janvier 16, 2022

L’Enfer

De : Claude Chabrol

Avec Emmanuelle Béart, François Cluzet, Marc Lavoine, André Wilms

Année : 1994

Pays : France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Paul dirige avec compétence le prospère Hôtel du Lac qu’il vient de racheter. Son épouse, Nelly, est ravissante, et son fils, un charmant bambin. Les clients affluent. Pourtant, Paul dort mal. Quelque chose l’oppresse. Il se met à regarder Nelly différemment. Insouciante et gaie, ne passe-t-elle pas trop de temps à faire des courses avec son amie Marylin ? Quelle est exactement la nature de ses liens avec Martineau, un client régulier de l’hôtel, propriétaire d’un gros garage de la ville voisine ? Peu à peu, Paul perd pied. Il se met à surveiller les faits et gestes de Nelly, qu’il surprend un jour, sur une île, avec Martineau. Chabrol reprend trente ans plus tard un scénario que Clouzot ne put tourner. En entomologiste, il observe la montée de la folie chez un homme ordinaire.

Avis :

Après avoir bien débuté ses années 90 avec son culte « Madame Bovary« , oscillant entre drame et documentaire. Après « Betty« , Chabrol décide d’adapter un projet vieux d’une trentaine d’années. Un projet qui fut le rêve d’un immense cinéaste, Henri-George Clouzot et par la même de nombreux cinéphiles. Ce projet, c’est « L’enfer« . En 1964, Clouzot se lance dans le tournage d’un drame sur un mari jaloux, or beaucoup de problèmes vont se mettre sur la route du réalisateur. Tout d’abord, cette envie de Clouzot coûte extrêmement cher pour l’époque, puis par la suite, l’un de ses acteurs principaux, Serge Reggiani, tombe malade. Officiellement, l’acteur souffre d’une pneumonie, mais en fait, il est en dépression depuis plusieurs années. Il sera remplacé par Jean-Louis Trintignant. Puis, ce sera au tour de Clouzot d’être rattrapé par sa santé, le réalisateur faisant un infarctus, dont il mettra du temps pour se remettre. Avec tous ces problèmes qui tombent en cascade, le réalisateur a donc abandonné son « … enfer » et son film est resté à l’état de scénario.

Un scénario qui est resté dans les tiroirs, jusqu’à ce que Claude Chabrol s’en empare. Sombre plongée dans le monde de la jalousie, avec « L’enfer« , Claude Chabrol signe là un film qui se noie entre amour, destruction, obsession, paranoïa, vérité et mensonge. Parfaitement tenu par deux acteurs principaux bluffants, notamment François Cluzet qui est aussi terrifiant que pathétique, « L’enfer » de Chabrol est un film très intéressant, très intense et en même temps très frustrant, car il se conclut sur une note très étonnante, dont on pourra en tirer ce que l’on veut.

Paul, la trentaine, tient un bel hôtel dans le sud de la France. Amoureux fou, il a épousé Nelly avec qui il a eu un fils. Cela fait une dizaine d’années que le couple file le parfait amour, mais quelque chose est sur le point de changer. Les années ayant passé, lorsque Paul regarde sa femme, il sent bien que quelque chose n’est plus là. Paul se laisse alors gagner par un doute, sa femme étant d’une beauté renversante, attirant tous les regards, il ne serait pas incongru de penser qu’elle le trompe. D’ailleurs, petit à petit, Paul en est sûr, il le sait, Nelly le trompe. Il ne reste plus qu’à la mettre face à la vérité…

La jalousie est un très vilain défaut et ce n’est pas cet « … enfer » qui va nous dire le contraire. Drame sombre qui ne va faire que s’enfoncer dans les méandres de l’horreur, « L’enfer« , c’est celui de ce couple parfait au demeurant. Un couple jeune, beau, heureux, qui a tout pour lui, et ce bonheur éclatant va voler en éclats à cause d’un sentiment qui, comme un cancer, va grignoter petit à petit l’éclat, l’amour et la vie.

Doté d’un scénario passionnant, alors même qu’on peut dire qu’il a un goût de déjà-vu aujourd’hui, le film de Claude Chabrol nous embarque totalement au plus près de ce sentiment qu’est la jalousie maladive. Fait au départ de petits riens, comme un regard plein de doute, une petite question ici et là, Claude Chabrol va mettre en place une spirale infernale qui a tout de la folie. Ainsi, le metteur en scène enfonce ses personnages. Il fait ressurgir des démons, des voix intérieures, et plus cet enfer s’épaissit, plus le personnage de Paul devient obsédé, plus celui de Nelly disparaît, perdu, ne sachant plus quoi faire ou dire pour rassurer un mari, qui de toute manière, l’a jugée coupable, sans aucun appel possible.

Ce qui est très intéressant avec ce film, c’est l’idée que cet « … enfer« , c’est un enfer pour ses deux personnages. D’un côté, Claude Chabrol nous raconte les persécutions de Nelly, qui va être la victime des crises incontrôlées de son mari, et de l’autre, il nous raconte aussi la paranoïa de son mari, qui dans un sens, peut être victime de lui-même, sa jalousie s’aventurant grandement sur les sentiers de la folie. D’ailleurs, le final, même s’il sera très frustrant, est assez fou dans sa folie. Il est même très intense, Claude Chabrol ayant laissé monter sa tension tout au long de son film pour arriver à ce point de rupture assez dingue.

Après, comme je le disais, « L’enfer » a un point de frustration, car le film n’a pas de fin, Claude Chabrol coupant son métrage et son histoire d’un coup sec, ce qui nous laisse choqué d’un côté, et agacé de l’autre, car tout est possible et l’on peut en penser, ou plutôt en imaginer, ce que l’on veut par la suite. Si d’ordinaire, ce genre de coupure est plaisante, notamment pour l’imaginaire, ici, je dois dire que ça m’a plus agacé qu’autre chose. Quoi qu’il en soit, ça reste un parti pris assez osé et ne serait-ce que pour cela, malgré la frustration et les agacements, sur l’ensemble, cet « … enfer » s’apprécie et je ne regrette pas m’y être arrêté.

Puis je ne regrette pas m’y être arrêté, car en plus d’une très bonne intrigue, « L’enfer« , c’est aussi une direction d’acteurs impeccable, pour ne pas dire incroyable. S’il est vrai qu’on peut regretter de ne pas trouver des seconds rôles plus développés que cela, le film reste rudement tenu par d’un côté un François Cluzet terrifiant en mari totalement dépassé par lui-même, et de l’autre, une Emmanuelle Béart incroyablement belle, pleine de vie, qui petit à petit dépérit et se fait de plus en plus touchante, et même bouleversante.

Cet « … enfer » de Claude Chabrol est donc un bon drame, qui décrit parfaitement la jalousie maladive. Abîmant grandement son couple, les laissant sombrer dans les méandres des abysses, Claude Chabrol ne leur aura rien épargné. Tenu d’une main de maître par une mise en scène dure, qui décrit très bien la folie. Tenu par une ambiance qui ne fait que croître dans sa tension, et enfin, tenu par deux acteurs parfaits, malgré la frustration finale, qui laisse un petit goût amer en bouche, cet « … enfer » est un bon, voire un très bon, cru Chabrolien, et je ne regrette en aucun cas de m’y être arrêté, d’autant plus que j’ai eu la chance de le découvrir sur grand écran dans une version restaurée parfaite.

Note : 13,5/20

Par Cinéted

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