante

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