octobre 5, 2022

Angel

De : Robert Vincent O’Neil

Avec Donna Wilkes, Cliff Gorman, Susan Tyrrell, Dick Shawn

Année : 1984

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Molly est une lycéenne lambda le jour. La nuit, elle devient Angel et gagne sa vie en arpentant les trottoirs comme prostituée. Bientôt, un tueur en série surgit. Il semble s’en prendre qu’au gens vendant leurs corps, Angel et ses amis voient leur vie menacée…

Avis :

S’il y a bien une chose que l’on peut reprocher aux thrillers d’aujourd’hui, c’est l’absence d’un contexte social dans les films. On se retrouve souvent avec des films intéressants dans leurs intrigues, mais qui oublient d’instaurer un fond pour apporter de la profondeur. On préfère complexifier une intrigue pour en occulter le contexte, plutôt que de faire des histoires simples, mais qui peaufinent leur « autour ». Les exemples sont nombreux, mais s’il y a bien un film qui démontre cela, c’est Angel de Robert Vincent O’Neil. Scénariste et réalisateur très peu connu (il travaillera un temps sur la série Rick Hunter avant de disparaître des radars), il va proposer avec Angel un thriller urbain simple, efficace, mais qui n’oublie en aucun cas de poser un regard social intéressant et empathique sur une population de la nuit qui est souvent moquée. Retournons en 1984 pour voir ça de plus près.

Le monde de la nuit

Le scénario d’Angel est très classique et très simple. On va suivre Molly, une jeune adolescente qui est lycéenne le jour et prostituée la nuit. Son quotidien est chamboulé quand un tueur en série s’en prend à ses amies du monde de la nuit, les démembrant dans des motels sordides. Alors que l’enquête piétine et que la rue se sent délaissée, Angel/Molly sera la seule témoin oculaire de ce tueur. Entre sa vie en plein jour, sa vie cachée la nuit et ses secrets, Molly va sentir l’étau se resserrer autour d’elle, aussi bien de la part de certains camarades, que de la police ou encore du tueur. Ainsi donc, Angel sera un film qui va raconter la vie tumultueuse d’une jeune adolescente qui cache un lourd secret et qui va devoir composer avec plusieurs affaires glauques. Le film va alors partir sur trois pistes de réflexion assez intéressantes.

Et la première chose qui frappe, c’est bien évidemment le constat fait sur le monde de la nuit, sur un boulevard où prostituées, travestis et autres acteurs sur le déclin font la parade. Un monde qui peut sembler glauque et dangereux, mais qui est ici mis en lumière de façon positive. En effet, Robert Vincent O’Neil nous plonge au plus près de ces personnes et arrive à les rendre attachants, empathiques. Il y a de l’entraide, de la joie, et on très loin de l’image sale que l’on peut voir dans de nombreux films. Ici, le contexte nous montre que ces gens sont comme tout le monde, qu’ils aiment faire la fête, travailler et qu’ensemble, ils sont joyeux, presque innocents. Et c’est là que le tueur vient perturber cette espèce de bonhommie. Un tueur sanglant, mutique, complètement fou et qui semble trouver un malin plaisir à déséquilibré ce fin bonheur.

Le monde du jour

Ce qui est très intéressant dans ce film, c’est aussi la représentation qui est faite du monde « normal ». Le jour, Angel redevient Molly, une lycéenne lambda, qui suit ses cours et essaye d’avoir les meilleures notes possibles. Le problème, c’est que Molly est harcelée par le beau gosse de l’école, un gros dur qui ne pense qu’à avoir des conquêtes. Les deux mondes de Molly vont se confronter quand ce gros balourd va découvrir qu’elle bosse la nuit comme prostituée. Cela va faire imploser le calme établi par la jeune fille. Et ce nous montrer que le monde du jour est peut-être celui qui pose le plus de problèmes. En effet, c’es dans ce monde qu’elle se retrouve toute seule, sans aide, qu’elle se fait plus ou moins harcelée par deux de ses camarades, et c’est là aussi où il y a un problème de délation.

Cette dichotomie entre deux mondes est très intelligente et questionne grandement sur l’humanité de certains et sur les clichés. Néanmoins, le film est loin de prendre parti et pose juste un regard bienveillant sur un monde qui est souvent conspué. En dehors de tout ça, on va aussi avoir un flic gentil, qui va découvrir le pot aux roses de Molly, qui travaille de nuit par obligation. Le background du personnage central est alors bien travaillé, apportant encore plus d’empathie pour cette jeune fille pleine de courage et d’abnégation. Ce troisième point de vue pose alors le problème de ces ados laissés pour compte, qui doivent se débrouiller seuls pour trouver du travail, sous peine de fini en famille d’accueil. Encore une fois, le contexte social est très important ici, et apporte de la profondeur. Aussi bien à l’intrigue, simple, qu’aux personnages.

Le monde

Angel pose une histoire toute bête. A savoir un tueur qui sévit dans la nuit pour démembrer des prostituées et la police qui traine pour mener l’enquête. Mais derrière cette histoire sordide, il y a tout un contexte social qui est mis en avant. En très peu de temps, pour ne pas perdre le rythme, on va y trouver des thèmes importants et intelligents, qui vont permettre de se prendre d’affection pour tous les personnages. Le réalisateur n’oublie pas pour autant d’installer un climat délétère, avec un meurtrier mutique, fou, que rien n’arrête. On se retrouvera donc avec des séquences d’action nerveuses, dont une dernière course-poursuite addictive. On aura même droit à quelques moments plus glauques, dépeignant un meurtrier effrayant. A cela, il faut coupler des personnages secondaires excellents et attachants, qui auront leur importance dans l’intrigue.

Au final, Angel est un film oublié et qui pourtant est une vraie réussite. Premier d’une trilogie qui pose Angel comme un ange revanchard, Robert Vincent O’Neil ne mâche pas ses images et propose un film réussi sur plus d’un point. Thriller glauque mais qui met en avant le monde de la nuit de façon bienveillante. Film policier qui n’oublie jamais de peaufiner son contexte pour se faire plus percutant, Angel est une belle réussite qui serait peut-être temps de réhabiliter. Ce qui sera fait grâce à Carlotta, qui propose la trilogie en bluray et permet de remettre en avant cet excellent premier film.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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