novembre 30, 2021

Blue Bayou – Romance à la Nouvelle-Orléans

De : Justin Chon

Avec Justin Chon, Alicia Vikander, Mark O’Brien, Linh-Dan Pham

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Antonio LeBlanc, d’origine américano-coréenne, a été adopté et a passé sa vie dans un petit village du Bayou de Louisiane. Aujourd’hui marié à la femme de sa vie, Katy, ils élèvent ensemble Jessie, la fille de cette dernière, issue d’un premier lit. Alors qu’il travaille dur pour offrir ce qu’il y a de meilleur à sa famille, il va devoir affronter les fantômes de son passé en apprenant qu’il risque d’être expulsé du seul pays qu’il ait jamais considéré comme le sien.

Avis :

Comédien et réalisateur américain d’origine coréenne, Justin Chon a commencé sa carrière de comédien au milieu des années 2000. Jouant de petits rôles, il se fait bien plus remarquer lorsqu’il décroche le rôle d’Eric Yorkie dans la saga « Twilight« . Avec cette visibilité, Justin Chon va en profiter pour passer derrière la caméra. Il continue sa carrière de comédien et bien souvent, il s’illustre dans des comédies, mais quand il passe derrière la caméra, le cinéaste livre une autre facette, celle d’un homme plus sérieux, qui s’aventure dans des sujets de société compliqués.

Pour son quatrième film, Justin Chon a décidé de parler d’intégration et d’immigration dans la société américaine. Des films qui se posent sur des gens qui se seraient aventurés de manière illégale aux Etats-Unis, ou encore des films qui aborderaient des expulsions, on en a déjà vu un nombre incalculable de fois, au point qu’on pourrait croire qu’on connaît le genre par cœur, avec « Blue Bayou« , Justin Chon s’intéresse à un sujet très méconnu, les expulsions de personnes qui ont été adoptées enfant. Beau, sublime même, très touchant, très intéressant, loin des clichés et de tout pathos, « Blue Bayou » est un premier coup de cœur au sein de la compétition à Deauville.

Antonio Le Blanc, trente-trois ans, est américain, mais il n’est pas né aux Etats-Unis. Antonio est né en Corée et il fut adopté par une famille américaine. Marié et futur père, sa vie qui n’était déjà pas facile à cause de son passé, va alors basculer du jour au lendemain, lors d’une altercation avec un policier. Si Antonio a été adopté en toute légalité, il n’est pas considéré comme américain et il se retrouve alors dans la possibilité d’être expulsé. S’engage alors une procédure judiciaire complexe, dont le verdict sera quitte ou double. S’il gagne, il pourra rester, s’il perd, jamais, plus jamais, il ne pourra revenir sur le sol américain.

L’immigration, l’intégration, le sentiment de déracinement, le recherche de soi, la justice, l’avenir qui s’oppose au fantôme du passé, la famille, l’appartenance à une culture, un lieu, un pays, l’injustice, ou du moins un vide juridique, voilà quelques-uns des sujets que Justin Chon aborde dans son nouveau film.

Drame aussi sensible qu’il est beau, « Blue Bayou » est une petite merveille qui m’a tenu en émotion et en intérêt de sa première scène à sa dernière, et plus encore, puisque les cartons au niveau du générique parleront d’eux-mêmes.

Écrit par Justin Chon, « Blue Bayou » bénéficie d’un scénario très étonnant, car avec autant de sujets en son sein, le réalisateur arrive à parfaitement tenir sa barque. Alors certes, on pourra toujours lui reprocher quelques ficelles d’écriture assez faciles, et d’autres éléments de scénario qui sont prévisibles, mais sur l’ensemble, ce que nous raconte Justin Chon est aussi beau que prenant. Chon offre de beaux personnages et à travers leurs malheurs, il dénonce un vide juridique invraisemblable et révoltant. Un vide juridique qui peut détruire des familles, détruire des vies et par le simple fait de mettre cette erreur inimaginable en lumière, le film de Justin Chon s’impose comme essentiel. Un essentiel d’autant plus que son metteur en scène, comme je le disais plus haut, sait parfaitement comment raconter cette histoire.

Une histoire qui est aussi sublimement mise en scène par son réalisateur qui nous entraîne dans un film aussi sombre que lumineux. Un film qui mélange les ambiances, qui peut osciller entre les genres, piochant dans ce qu’il a besoin, ici et là, « Blue Bayou » est aussi bien un drame qu’un film qui a des allures de films de gangs, ou encore un film qui dégage une très belle poésie. Justin Chon, qui place sa caméra en Nouvelle-Orléans, capture une très belle ambiance. Mention spéciale pour la BO singée Roger Suen. C’est un pur délice pour les oreilles, et ces notes de classique et de jazz habillent parfaitement les scènes et les émotions du film.

Justin Chon, comme je le disais plus haut, est aussi comédien, et pour ce film, il se donne le premier rôle et dans la peau d’Antonio LeBlanc, il est tout simplement magnifique. Beau, fort et fragile, loin des clichés du genre, il y a beaucoup de délicatesse et d’émotion qui se dégagent de ce personnage et de son acteur. Chon est accompagné et soutenu par une Alicia Vikander parfaite, une Sydney Kowalske très émouvante et dans un second plan, tout un tas de personnages et d’acteurs intéressants et beaux, ainsi, on citera Linh-Dan Pham, Mark O’Brien ou encore Emory Cohen et Vondie Curtis-Hall.

Présenté en compétition à Deauville, très riche dans ce qu’il raconte, œuvre sociale et politique, sombre et lumineux à la fois, tenu par des acteurs superbes, Justin Chon en tête, et merveilleusement bercé par les couleurs de la Nouvelle-Orléans, le festival de Deauville vient à peine de commencer, qu’on tient déjà là, à coup sûr, l’un de ses plus beaux films.

Note : 16/20

Par Cinéted

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