octobre 18, 2021

Mary J. Blige’s My Life

De : Vanessa Roth

Avec Mary J. Blige, Sean ‘Diddy’ Combs, Andre Harrell, Taraji P. Henson

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Documentaire

Résumé :

L’artiste et actrice Mary J. Blige dévoile les démons et blessures qui ont inspiré son album My Life de 1994 et célèbre le vingt-cinquième anniversaire de son travail en le jouant sur scène pour la première fois.

Avis :

Au rayon des noms qui ne disent rien, aujourd’hui, on fait une pause sur celui de Vanessa Roth. Fille du scénariste Eric Roth à qui l’on doit en partie les scénarios de « Forrest Gump« , « L’étrange histoire de Benjamin Button » ou encore « Munich« , Vanessa Roth a fait ses études à l’université de Columbia d’où elle ressort avec une maîtrise en travail social avec des enfants. Si le social l’a toujours attiré, la jeune femme a l’envie d’en parler à travers le cinéma, et c’est ainsi qu’elle se dirige vers le documentaire. Elle commence alors à réaliser à la fin des années 90 et elle réalisera en vingt ans une dizaine de films.

Après s’être intéressée aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale, Vanessa Roth va s’en aller autre part et elle va s’intéresser « pour la première fois » aux strass et paillettes. Pour son nouveau film, la cinéaste a décidé de s’arrêter sur celle qui tient le titre de Reine de la soul, du R’N’B et du Hip Hop, Mary J. Blige. Alors qu’on s’attendait à un documentaire très classique, un documentaire qui raconterait la montée de l’artiste new-yorkaise, « Mary J. Blige’s My Life » va bel et bien raconter ça, et en même temps, il va raconter tout autre chose, s’axant principalement sur la construction du deuxième album de Mary, « My Life« , un album dur, tourmenté et au-delà de ça, un album révolutionnaire dans le monde du R’N’B. Intéressant, touchant, original, innovant et très beau, « Mary J Blige’s My Life » est beau documentaire qui se trouve être une mine d’informations.

1994, Mary J. Blige a alors vingt-trois ans. Repéré en 1989, cet enfant des quartiers a sorti deux ans plutôt un premier album qui s’est fait remarquer, plaçant alors Mary J. Blige comme l’une des voix à suivre. La jeune femme est alors lancée dans l’engouement des tournées, des concerts et devient même dans un sens la nouvelle voix d’une génération qui sort des quartiers, et qui ne voit pas d’avenir. Perdue, dans un mouvement qui la dépasse, perdue dans une relation de couple loin d’être satisfaisante, Mary J. Blige doit enregistrer un deuxième album. Mal dans sa peau, dépassée, Mary J. Blige va alors mettre toutes ses douleurs, ses souffrances, son passé et ses espoirs dans un album qui deviendra culte, « My Life« .

Critique quelque peu personnelle. Lorsque j’étais adolescent, perdu en pleine époque Spice Girl, Dr. Alban, 2 Unlimited, Mylène Farmer, et autres musiques du genre, j’ai découvert un album, « Share My World« . La cover de l’album, une femme dans une voiture formidablement lookée, grosses lunettes blanches Fendi, et une couleur d’album qui me plaît. Allez savoir pourquoi, je me souviens avoir réussi à faire craquer ma mère pour m’acheter cet album d’une femme que je ne connaissais pas. Nous en sommes en 1997 et je ne le sais pas encore, mais au moment où je mets ce CD dans ma chaîne hifi à trois disques, je vais me prendre une claque, et commencera alors une histoire d’amour qui dure encore aujourd’hui. La voix est incroyable, le style change de ce que j’ai l’habitude d’entendre, ça groove, et encore, je ne sais pas ce qu’elle raconte à l’époque. Bref, je viens de découvrir Mary J. Blige et vingt-quatre ans tard, treize albums plus tard, et vu pas moins de trois fois en concert, lorsque j’ai découvert qu’une cinéaste avait l’idée de s’arrêter sur la vie de Mary J. Blige et d’en faire un documentaire, vous pensez bien que je me suis jeté dessus à peine sorti, alors que je pensais trouver un petit documentaire assez classique dans son genre. Un documentaire qui racontera la vie de la Queen new-yorkaise de A à Z, « Mary J. Blige’s My Life« , à ma grande surprise, m’a offert tout autre chose.

Alors bien sûr, il y avait des indices, notamment ce tire « … My Life« , car tout fan sait que cet album est important dans la carrière de Mary, mais là où est la très belle idée de Vanessa Roth, c’est qu’elle va s’arrêter justement sur cet album en particulier. Il faut dire que cet album a passé le cap des vingt ans et que Mary J. Blige a donné quelques concerts pour l’occasion. Bref, ainsi donc, pendant presque une heure et demi, Vanessa Roth va nous entraîner entre 1989 et 1994 pour dresser le portrait de Mary à cette époque-là et expliquer comment et pourquoi « My Life » est né.

