octobre 21, 2021

L’Equilibre des Paradoxes – Michel Pagel

Auteur : Michel Pagel

Editeur : Denoël

Genre : Steampunk

Résumé :

France 1904, le temps s’affole et régurgite sans aucune logique apparente un soldat de l’armée d’Attila, un cyborg, un extraterrestre et bien d’autres personnages improbables dont les agissements risquent de déclencher la Première Guerre mondiale. A moins qu’un groupe de hardis aventuriers ne trouve la clef du mystère et réussisse à rétablir l’équilibre des paradoxes.

Avis :

Thème récurrent de la littérature de l’imaginaire, le voyage dans le temps est maintes fois exploité sous différents angles. De l’incursion historique aux conséquences des manipulations de célèbres évènements, les écrivains officient aussi bien dans la science-fiction que dans des courants « annexes » tels que l’uchronie, le steampunk, voire le thriller. Auteur prolifique connu sous différents noms de plume, Michel Pagel s’est démarqué par des cycles, comme La Comédie inhumaine ou Les Flammes de la nuit. Avec L’Équilibre des paradoxes, il donne lieu à un roman qui emprunte les atours d’un recueil de nouvelles, sans pour autant s’insinuer dans ce format littéraire.

En effet, on se confronte à des parties qui développent leurs propres sous-intrigues. Le fait d’avoir une entame, le déclenchement d’un évènement perturbateur, puis un dénouement, tend à confirmer la présentation d’histoires indépendantes. Sans compter les personnages communs à chaque incursion, la continuité est telle que chaque récit constitue l’évolution naturelle du précédent. Il est vrai que l’on distingue quelques ellipses çà et là afin de dynamiser la progression et d’éviter des temps morts. Cependant, la fluidité et la cohérence générales forgent un tout qui ne marquent aucune rupture dans le plaisir de lecture, comme dans l’intelligibilité des idées et des propos afférents.

Autre originalité du roman : la narration se fait par l’entremise d’extraits de biographies fictives, de journaux intimes, de mémoires ou même de coupures de presse. Malgré l’approche épistolaire de certains passages, on ne distingue aucun clivage en matière d’immersion. Sans doute est-ce dû à la qualité des dialogues ou les descriptions particulièrement vivantes des lieux. Les protagonistes profitent d’une caractérisation soignée et de personnalités suffisamment dissemblables pour être complémentaires. On regrette néanmoins que l’emploi de la première personne du singulier ne fasse l’objet d’aucune variation selon le point de vue adopté.

La différenciation passe surtout par une brève présentation lorsqu’un changement survient et au franc-parler de certains personnages. On songe, entre autres, à la rigueur toute militaire d’Armand Schiermer ou au côté rebelle de Sophie, adolescente issue des sixties. La succession de leurs témoignages est équilibrée, même si certains d’entre eux sont trop en retrait. Gilberte s’écarte progressivement de la scène, tandis que Franz est trop effacé pour retenir l’attention. Il n’en demeure pas moins un panel d’individus aux personnalités affirmées, souvent attachants et faisant preuve de courage (ou de témérité, c’est selon) pour mener à bien l’aventure.

Car au-delà d’un contexte historique bien retranscrit, le début du XXe siècle fait déjà fi de la Belle Époque pour dépeindre une situation géopolitique houleuse. Cela vaut notamment pour les prémices de la Première Guerre mondiale suite à la crise diplomatique entre Français et Allemand. Quant au thème du voyage dans le temps, il réussit à assimiler les problématiques liées aux paradoxes et l’éventuelle existence d’univers parallèles. Les implications sous-tendent alors de nombreuses interrogations pertinentes sur les conséquences de la modification d’évènements connus. Les réflexions sur la manière d’appréhender une telle exploration demeurent plausibles et réalistes.

Au final, L’Équilibre des paradoxes s’avance comme une incursion convaincante sur le voyage temporel. À la croisée des genres, le roman de Michel Pagel intègre parfaitement les préoccupations et les enjeux internationaux de l’époque afin de mieux les triturer. Parfois sur le ton de la légèreté, l’enchaînement des points de vue se fait par la compilation de témoignages et d’annotations qui présentent les faits par le biais de sources sûres et avérées. Le traitement reste original, tout comme l’ambiance qui émane de cette aventure où le choc des générations et des cultures se côtoient pour sauver l’histoire telle qu’on la connaît. Une incursion littéraire truculente qui fait preuve d’un indéniable enthousiasme.

Note : 15/20

Par Dante

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