octobre 18, 2021

A Silent Voice – Yoko Kurahashi

Auteure : Yoko Kurahashi

Editeur : Lumen

Genre : Romance

Résumé :

Ils ont partagé un terrible passé…
Que feront-ils quand le destin les remettra face à face ?
Shoko est malentendante depuis la naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations et à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya, le leader de la classe.

Tour à tour intrigué, fasciné puis, pour finir, exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas s’exprimer comme tout le monde, le garçon décide de lui rendre la vie impossible par tous les moyens. Psychologiques puis physiques, les agressions se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko et l’intervention du directeur de l’école. C’est alors que tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas, eux non plus, une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

En terminale, le jeune homme, devenu à son tour un paria, prend son courage à deux mains et décide de retourner voir Shoko. Mais leurs retrouvailles ne se déroulent absolument pas comme il les avait imaginées.

Avis :

C’est en 2018 qu’arrive sur nos écrans Silent Voice. Animé de Naoko Yamada, le film est un énorme succès, aussi bien critique que public. Traitant alors du handicap, de l’acceptation de ce dernier, mais aussi et surtout du harcèlement, Silent Voice va rafler plusieurs prix et devenir un film quasi culte. Si on aurait pu attendre une version manga du film, c’est à la surprise générale qu’un roman fait son apparition. Réécrit par Yoko Kurahashi, en changeant d’ailleurs quelques noms à l’intérieur, A Silent Voice devient alors un roman Young Adult édité chez nous par Lumen. Bonne idée ou coup d’épée dans l’eau, on peut rapidement faire confiance à l’autrice, spécialiste de la littérature jeunesse de son pays, avec notamment des ouvrages qui traitent du harcèlement scolaire. De ce fait, A Silent Voice partait sur de bons rails et il fait partie de ces romans importants dans les thèmes traités.

L’histoire commence à l’école primaire où Shoko, une jeune fille sourde et muette, fait sa rentrée dans une nouvelle classe. Shoya, un garçon de sa classe, a tendance à s’ennuyer dans sa vie et il se lance des défis stupides pour ne pas sombrer. En voyant Shoko arriver, il voit une victime parfaite pour combler l’ennui de ses journées. Il va alors la harceler, jusqu’à ce qu’elle change d’école, car Shoya entraine les autres à sa suite et Shoko devient un véritable bouc émissaire. Voici comment débute le roman, de façon très dure et très abrupte. Les enfants sont cruels, violents, et Shoko va subir les pires sévices, jusqu’à se faire blesser les oreilles par ses camarades. Cette première partie va permettre de poser les bases d’un problème important au Japon, le harcèlement scolaire et l’immobilité des professeurs et du gouvernement.

En effet, Shoko est vue par tout le monde comme un boulet. Sa voisine de classe rechigne à lui traduire tout ce qu’elle entend. Elle fait perdre le premier prix de chant à la classe. Et même son professeur ne prend pas sa défense, y voyant un inconvénient à gérer de plus dans sa classe. Cette entrée en matière pose correctement les bases du problème et y intègre un ton très réaliste, qui fait presque froid dans le dos. On va immédiatement détester Shoya et ses camarades, qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font. Cependant, la deuxième partie va encore être plus perverse. Shoko doit changer d’école et tout le monde accuse Shoya, qui va devenir un paria jusqu’à ses années lycée. Avec ce passage, la problématique du harcèlement prend un autre tournant, personne ne prend ses responsabilités.

Shoya se retrouve donc seul, victime à son tour de harcèlement tel l’arroseur arrosé. L’autrice va alors en profiter pour bien montrer le silence dans lequel se renferme le héros. Il devient presque muet à son tour et se méfie de tout le monde. Il pense même mettre fin à ses jours, évoquant par la même l’un des causes de mortalité les plus importantes chez les adolescents au Japon, le suicide. Mais il va essayer de se faire pardonner. Il va tenter de retrouver Shoko et de s’excuser, de même devenir ami avec elle. Là, le roman va prendre une autre dimension, avec de nombreuses retrouvailles et une thématique sur l’amitié qui va prendre de l’ampleur. Le roman décrit alors une troupe qui se réunit autour d’un projet de film et qui va devoir conjuguer entre les caractères de chacun.

L’autrice ne s’emmêle pas les pinceaux et va décrire une palette de personnages hauts en couleurs. On retrouvera des caractères bien trempés, des filles têtues et violentes, des garçons amoureux, d’autres peu sûrs de soi, bref, tout ce petit monde va devoir cohabiter et surtout communiquer. La communication n’est pas seulement fermée aux sourds, mais parfois, on peut entendre et ne pas écouter. C’est un peu le ressenti de Shoya avec cette troupe d’amis pour laquelle il se pose de terribles questions. Des questions qui portent certes sur l’amitié, mais aussi sur l’amour et les sentiments qu’il éprouve pour Shoko. Mais l’intelligence de l’autrice est bien évidemment de ne pas sombrer dans un mélo dramatique, ou dans une romance guimauve. Au contraire, on sera surpris par le dénouement de cette histoire, qui se refuse la facilité et offre une conclusion peut-être plus percutante.

Alors oui, tout n’est pas tout rose dans ce roman. Comme il est à destination de lecteurs adolescents, il manque de mordant par moments et certaines séquences dramatiques durent bien trop longtemps. Les atermoiements de Shoya sont parfois pénibles et on a envie de le secouer un bon coup pour qu’il arrête de se lamenter. De plus, le roman semble un poil trop long. On a l’impression que certains passages sont en trop et qu’ils sont là pour en rajouter des caisses. Comme par exemple les retrouvailles forcées entre Shoya et son ancien meilleur ami. Ce ne sont que des broutilles, mais c’est présent et tout cela alourdit un peu la lecture, qui parfois patauge à vide. Mais bon, cela n’enlève rien à la qualité globale de ce roman.

Au final, A Silent Voice est une jolie réussite. En utilisant le médium roman, l’autrice va approfondir des thèmes forts et importants, comme le handicap en milieu scolaire et sa mauvaise intégration, faute de moyens, mais aussi le harcèlement scolaire, qui ne trouve bien souvent aucune solution, là aussi à cause de moyens invisibles. L’autrice en profitera pour aussi parler de l’amitié, de l’amour et du dépassement de soi, le tout sans jamais se perdre, ni perdre le lecteur. Bref, un bon roman qui peut faire du bien pour les enfants victimes de harcèlement et ceux qui ont pu harceler par le passé.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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