janvier 16, 2022

Gagarine

De : Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

Avec Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven, Finnegan Oldfield

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son  » vaisseau spatial « .

Avis :

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh se sont rencontrés sur les bancs de Science Po au cours des années 2000. Si l’envie de travailler ensemble s’est manifestée, il leur aura fallu attendre les années 2010, chacun étant parti de son côté faire ses expériences. Ainsi, Fanny Liatard s’est envolée pour le Liban, puis Marseille, pour travailler sur des projets autour de l’urbanisation. Quant à Jérémy Trouilh, il décolle pour l’Inde, puis l’Amérique du Sud, avant de revenir étudier la réalisation de documentaire en Ardèche. Au début des années 2010, les deux se retrouvent à Paris, et très vite, ils se lancent dans des courts-métrages.

Quand Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont découvert à Ivry-sur-Seine un énorme bloc rouge, la cité Gagarine et au-delà de ça, ses habitants et la relation qu’ils pouvaient entretenir avec ce lieu, l’idée alors de raconter cet amour est né. Des films sur la banlieue, il en pousse chaque année au point que ça pourrait même être un genre à lui seul. « La haine » évidemment, mais aussi « Divine« , « Bande de filles« , « Les misérables« , « Chouf« , « La cité Rose« , « Dheepan« , la liste, surtout ces dernières années, ne cesse de s’allonger avec son lot de bons films, mais aussi de caricatures. Aujourd’hui, le duo Liatard et Trouilh, avec leur premier long-métrage, nous propose autre chose. Il nous propose la banlieue autrement avec un regard inattendu, mélangeant amour, désespoir, rêve, et même un voyage au-delà de tout ça. Bref, un premier film qui, s’il a ses défauts, propose quelque chose d’envoûtant et d’apaisant.

Youri, seize ans, habite à Ivry dans la célèbre et aujourd’hui délabrée cité Gagarine. Youri est très attaché à cette cité, à cet immeuble qu’il a toujours connu et lorsqu’il apprend que ce dernier est menacé de destruction, l’adolescent se met en tête de le rénover. Or, dans cette bataille, il est bien seul, mais qu’importe pour le jeune homme, malgré toutes les décisions, il ne baissera pas les bras.

« Gagarine » est un premier beau film que nous offre là le duo Fanny Liatard et Jérémy Trouilh. « Gagarine« , c’est un voyage aussi beau que poétique au cœur de la banlieue parisienne comme on n’a pas l’habitude d’en voir, et au-delà de ça, de la voir, cette banlieue. « Gagarine« , c’est un film qui raconte énormément de choses, c’est un film qui raconte un lieu, des habitants, un amour, mais aussi une culture, un patrimoine et bien entendu, un personnage, qui pourrait à lui seul réunir tous ces éléments.

Écrit par Liatard et Trouilh, « Gagarine » est un film qui envoûte dès les premières minutes, et alors qu’on pensait déjà connaître ce genre de film par cœur, les deux réalisateurs vont livrer un ovni étonnant. Peignant le portrait d’un jeune homme qui ne peut se résigner à voir « son passé » disparaître, le duo de metteurs en scène livre un film qui va éviter beaucoup de ce que l’on a déjà vu dans le film de banlieue. Il pose alors un regard très intéressant sur ce jeune garçon qui va peu à peu s’enfermer dans cet immense bloc, pour résister dans un premier temps, puis finalement se faire happer dans une sorte de fantasme où il partirait pour un long voyage vers les étoiles. À travers ce portrait, Liatard et Trouilh oscillent entre les genres (drame, comédie, science-fiction, documentaire, poésie si toutefois cela pouvait être un genre) et « Gagarine » ne cessera jamais de surprendre, allant toujours là où on ne l’imagine pas.

Derrière ça, si le film est très riche, et raconte alors énormément de choses, on restera un poil déçu qu’il ne propose pas plus de détails dans la peinture des autres personnages qu’il aborde, car ces derniers, même s’ils peuvent résonner comme intéressants, sont finalement survolés et presque anecdotiques face au personnage de Youri qui finit par prendre toute la place, ce qui est assez dommage, car ce petit manque enlève finalement beaucoup de l’émotion qu’il aurait pu y avoir au sein de cette histoire et de ces personnages. Reste néanmoins que les réalisateurs ont su capturer une spontanéité et une belle alchimie, notamment entre Youri incarné par Alséni Bathily qui se pose comme une jolie révélation et Diana incarnée par une Lyna Khoudri toujours aussi remarquable.

« Gagarine » est donc un film qui tient quelques maladresses dans son écriture, mais malgré tout, il reste très riche et cette richesse, on la trouve aussi dans sa mise en scène. C’est même là que le film peut se faire le plus étonnant, car pour une première œuvre, « Gagarine » dégage quelque chose de très singulier et démontre un très joli talent pour ses réalisateurs qui fourmillent d’idées. « Gagarine » est un film qui essaie de faire rimer banlieue et poésie, qui essaie de faire rimer bloc de béton, immeuble délabré avec amour, et même un voyage métaphorique.

« Gagarine« , si l’on s’aventure du côté du voyage, nous fait voyager des années 60 vers les étoiles, offrant des derniers instants de film absolument magiques. Tenu par une mise en scène qui, si elle peut se faire longuette parfois, demeurera très belle sur son ensemble. Et l’on est loin d’un choc comme pouvait l’être le « Divine » de Houda Benyamina (peut-être le dernier grand film dans le genre film de banlieue), ce voyage réel et métaphorique signé Fanny Liatard et Jérémy Trouilh mérite bien toute notre attention, tant le projet, comme le rendu, sort des sentiers battus.

Ainsi donc, « Gagarine » fut une petite, mais jolie expérience. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh nous entraînent dans un premier film riche, beau, intéressant et surtout inhabituel. Le regard que les deux cinéastes posent sur leur personnage et plus largement sur ce bout d’histoire aujourd’hui disparue est vraiment beau et bon, et ce même regard nous dévoile aussi un duo de talents très prometteur. Tout ne fut pas parfait, on aurait aimé plus de richesse et d’écriture sur l’ensemble de ses personnages, ou encore plus de « tenue » dans la mise en scène, qui tient quelques moments qui créent des longueurs, mais franchement, le voyage proposé, surtout sur grand écran, est magique, et nous fait attendre avec curiosité un prochain film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh.

Note : 14/20

Par Cinéted

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