janvier 28, 2022

Matrix Resurrections – Méta Fort

De : Lana Wachowski

Avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Yahya Abdul-Mateen II, Jessica Henwick

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

MATRIX RESURRECTIONS nous replonge dans deux réalités parallèles – celle de notre quotidien et celle du monde qui s’y dissimule. Pour savoir avec certitude si sa réalité propre est une construction physique ou mentale, et pour véritablement se connaître lui-même, M. Anderson devra de nouveau suivre le lapin blanc. Et si Thomas… Neo… a bien appris quelque chose, c’est qu’une telle décision, quoique illusoire, est la seule manière de s’extraire de la Matrice – ou d’y entrer… Bien entendu, Neo sait déjà ce qui lui reste à faire. Ce qu’il ignore en revanche, c’est que la Matrice est plus puissante, plus sécurisée et plus redoutable que jamais. Comme un air de déjà vu…

Avis :

C’est en 1999 que sort sur nos écrans Matrix. Le film va être une révolution, de ceux qui marquent durablement et qui deviennent immédiatement culte. Il faut dire que les sœurs Wachowski y ont mis tout leur talent et ont inventé un film novateur, loin de tout reboot, remake et autres suites. Le film est un immense carton au box-office, et deux suites vont voir le jour, Reloaded et Revolutions, qui seront aussi d’immenses succès et apporteront une vraie conclusion. Vingt ans plus tard, Alors que les deux sœurs ont perdu leurs parents, Lana a rêvé de ressusciter ses héros pour faire son deuil. Va alors naître Resurrections, un quatrième volet qui va se faire surprenant et qui va cliver les avis. Sorte de film méta qui a conscience de ce qu’il est, Matrix Resurrections est un film imparfait, mais qui trouve une grâce fragile dans son concept même.

Où est passée la maîtrise technique ?

La première chose qui frappe avec ce quatrième film, ce n’est pas tant son scénario nébuleux, mais plutôt son aspect technique. Car là où les premiers Matrix ont su frapper fort, c’est dans la maîtrise absolue des scènes de combat et dans des chorégraphies qui restent aujourd’hui encore des références en la matière. Ici, dès le départ, on est dans quelque chose de très saccadé, avec un montage épileptique qui coupe toutes les secondes. C’est très étrange de ressentir cela avec un Matrix, mais force est de constater que sur toute la durée du métrage, on aura droit à des séquences d’action loupées et qui manquent vraiment d’impact. On pense à la scène de combat entre Neo et le nouvel agent Smith, ou encore la séquence finale qui se répète inlassablement, avec un Neo qui arrête les balles avec ses mains et court pour échapper aux hélicos.

L’autre point très bizarre, outre la mise en scène des scènes de combat, c’est que ce Matrix n’a pas forcément de moment véritablement marquant. On aura bien droit à certains passages plus ou moins iconiques, mais rien ne viendra nous marquer la rétine. Les effets spéciaux sont plutôt bons, mais on a la désagréable sensation de ne voir aucune évolution depuis les années 2000. Alors certes, cela permet d’avoir une vraie continuité dans la franchise, et c’était peut-être le souhait de Lana Wachowski, mais aujourd’hui, avec toutes les prouesses techniques, certains passages sont assez déroutants. Cela est peut-être aussi dû au scénario, qui manque parfois de finesse et d’enjeux. Si le début promet une aventure épique, on va vite se rendre compte que tout cela n’est qu’une romance déguisée. Ce qui ne permet pas forcément d’enclencher des moments forts.

Méta et Critique

Cependant, malgré des défauts visibles, Matrix Resurrections est une réussite, car si le plan visuel est une petite déception, il n’en sera pas de même avec le fond de cette histoire. Lana Wachowski va ruer dans les brancards et va dire tout haut ce qu’elle pense de l’industrie hollywoodienne. Durant tout le film, on aura droit à un regard acerbe sur le cinéma contemporain, qui n’est bon qu’à faire des remakes, des suites, et cela est clairement dit dans le métrage. Mieux encore, le film a conscience d’être lui-même une suite, citant sans vergogne les éléments des trois premiers opus, pour mieux les détourner par la suite. La réalisatrice apporte un réel raisonnement à l’existence même de ce quatrième film, et s’amuse même à se moquer du temps passé à le sortir. Vingt ans pour un nouveau Matrix, c’est long.

Mais ce n’est pas tout. En plus de critiquer ouvertement Warner Bros (qui produit et distribue le film), Lana Wachowski tire à boulets rouges sur notre société. Le grand méchant de cet opus, l’analyste, est persuadé que les gens sont heureux de vivre dans la peur, d’être dirigés et de consommer à tout va. Il maintient une forme de vie qui correspond en tout point à ce que l’on vit aujourd’hui, maintenant les gens dans la peur et l’ignorance. Un message final qui va permettre aux deux héros de s’élever et de faire comprendre à ce méchant que le peuple veut être libre. Comme pour les premiers films, le libre-arbitre a une place importante dans nos choix de vie. Un joli écho à la transition de la réalisatrice, qui fut homme et qui est désormais une femme, brisant une coquille pour se révéler au grand jour.

Ode à l’amour

Avoir conscience de ce que l’on est n’est pas une raison suffisante pour exister. Et c’est un peu le reproche que l’on peut faire avec ce film. Il manque clairement des enjeux forts et le film est sans doute trop long pour ce qu’il a à raconter. Néanmoins, force est de constater que Lana Wachowski offre un regard doux et tendre sur la force de l’amour. Neo est brisé, il souhaite retrouver son unique amour, et pour cela, il va déplacer des montagnes. De cet amour va naître alors des pouvoirs incroyables, jusqu’à une révélation finale très intéressante, où les rôles s’inversent, et l’élu n’est pas celui que l’on pense. Encore une fois, malgré des imperfections dans l’écriture, le script reste un vibrant pamphlet pour l’amour et la recherche ultime de ce dernier. Et tout cela rend le final encore plus beau.

Au final, Matrix Resurrections est un film imparfait. Il s’agit d’un film malade qui a permis à Lana Wachowski de faire son deuil, tout en réussissant le tour de force de mettre un fond cynique dans un blockbuster loin de toutes connivences. Véritable ode à l’amour et à l’autre, point de vue carnassier sur l’industrie hollywoodienne et la société de consommation, ce quatrième opus fait plaisir à voir, dans un monde où tous les blockbusters se ressemblent et sont de plus en plus lisses. Parce que la magie du cinéma, c’est aussi de faire des films vivants, et donc imparfaits dans leur construction.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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