Peuplé d’interviews, Taraji P. Henson, Alicia Keys, Nas, Method Man qui parleront de l’influence que Mary a pu avoir sur eux, Mary J. Blige elle-même qui reviendra sur son parcours, Vanessa Roth va surtout donner la parole à ceux qui vont être derrière la prod de cet album, les intimes de la star, qui d’ailleurs, presque trente ans après la sortie de son premier disque, font toujours partie de son entourage et de son équipe de travail. Évidemment, le plus proche d’entre eux, Puff Daddy, sera bien présent, mais on trouvera sa famille, notamment LaTonya Blige, mais aussi producteur Andre Harrell, Chucky Thompson ou encore Big Bub, avec qui Mary a écrit une partie des seize titres qui se trouveront dans l’album. Touchant à plus d’un titre, à force de confessions, Vanessa Roth dresse alors un portrait passionnant. Le portrait d’une toute jeune artiste qui vient d’un ghetto. Une artiste pleine d’envie et de talent, une artiste optimiste qui n’a qu’une envie, plus qu’un rêve, c’est de mettre à l’abri du besoin sa mère et sa sœur.

Enrôlée dans un tourbillon d’enthousiasme autour d’elle, la jeune femme va se laisser emporter sans vraiment prendre conscience de ce qui est en train de se passer et alors qu’elle aurait dû « nager » dans le bonheur, Mary va se renfermer, devenant méchante (c’est elle-même qui le dit dans une très belle séquence) et ainsi, presque se brûler les ailes. Dépressive, mal dans sa peau, ne s’aimant pas, ne croyant pas en elle, ce sera alors tous ses doutes et toutes ses peurs, ainsi que la douleur de sa relation avec son boyfriend de l’époque, K-Ci (de K-Ci & JoJo). Mary s’enfermera dans l’écriture pour extérioriser, et au fil des titres, « My Life » sera alors sombre, tenant une parole authentique, et il va propulser Mary J. Blige bien plus haut encore. Mary J. Blige le dira elle-même, « My Life » est une thérapie. Une thérapie où il lui aura fallu faire le choix de vivre ou mourir. 

Comme je le disais plus haut, Vanessa Roth aime « le social », et choisir de faire un film sur Mary J. Blige même si c’est à un moment donné de sa vie, demeure un choix logique. Construit en plusieurs chapitres qui vont peu à peu résonner comme une renaissance, Vanessa Roth peindra en sous-texte une enfant de la balle, qui vient de quartiers difficiles. La réalisatrice abordera la place d’une jeune femme au sein de ces quartiers-là, au sein de sa famille, et bien entendu, au sein du R’N’B et du Hip Hop à la fin des années 80, début des années 90. Là encore, à travers les interviews de Mary ou de plusieurs intervenants, la réalisatrice intéresse en permanence.

Vanessa Roth va aussi surprendre en livrant un documentaire qui tient un très joli cachet. Alors qu’il aurait pu être tout ce qu’il peut y avoir de plus classique, enchaînant les interviews et les images d’archives (ce qu’il fait), pour pallier parfois au manque de documents en images, Vanessa Roth a la très belle idée de mettre en scène des séquences d’animation afin d’évoquer et mettre en images ce qui nous est raconté.

En une heure et demi, Vanessa Roth tisse alors le portrait d’une jeune femme blessée et fragile qui va apprendre à se connaître, s’aimer et se faire confiance. Drôle, touchant, politique, la réalisatrice, comme Mary J. Blige, livre une parole authentique, abordant les bons comme les mauvais côtés. Abordant la drogue, l’alcool, les échappatoires, la dépression, le mal-être, mais aussi la passion, l’envie, l’amitié, l’amour de la musique et l’intégrité.

Bref, « Mary J. Blige’s My Life » est un très bon documentaire, bourré d’informations, d’anecdotes et d’idées de mise en scène. Si Mary J. Blige est une immense chanteuse aux Etats-Unis, chez nous, ses albums sortent dans une certaine discrétion, la chanteuse étant peut-être trop authentique, et pas assez star système pour être mise en avant (la preuve, ce documentaire sort en toute discrétion et son dernier album qui ait fonctionné chez nous remonte à 2007). Certes, cette chronique est quelque peu personnelle, et même si elle manque peut-être objectivité face à l’amour et l’admiration que je peux porter pour Mary J. Blige, j’espère que ces quelques lignes pourront faire découvrir un documentaire qui a du cachet et au-delà de ça, vous faire découvrir une artiste intéressante, et un album qui est une petite bombe.

Note : 16/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.