janvier 16, 2022

Black Swan

De : Darren Aronofsky

Avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Winona Ryder

Année : 2010

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily…

Avis :

C’est au tout début des années 90 que démarre la carrière de Darren Aronosky, notamment dans le monde du court-métrage. Mais en 1999, il passe le cap du long et réalise alors Pi, film expérimental qui démontre déjà l’envie d’un autre cinéma chez le jeune metteur en scène. C’est l’année d’après, en 2000, qu’il va taper un grand coup dans la fourmilière du septième art avec Requiem for a Dream. Film dur, à vif et montrant les dégâts de la drogue, Aronosky va s’imposer comme un réalisateur à suivre de très près. Il enchaîne alors avec le trip graphique The Fountain, puis il renoue avec un cinéma plus près du corps avec The Wrestler. Quand il commence à faire Black Swan, on va vite se rendre compte des similitudes avec son précédent film. Personnages perdus, corps brisés, destins tragiques, Aronofsky semble avoir trouver son sujet de prédilection.

Tu es mon autre

Le scénario de Black Swan se concentre sur Nina, une danseuse étoile qui a très peu confiance en elle et qui se bat tous les jours pour être la meilleure dans ce qu’elle fait. Son rêve : obtenir le premier rôle du Lac des Cygnes où elle va devoir jouer le cygne et le cygne noir. Malheureusement, même si elle est choisie, elle a du mal à se libérer pour jouer la décadence du cygne noir et voit en Lily, une rivale aussi belle que délurée, une concurrence à la rendre folle. Ainsi donc, après The Wrestler qui raconte le parcours d’une star du catch déchue à la vie décousue, Aronofsky se plonge dans le monde impitoyable du ballet et livre une analyse fine sur la concurrence, la folie et le harcèlement moral.

Travaillant toujours autour des transformations physiques et de la folie douce, le réalisateur livre un film à la fois dur et presque réaliste. On va vite se rendre compte que Nina est une fille qui est bridée. Dans sa vie, elle n’a rien, si ce n’est sa mère, une ancienne danseuse qui a du mal à faire le deuil de son ancien métier et qui vit à travers sa fille, et son métier, dirigé d’une main de fer par un chorégraphe un peu trop entreprenant. Nina se perd lorsqu’on lui demande de sortir de sa zone de confort. Et son état mental se déstabilise lorsque Lily déboule, une danseuse délurée, allumeuse et qui ne se soucie pas vraiment de sa carrière. Le réalisateur offre alors une dualité mentale très forte qui va flouer les limites entre la réalité et la fiction.

Jeu de miroirs

Pour bien montrer la montée en puissance de la folie de son héroïne, Darren Aronofsky va jouer avec les miroirs qui sont omniprésents dans le domaine de la danse. Ainsi donc, Nina va se transformer dans ses reflets, découvrant alors son côté sombre, symbole d’une folie qui gagne de plus en plus de terrain. Des reflets qu’elle va alors trouver ailleurs que dans les miroirs, notamment dans les silhouettes de personnes, la nuit. Cette folie ne fait que monter, jusqu’à atteindre son paroxysme sur la fin, où la fiction rattrape la réalité, les limites s’entremêlant, perdant le spectateur comme l’héroïne dans un maelström sans repères. Avec cette mise en scène, le réalisateur prouve son génie, son inspiration, qui pousse toujours plus loin l’expérience, nous mettant à la place de cette danseuse qui perd pied petit à petit. Une perte de repères qui démontre d’autres abus.

En effet, Nina ne semble pas heureuse. Elle est seule, célibataire, ne semble pas intéressée par d’autres choses dans la vie, mais on sent qu’elle se retient, qu’elle s’impose une certaine tristesse. Sa mère, castratrice au possible, instable psychologiquement, la maintient dans ce délire et cette rigueur qu’elle s’impose. A son boulot, elle doit faire face à un metteur en scène très entreprenant, harceleur, détestable, qui pense que pousser les gens dans leurs retranchements permet d’en obtenir le meilleur. Sauf qu’il pousse Nina un peu plus loin dans la dépression et la folie. Quant à Lily, elle est l’élément perturbateur, celle que Nina aimerait être en réalité et le réalisateur pousse le vice à nous faire croire que c’est une seule et même personne. Chose qui aboutira à son paroxysme lors d’une scène de sexe. La réalisation d’Aronofsky participant à toujours flouter les personnalités.

Performances d’actrices

Bien évidemment, la vie de Nina est aussi baignée dans un harcèlement moral qui vient de toutes parts, même de personnages secondaires dont on sent aussi la jalousie. A titre d’exemple, Winona Ryder qui pète un plomb et n’accepte pas de prendre sa retraite et de laisser sa place à une plus jeune. Ou encore le regard assassin de certaines danseuses qui voit en Nina une opportuniste ayant couché pour réussir. Tout concorde à rendre Nina encore plus fragile que ce qu’elle est. Et Natalie Portman est tout simplement bluffante dans ce rôle. Frêle et fragile, elle donne de son corps pour peut-être le rôle de sa vie, ou tout du moins l’une de ses plus belles réussites. Elle arrive à être aussi terrifiante, lorsqu’il faut aborder le côté cygne noir, se transformant alors en une sorte de monstre qui frôle le body horror.

Mila Kunis, sexy en diable, sera la contrebalance, l’entremetteuse qui sera le point de départ d’une folie latente. Enfin, Vincent Cassel est exécrable dans ce rôle de metteur en scène tyrannique et harceleur. Le français arrive à jouer avec la corde, entre une fascination morbide et un harcèlement moral dégueulasse. Et que dire de Barbara Hershey, dans le rôle de cette mère qui vit à travers sa fille et qui la pousse, de façon insidieuse, à toujours danser et danser, et danser. Intrusive, elle aussi tyrannique dans son genre, fragile psychologiquement, elle maintient Nina dans une enfance naïve et n’accepte pas la rébellion de sa petite fille. Une façon de ne pas se voir vieillir

Au plus près de toi

Enfin, outre le fait de jouer avec les miroirs, il y a avec Black Swan une certaine maestria dans la réalisation. En effet, Darren Aronofsky va continuer, comme il avait fait avec The Wrestler, à filmer très près du corps. Très souvent, il opte par une caméra à l’épaule et va suivre ses personnages dans leurs mouvements et leur marche. En faisant cela, il implique directement le spectateur dans cette sorte de ballet, apportant un côté très réaliste à son film. Ainsi, on sera encore plus suspendu aux pas de Nina et à sa descente aux enfers. Ce côté cru, froid, apporte une véritable plus-value au film, jouant perpétuellement avec notre ressenti et nos émotions.

Au final, Black Swan fait partie des meilleurs films de Darren Aronofsky. Il arrive pile au moment où le réalisateur est en état de grâce et livre, coup sur coup, des films qui marquent et qui sont inspirés. Porté par un casting incroyable, doté d’une mise en scène maladive et addictive, Black Swan reste, encore à ce jour, un très grand film qui aborde des thèmes importants de manière très intelligente. Bref, un petit chef-d’œuvre.

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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