octobre 28, 2021

Guilty of Romance

Titre Original : Koi no Tsumi

De : Sono Sion

Avec Megumi Kagurazaka, Miki Mizuno, Makoto Togashi, Kanji Tsuda

Année : 2012

Pays : Japon

Genre : Drame, Thriller, Horreur

Résumé :

Izumi est mariée à un célèbre romancier romantique mais leur vie semble n’être qu’une simple répétition sans romance. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Bientôt, elle rencontre un mentor et commence à vendre son corps à des étrangers, mais chez elle, elle reste la femme qu’elle est censée être. Un jour, le corps d’une personne assassinée est retrouvé dans le quartier des « love hôtels ». La police essaie de comprendre ce qui s’est passé.

Avis :

Sono Sion est un réalisateur japonais à l’univers terriblement singulier. Œuvrant depuis le milieu des années 80, chaque film du cinéaste est alors une expérience. Electron libre dans le paysage nippon, les films de Sono Sion ont plus d’une fois fortement marqué, voire même choqué. D’ailleurs, il est plus difficile de trouver un film de Sono Sion au Japon que dans bien d’autres pays, tant le réalisateur est ardu aux yeux des japonais. Le fait étrange avec ce « Guilty Of Romance« , c’est qu’il se pose comme le final d’une trilogie, alors qu’il fut tourné un an avant « Cold Fish« , qui se place alors en deuxième position dans ladite trilogie. Une trilogie baptisée « Trilogie de la haine ».

Ce qui est terrible avec le cinéma de Sono Sion, c’est qu’on ne sait jamais vraiment où l’on va mettre les yeux. Certes, on a un synopsis pour nous aiguiller, mais ce n’est qu’une direction, car une fois lancé dans un film du réalisateur, les chemins qu’il va emprunter sont imprévisibles et ce « Guilty Of Romance » n’échappera pas à cette règle. Fou, borderline, dérangeant et dérangé, ce cru 2012 pour Sono Sion est un film aussi fascinant qu’il est terrifiant en un sens avec sa plongée vertigineuse dans le monde de la prostitution japonaise. Si on en ressort secoué, peut-être même partagé, l’expérience « Guilty Of Romance » est assurément incroyable.

Izumi est mariée à un écrivain assez célèbre. Femme au foyer, elle s’ennuie dans sa vie. Voulant sortir de son quotidien, Izumi accepte alors un petit job de vendeuse dans une petite supérette et c’est là qu’elle va faire la rencontre d’une femme qui va lui vanter son incroyable beauté. La femme en question lui propose alors de devenir modèle, ce qu’Izumi acceptera. C’est alors le début d’une terrible descente en enfer, ou poésie, pornographie, prostitution et meurtre vont aller de pair.

Fou, ce film est fou, tout comme Sono Sion est fou. Avec « Guilty Of Romance« , le réalisateur japonais a décidé de s’attaquer à un sujet on ne peut plus tabou dans son pays, le sexe. Pour cela, s’inspirant d’un fait divers, Sono Sion va nous raconter la descente phénoménale d’une femme au foyer, qui va laisser cours à ses désirs et oser aller là où peu vont.

« Guilty Of Romance » est un film qui joue sur plusieurs bords. C’est un film qui est à la fois une enquête policière, un portrait de femme, et une critique assez sévère et folle d’une certaine hypocrisie japonaise. À travers le portrait et l’histoire d’Izumi, Sono Sion va parler de la femme au foyer, du mal-être de celle-ci, cachée derrière un beau mariage, une belle maison et donc une très belle façade. De par ses rencontres et ses choix, le réalisateur abordera les love hôtels, la pornographie, l’adultère ou encore la prostitution et ses dérives dans une société qui est on ne plus discrète sur le sujet. Le voyage d’Izumi va être à la fois étrange, partagé entre poésie et cauchemar, entre romance et brutalité, entre désir, honte, découverte et bien plus encore.

Très cru, Sono Sion n’hésite pas à pousser ses personnages très loin dans leurs retranchements. On sera alors partagé entre fascination et malaise, et l’on redoute ce qui va arriver avec cette enquête montée en flashback. Il y a quelque chose de brutal qui s’échappe à tout instant de cette histoire, comme si à force d’être réprimés et refoulés par ce que la société attend de vous, une fois lâchés, tous les désirs et pulsions « malvenus » explosent avec violence. Après, au milieu de ce décor parfaitement intéressant et prenant, il va y avoir quelques hontes. Parfois, on peut avoir le sentiment d’être perdu dans cette histoire, qui a une tendance à s’enfuir dans tous les sens. Sono Sion grossit volontairement les traits et les caractères de ses personnages, ce qui donne souvent un film qui est au bord de l’hystérie collective et cette hystérie met souvent très mal à l’aise. Mais sur l’ensemble, entre fascination et déroute, « Guilty Of Romance » demeure une expérience terrible, qu’on accroche ou non à cette histoire.

Une histoire qui est mise en scène avec autant d’esthétisme que de folie. Gore et poétique, cru, osé, sombre, et en même temps touchant et parfois même émouvant, Sono Sion met redoutablement en image ces fantasmes qui virent à l’horreur. Si parfois le film est un peu long, si parfois encore, il s’attarde un peu trop sur les scènes de sexe, qui peuvent être à la limite du porno, il y a quelque chose dans sa démarche pour mettre en scène cette descente en enfer qui va plus loin que ça. « Guilty Of Romance » embrasse tous les genres qu’il approche, au point qu’on pourrait presque dire qu’il les réinvente, tant ils sont ici approchés comme rarement. Marquant et puissant, « Guilty Of Romance » s’imprime en nous, et a une tendance assez terrible à nous suivre une fois le générique arrivé.

Si « Guilty Of Romance » est marquant, c’est aussi grâce à son casting et notamment Megumi Kagurazaka qui incarne parfaitement cette femme qui va s’enfoncer petit à petit dans des dérives et par la même occasion se découvrir. Car oui, en y pensant, de manière assez étrange, « Guilty Of Romance » résonne aussi comme un parcours initiatique. Sono Sion impose plusieurs personnages marquants et dérangeants, et même s’il va grossir le trait et les caractères, ces derniers sont parfaitement tenus par ses comédiens. Ainsi, çà et là, on citera Makoto Togashi qui est terrifiante, ou Ryûju Kobayashi dont le personnage est si particulier, qui met nos sens en contradiction.

« Guilty Of Romance » est donc un film totalement fou. Un film qui navigue entre les genres, qui ose beaucoup de chose et qui derrière ça, se pose comme une critique assez redoutable de la société japonaise, car cachée derrière de très belles façades, à force de refouler certains sentiments pour du paraître, peut grandement dériver. Après, il faut aussi dire que ce « Guilty Of Romance » est une expérience qui ne sera pas concluante pour tout le monde, le film étant si radical dans son portrait et sa démarche, même si l’expérience fut folle, intéressante, excitante et malaisante à la fois, j’en ressors aussi partagé. Du coup, un peu comme tous les films de Sono Sion, il vaut mieux savoir où l’on met les yeux et l’esprit.

Note : 13/20

Par Cinéted

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