novembre 30, 2021

Pleasure – Plongée Glauque dans le X

De : Ninja Thyberg

Avec Sofia Kappel, Kendra Spade, Dana DeArmond, Chris Cock

Année : 2021

Pays : Suède, Pays-Bas, France, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Une jeune suédoise de 20 ans arrive à Los Angeles dans le but de faire carrière dans l’industrie du porno. Sa détermination et son ambition la propulsent au sommet d’un monde où le plaisir cède vite la place au risque et à la toxicité.

Avis :

Réalisatrice suédoise, Ninja Thyberg a un parcours pour le moins rempli. Passionnée de cinéma depuis toujours, elle commence à réaliser des courts-métrages en 2009. Elle se fait remarquer avec son deuxième court sorti en 2013, « Pleasure« , qui est alors présenté à la semaine de la critique au Festival de Cannes. Très vite, après ça, elle enchaîne les tournages, réalisant quatre court-métrages en deux ans. Entre temps, elle fera l’académie des arts dramatiques de Stockholm. Sortie diplômée de cette dernière, Ninja Thyberg se lancera donc dans le projet de développer son court-métrage « Pleasure » en long.

Il lui aura alors fallu sept ans pour porter à terme ce premier projet qu’elle est partie tourner aux Etats-Unis. Présenté au Festival de Deauville en compétition officielle, « Pleasure » est la séance chaude du Festival. Intéressée par le thème de la sexualité, Ninja Thyberg a décidé de consacrer son premier film à l’industrie du porno en Amérique, à travers le regard d’une jeune suédoise qui débarque aux states pour devenir la nouvelle star du X.

Cru et intéressant, « Pleasure » est un premier film qui nous offre une plongée dans le monde du porno, qui nous laisse assez partagé en fin de compte, car si la jeune cinéaste tient de très bonnes choses, dans un autre sens, on peut aussi reprocher à son « Pleasure » d’offrir un regard trop bienveillant, et au-delà de ça, de passer à côté de sujets essentiels qui auraient mérité un peu de lumière.

Linéna, dix-neuf ans, est suédoise. La jeune femme débarque à Los Angeles avec un but, devenir la nouvelle star du porno. Très vite, elle trouve un agent et ce dernier la lance dans l’industrie du X. Mais ce que la jeune femme imaginait de ce monde-là va très vite se révéler pas aussi excitant que prévu. Persévérance et ambition vont être les maîtres-mots de son avenir dans le milieu, mais encore faut-il arriver à tenir…

L’industrie du porno, en voilà un sujet dans lequel le cinéma s’aventure assez peu. C’est vrai, lorsque l’on pense à ce sujet, on a assez peu de films qui nous viennent tête. Là, comme ça, on pense à « Boogie Night » de Paul Thomas Anderson, à « Le pornographe » de Bertrand Bonnello, ou encore, de manière plus amusante, à « Zack et Miri font un porno » de Kevin Smith.

Pour son premier film, Ninja Thyberg a voulu s’aventurer dans ce thème pour en décrire les bons comme les mauvais côtés, à travers le portrait d’une jeune femme complexée qui se cherche. Avec ce premier film, Ninja Thyberg offre un regard assez singulier dont on retiendra avant tout chose ces scènes assez magiques, qui frôlent le documentaire, lorsque la réalisatrice s’intéresse à la vie de cette jeune femme en dehors des plateaux de tournage. Intimité, rires entre copines, réflexions sur l’industrie et ce qu’elles cherchent et pensent trouver en pratiquant ce métier, « Pleasure » livre de ce côté-là un très joli regard qui se fait captivant. Mais voilà, si le film de manière générale est intéressant, aussi bien dans la description de son univers que dans ce qu’il raconte, « Pleasure » se fait aussi décevant, car dans un autre sens, ce regard se trouve biaisé et passe sur quelques sujets importants.

Ainsi, au travers de ce scénario, les rouages de l’industrie du X seront abordés. Ninja Thyberg approche des thèmes comme comment gravir les échelons pour devenir une porn star, ce qu’il faut accepter, les différents types de porno, les salons, les tournages ou encore les réseaux sociaux, qui ont une grande importance dans une carrière. Bref, indéniablement, « Pleasure » est riche, mais certains autres sujets vont être complètement écartés de son scénario. Nullement la réalisatrice parlera des tests au niveau des MST, elle ne parlera pas non plus des rémunérations, d’ailleurs, c’est le côté très flou de son film, car sa jeune actrice enchaîne les tournages, elle se fait connaître, et rien de change vraiment dans sa vie. Puis dans ces « mauvais » côtés, on reprochera un côté un peu trop conciliant quant aux rapports sur le tournage. Il y aurait presque un côté nounours, avec une bienveillance folle qui sonne parfois faux. Pas sûr que dans la réalité, on prenne autant de temps pour s’occuper des actrices notamment. Dans son scénario, « Pleasure » est donc aussi intéressant qu’il peut être décevant.

Toutefois, si le film peut décevoir et laisser un sentiment mitigé dans ce qu’il raconte, il sera cependant tenu par une actrice incroyable de crédibilité. Une actrice naturelle en un sens, qui tient parfaitement ce personnage de jeune femme quelque peu paumée, qui se ment à elle-même. Cette jeune actrice, c’est Sofia Kappel et pour sa première fois au cinéma, elle crève tout simplement l’écran. À noter Evelyn Claire qui elle aussi, crève l’écran.

Classé interdit au moins de dix-huit ans, en ce qui concerne la réalisation de Ninja Thyberg, si « Pleasure » se mâche pas ses scènes, nous entraînant pleinement dans l’univers du X, sans tabou, offrant des images crues et explicites, tout ne sera pas parfait non plus. Ninja Thyberg évite la gratuité, car chacune de ses scènes choisies racontent toujours quelque chose sur l’univers qu’elle approche. Toutefois, son film traînera un peu en longueur, il manquera d’émotion, et au-delà de ça, outre le fait qu’il soit trop bienveillant, parfois, il tombe dans l’excès de vulgarité. Il est vrai que le milieu du porno est vulgaire, mais étalé ici sur une heure quarante-cinq de film, ça sonne parfois trop long.

Quoi qu’il en soit, ce premier film pour Ninja Thyberg, entre bons et mauvais côtés, se pose comme une œuvre intéressante à bien des arguments. Puis au-delà de ça, « Pleasure » est un film original, qui nous présente une jeune réalisatrice qui a des choses à dire et des envies de cinéma autrement. Ainsi, on reste curieux de voir un second film, histoire de voir où elle nous emmènera.

Note : 12/20

Par Cinéted

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