décembre 2, 2021
BD

Vei

Auteurs : Sara B. Elfgren et Karl Johnsson

Editeur : Ankama

Genre : Fantasy

Résumé :

Sauvée de la noyade par un bateau Viking, Vei se retrouve au centre d’un jeu cruel opposant les Géants de Jötunheim et les dieux d’Asgard. Pour sauver sa vie et celle de son peuple, elle va devoir affronter les plus puissants guerriers des Ases et déjouer les pièges tendus par Odin, leur roi.

Avis :

La mythologie nordique est un terreau fertile et inépuisable pour raconter des histoires épiques et grandiloquentes. Les vikings, les dieux colériques, les différents mondes, les monstres légendaires sont autant de thématiques que l’on peut explorer à foison. Et autant le cinéma que la littérature ou la télévision se sont appropriés certains mythes. Mais qui est plus légitime que des auteurs scandinaves pour raconter de telles histoires ? C’est grâce à Ankama qu’aujourd’hui on peut poser les yeux sur Vei, un récit qui prend place autour des géants de Jötunheim et des dieux d’Asgard, avec au scénario Sara B. Elfgren et aux dessins, Karl Johnsson. Ressemblant à un comic américain, ce gros projet provient pourtant de Suède et n’a rien à envier à Marvel et compagnie. Ici, on a droit à de la violence, des questionnements sur la place de l’être humain sur Terre et des dessins sublimes.

L’histoire débute de façon assez cryptique. On va suivre une jeune femme qui est en train de se noyer dans l’océan et qui est récupérée par des vikings qui veulent trouver l’île des Jötunheim. Alors que certains vikings la voient comme une malédiction, le prince décide de la garder, reconnaissant ici une habitante de l’île tant convoitée. Après un naufrage et une mutinerie, le prince et son garde du corps se retrouvent prisonniers des géants de l’ile. La jeune fille se nomme alors Vei et est une championne de ces géants, qui s’apprêtent à organiser un tournoi, où leurs champions vont affronter les champions des dieux asgardiens. Entre une histoire d’amour mouvementée, des dieux facétieux et tricheurs, une légende qui n’est là que pour maintenir une paix fragile, Vei va se rendre compte qu’elle tient un rôle essentiel dans l’avenir de la planète.

C’est à partir de ce script que l’histoire va prendre de l’ampleur et jouer avec nos émotions. En effet, on ne pourrait y voir qu’une succession de combats entre une Vei puissante et presque arrogante, et des créatures mythologiques. Sauf que la scénariste a bien d’autres idées en tête et va montrer la complexité des dieux et des rapports qu’ils entretiennent entre eux. En effet, ici, on nous présente des déités plutôt malveillantes, qui cèdent facilement à leurs caprices et leurs envies. Ainsi, Odin est un être sanguinaire, pervers, et qui n’hésite pas à tricher pour gagner. Il est accompagné d’autres dieux, comme Thor, un gros bourrin débile, ou encore Freyja, qui peut voir l’avenir et ne fait rien pour changer quoi que ce soit. Vei montre alors que le panthéon des dieux nordiques est relativement complexe et baigne dans des problèmes assez humains.

Au milieu de tout ce marasme, seul Loki tire son épingle du jeu. Malin, manipulateur, charmeur, il bénéficie d’un traitement de choix puisque c’est lui qui va être le déclencheur du Ragnarök. Présenté comme un être androgyne, il est aussi fourbe que beau et semble insaisissable. Il va guider Vei, mais aussi Dal, son amoureux viking et sera le seul à voir clair dans le jeu des dieux. Assez clair pour combattre à sa façon son père et prendre parti pour les humains, puisque sa mère est une humaine qui fut fécondée par Odin. Les géants auront aussi leur part d’ombre, avec une reine prétentieuse, qui ne fait rien pour éviter une guerre, quitte à presque sacrifier sa propre fille pour qu’elle se taise sur certaines révélations. Vei est une histoire dense, qui apporte des problèmes humains à des personnages qui semblent au-dessus de cela.

Outre des questionnements très intéressants sur la place de l’homme, des croyances et des dieux dans le quotidien, Vei va aussi nous faire découvrir tout un bestiaire d’une rare beauté. Les monstres sur succèdent dans l’arène et on va en prendre plein les mirettes. Il faut dire que le dessin de Karl Johnsson est superbe. Valkyries, créature sylvestre, harpie, dragons seront autant de bestioles que l’on prendra plaisir à admirer, pour le meilleur, comme pour le pire. Et en plus de cela, on apprend plusieurs choses que le lore nordique, comme le fait que les dieux ont plusieurs noms, par exemple. Mais pour en revenir aux dessins, on notera des planches sublimes, aussi bien dans le gore que dans le sensuel, le dessinateur aimant les courbes généreuses et offrant une palette de personnages très variés, aussi bien sur le caractère que sur le physique.

Au final, Vei est une franche réussite. Bercé dans la violence et l’amour, il s’agit ici d’une histoire grandiloquente, épique, sur les choix d’une humaine pour le destin du monde. Une histoire qui est dotée de dessins superbes, entre décors gigantesques et combats titanesques, offrant un sublime panorama de la mythologie nordique. Riche, dense et addictif, il serait dommage de passer à côté de Vei.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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