novembre 30, 2021

Une Histoire d’Amour et de Désir – De la Fragilité des Sentiments

De : Leyla Bouzid

Avec Sami Outalbali, Zbeida Belhajamor, Diong-Keba Tacu, Aurélia Petit

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Ahmed, 18 ans, est français d’origine algérienne. Il a grandi en banlieue parisienne. Sur les bancs de la fac, il rencontre Farah, une jeune Tunisienne pleine d’énergie fraîchement débarquée de Tunis. Tout en découvrant un corpus de littérature arabe sensuelle et érotique dont il ne soupçonnait pas l’existence, Ahmed tombe très amoureux de cette fille, et bien que littéralement submergé par le désir, il va tenter d’y résister.  

Avis :

Jeune réalisatrice tunisienne de trente-sept ans, Leyla Bouzid a grandi en Tunisie avant de s’installer à Paris aux alentours du milieu des années 2000. Après des études à la Sorbonne, elle s’oriente vers la réalisation et pour cela, elle fait l’école de la Fémis. Son court-métrage « Soubresauts » sera son film de fin d’étude et sera très largement bien accueilli dans les différents festivals dans lesquels il est présenté. Après un court-métrage produit, c’est en 2015 que la cinéaste réalise son premier long, « À peine, j’ouvre les yeux« .

Après avoir pris le temps d’écrire un scénario pour Walid Mattar, « Vent du Nord« , Leyla Bouzid passe le cap du second film. Scénariste de son film, la réalisatrice s’aventure encore une fois à peindre la jeunesse d’aujourd’hui. Entre plusieurs sentiments et sensations partagés, « Une histoire d’amour et de désir » se pose comme un bien joli film, qui aborde des thèmes aussi beaux qu’ils sont osés en un sens. Plein de cultures, plein de pudeur, plein d’amour et de désir, Leyla Bouzid nous livre en plus de ça, de très beaux personnages, très joliment interprétés par deux acteurs bourrés de talent.

Ahmed a dix-huit ans et intègre la Sorbonne pour y étudier la littérature et plus précisément la littérature arabe. Ahmed est un garçon timide, renfermé sur lui-même et partagé entre deux cultures. Sur les bancs de la fac, Ahmed va faire la connaissance de Farah, une jeune femme pleine de vie qui vient de quitter Tunis pour s’installer à Paris. Entre les deux jeunes gens, le courant passe plutôt bien et très vite, des sentiments et un désir se font sentir. Mais alors que tout deux ont envie de pousser plus loin cette relation, Ahmed, submergé par son désir, tente à tout prix d’y résister…

Beau, pudique, émotionnel, singulier, profond, « Une histoire d’amour et de désir » est un film qui a su me charmer pour tout ce qu’il dégage et tout ce qu’il aborde. Tenant un scénario intelligent, le film de Leyla Bouzid s’aventure à peindre le portrait d’un jeune homme particulièrement intéressant. Un jeune homme perdu au carrefour de ces cultures. Un jeune homme qui cherche sa place au sein de sa propre vie, partagé entre ses études à Paris, dans une école prestigieuse et sa vie en banlieue qui lui pose des barrières, barrières qu’il se pose lui-même. Tombant sous le charme d’une jeune femme, Ahmed va alors se retrouver complétement noyé par tous ces sentiments qui l’assaillent.

La beauté du scénario de Leyla Bouzid vient de la simplicité et du réalisme avec lequel elle traite les sentiments de son personnage. Ici, beaucoup de sentiments et d’émotions vont être mis en opposition. Amour et désir, comme son titre l’indique, mais aussi ouverture d’esprit, découverte, et restriction et jugement. La réalisatrice aborde les préjugés venus des autres, mais aussi venus de soi-même. Bien entendu, le film aborde aussi la double culture et ce sentiment de ne pas savoir quoi faire avec, se posant comme une chance d’un côté (savoir, enrichissement personnel, découverte, notamment ici, de la littérature érotique arabe) et de l’autre un désavantage, avec son lot de préjugés et de barrières, voire de clichés.

Puis derrière ça, « Une histoire d’amour et de désir« , c’est un éveil, qui au travers de ces réflexions a tout du parcours initiatique. La réalisatrice, avec beaucoup de délicatesse, abordera l’éveil de l’amour, la découverte de la sexualité, des fantasmes et du désir. Bref, ce scénario est riche, beau, intéressant et au-delà de ça, il trouve de très beaux personnages, aussi attendrissants qu’on se plaît à les suivre.

Joli, c’est le premier mot qui me vient en tête pour parler du film de Leyla Bouzid et si je viens de l’exposer au sein de son écriture, ce mot peut aussi très joliment envelopper la réalisation de Leyla Bouzid qui nous entraîne dans un film plein de délicatesse et de tendresse. Léger, solaire, empreint de poésie et de sentiments tout en retenu, la metteuse en scène construit un très joli parcours initiatique, au travers de beaucoup de scènes qui sont touchantes. Toujours dans cette envie de parler des cultures, on appréciera la richesse folle que Leyla Bouzid parsème dans son film. De petits détails en petits détails, d’écriture en lecture, d’imaginaire en musique avec une BO géniale pleine d’horizons musicales qu’on se plaît à découvrir, Leyla Bouzid réussit tout ce qu’elle entreprend, et même s’il est vrai aussi qu’il manque un petit quelque chose à son film pour pleinement nous combler, on passe quand même un très joli moment de cinéma, aussi plaisant à regarder qu’à suivre et vivre, émotionnellement parlant.

Des émotions qui sont aussi véhiculées grâce à ces deux acteurs principaux qui crèvent l’écran. Deux acteurs qui tiennent des personnages opposés, qui finissent par se compléter. Après, si le film nous offre la découverte de Zbeida Belhajamor qui incarne très justement le personnage de Farah, il est vrai que « Une histoire d’amour et de désir« , c’est avant tout Sami Outalbali qui tient là un personnage magnifique, fort et fragile à la fois. Un personnage tout en complexité, et en opposition et c’est ce que le rend aussi beau qu’émouvant.

« Une histoire d’amour et de désir » est donc un bien joli film que nous offre la réalisatrice Leyla Bouzid. Plein de délicatesse, de culture, d’amour et de désir, entre poésie à plus d’un sens, pudeur des sentiments et voyage initiatique à la découverte de soi, Leyla Bouzid livre un joli portrait de personnage, et même s’il manque une petite étincelle à son film pour être incroyable, cette « … histoire d’amour et de désir » se pose bel et bien comme un des beaux films de cette année 2021.

Note : 15/20

Par Cinéted

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